‹ Commentaires (volume 2)Chapitre 37 sur 105 · MONTLUC DÉGUISÉ EN CUISINIER · texte numérisé non relu

MONTLUC DÉGUISÉ EN CUISINIER

d'un serviteur dudit de Veli, qui était un Flamand qui l'avait quitté, auquel je disque je voulais aussi quitter mon maître, de voir la place; car il me mena tout àl'entour de la ville, dehors et dedans : de sorte que je rapportai à M. le connétable tout le fort et le faible de ladite ville, lequel me dit que je l'avais fort bien reconnue, comme par d'autres, qui avaient longtemps demeuré dans icelle, il avait été fidèlement averti. Or l'allée de Poyet et de Bayard était faite en feinte : lesquels ne voulurent pas mener en leur compagnie l'ingénieur du roi, comme M. le connétable voulait, craignant qu'il fûtreconnu et eux retenus prisonniers. Us contèrent audit seigneur la peur qu'ils avaient eue quand un capitaine espagnol me reconnut; mais je désavouai la dette, contrefaisant mon pays et mon langage, feignant savoir mieux manier une lardoire qu'une épée, disant être cuisinier de M. le ident Poyet, lequel ne répondit mot, de la grande peur qu'il avait si j'étais reconnu : mais le général Bayard se prit à rire à part avec lui, et lui dit qu'il n'était pas le premier qui avait été trompé ; car celui qu'il pensait était un des bons capitaines que le roi eût. De tout ce conte M. le connétable n'en faisait que rire ; cependant je lui dis que, tant qu'il vivrait, il ne me ferait plus servir d'espion : c'est un métier trop dangereux et que j'ai toujours haï. Tant il y a que, ce coup-là, je devins cuisinier pour reconnaître la place : ce que je fis très-bien. Voilà pourquoi je <hs que si

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M. d'Annebaut m'eût cru, facilement il eût pris la ville; mais il voulut ajouter plus de foi à un maçon gascon aposté, que les ennemis avaient jeté dehors, feignant se venir rendre, pour amuser M. le maréchal à le faire venir assaillir la ville par le côté qu'il l'assaillit, et à son ingénieur qu'à moi ; tellement que nous ne fîmes rien qui vaille la peine de le dire ni de l'écrire. Par malheur, c'était le premier coup d'essai de M. le dauphin, qui voulait aussi bien faire que M. d'Orléans son frère, qui prit Luxembourg; mais ce n'était pas sa faute. Deux jours avant que le camp délogeât, ledit seigneur maréchal alla autour de la ville ; je montrai à M. d'Estrées, qui est encore en vie, le lieu par où je voulais qu'on l'attaquât, et de fort près, encore que les canonnades et arquebusades qu'ils nous tirèrent nous fissent bien tenir au large, et, après l'avoir vu, il dit ces mots : « 0 mon Dieu, quelle erreur nous avons faite ! » Mais alors il n'était plus temps de s'en repentir ; car le secours y était entré, et le temps des pluies approchait, qui nous eût fermé le pas de notre retraite : encore eûmes-nous assez à faire, tant ce pays était mauvais pour se tenir là.

Pendant ce siège, la compagnie de M. de Bolèves vaqua, laquelle M. le dauphin envoya demander pour Boccal, qui depuis s'est fait huguenot; j'en écrivis à M. de Valence, mon frère, qui était à la cour à Salers. Le roi était si marri, pour le mauvais succès de cette entreprise, contre M le dau-

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