‹ Commentaires (volume 2)Chapitre 43 sur 105 · AFFAIRES DE PARTISANS · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE PARTISANS

avais une hallebarde au poing. Leurs arquebusiers vinrent pour me charger le grand trot, nous tirant, comme firent aussi partie des nôtres à eux : et les lanciers firent semblant de vouloir enfoncer, mais assez maigrement ; car, dès que notre arquebuserie tira, ils s'arrêtèrent et firent retraite : alors nous prîmes tous courage, et marchâmes droit à eux à grands arquebusades. Il en tomba un par terre, lequel ils abandonnèrent, et ainsi descendirent encore une fois en la plaine, se retirant droit à Albe. Nous désarmâmes le mort, et le cheval se sauva avec eux. Ainsi je me retirai à Savillan, étant deux heures de nuit avant que j'y arrivai. Ceci ai-je voulu mettre par écrit, pour un exemple que les capitaines doivent prendre, qui est que lors que les gens à cheval viennent charger les gens de pied, ils se doivent résoudre à ne tirer que partie de leur arquebuserie, et garder toujours l'autre partie jusqu'à l'extrémité ; ce qu'observant, il sera difficile qu'ils soient défaits sans tuer beaucoup des ennemis, lesquels n'osent enfoncer^ voyant les arquebusiers affûtés, lesquels, bien résolus, à la faveur d'un buisson, arrêteront les cavaliers bien longuement, tirant cependant que les autres rechargeront. Nous étions résolus de ne nous rendre point, et de combattre plutôt avec les épées, craignant qu'ils prissent la revanche de ce que nous avions fait le matin : car les quatre chevaux qui se sauvèrent àPossano leur portèrent nouvelles de leur défaite.

130 COMMENTAIRES DE MONTLUG

Dès que M. de Termes entendit la prise de Mondovi, il délibéra s'aller le matin jeter dans Bène ; et, y étant arrivé, trouva deux compagnies de Suisses qui étaient là en garnison, ayant reçu les autres de Mondovi, qui abandonnaient alors Bène et s'en venaient à Cairas, n'y demeurant plus que la compagnie du comte de Bène, une autre italienne, et celle du capitaine Renouard. M. dé Termes me dépêcha un homme à cheval, inscrivant que, si jamais je voulais faire service au roi, qu'incontinent je partisse : et c'était le lendemain que ledit seigneur arriva à Bène, qui était un dimanche ; nous ne faisions alors que sortir de la messe. Après avoir un peu mangé, je me mis aux champs pour y aller : toutefois je ne sus tant faire qu'il ne fût plus de trois heures de nuit avant que j'y arrivasse ; car il me fallut passer par des vallons assez malaisément, d'autant que l'on pensait que la ville fût déjà assiégée, étant tout leur camp à Carru, à trois petits milles de Bène, ayant été tout le jour l'escarmouche devant la ville. Et par fortune, M. de Saint-Julien, colonel des Suisses, se trouva audit Bène, parce que c'était sa garnison, et M. d'Aussun, qui l'était venu voir pour entendre à quoi viendrait le siège de Mondovi. Il ne fut pas possible audit Saint-Julien de retenir les Suisses, car je trouvai toutes les quatre compagnies déjà à demi mille de Cairas. J'eus cette faveur que M. le comte et madame la comtesse sa mère vinrent au devant de moi aux portes de la ville, accom-

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