‹ Commentaires (volume 2)Chapitre 45 sur 105 · MONTLUC A LA RECHERCHE DE L'ENNEMI · texte numérisé non relu

MONTLUC A LA RECHERCHE DE L'ENNEMI

donner secours. Et comme le jour se montra, arrivèrent des gens de Marennes nous avertir que toute l'infanterie prenait le chemin du Mont-Tiron, et descendait en la plaine de Saint-Fré, prenant le chemin plutôt vers Carignan que de Savillan; et de plus en plus nous en venaient nouvelles. Je priai M. de Termes de me laisser aller vers Cavilimor, sur la queue de leur cavalerie ; ce qu'il m'accorda, faisant monter à cheval le capitaine Mons son enseigne, avec cinquante salades1. Or, pendant que j'étais allé à Bène, M. de Tais, qui était notre colonel, avait envoyé en diligence à Savillan les compagnies de Boguedemar et du baron de Nicolas ; et, parce que la mienne était lasse, je ne pris que le capitaine Favas et ceux qui étaient entrés avec moi, s'étant déjà rafraîchis, et quelque quarante des autres qui étaient venus la nuit, le capitaine Liénard, lieutenant pour lors de Gabarret, avec trente ou quarante de sa compagnie, et le capitaine Breuil, de Bretagne, enseigne du baron, qui est encore vivant, ainsi qu'on m'a assuré naguère, lequel depuis fut blessé à la jambe d'une arquebusade, dont il est boiteux, comme l'on m'a dit, avec autant de gens de la compagnie dudit baron : et nous en allâmes droit à Cavilimor, le long d'un grand ruisseau qui va audit Cavilimor, et à main gauche du grand chemin. Et, étant à demi mille de là, arriva un des gens du

1. On nommait ainsi les soldats coiffés d'un casque appelé salade.

capitaine Gabarret, qui venait à moi de sa part, me priant de le vouloir attendre, qu'il montait à cheval pour venir ; et, comme il était long et tardif, il nous arrêta de plus d'un grand quart d'heure : tellement que, si j'eusse suivi mon chemin sans l'attendre, je rencontrais M. de Savoie à une petite chapelle hors Cavilimor, vers Savillan, qui entendait la messe, n'ayant que vingt-cinq chevaux avec lui pour son escorte ; le marquis était parti avec toute la cavalerie, prenant le chemin de Rouy, distant déjà à plus d'un grand mille de là. Voyez comme un peu de séjour quelquefois porte dommage : peut-être eussions-nous eu là une bonne fortune. Et, comme ledit Gabarret fut arrivé, je m'acheminai, et fus incontinent à Cavilimor, où les gens de la ville me dirent que ledit seigneur n'était encore à demi-mille de là. Nous nous pensâmes, le capitaine Mons et moi, désespérer, aussi tous les soldats, ayant perdu une si grande fortune par la paresse dudit Gabarret, lequel nous chargeâmes de malédictions. Or, après avoir demeuré là un bon moment sans savoir ce que nous devions faire, nous nous mîmes sur notre retour : mais alors il me souvint de l'avertissement de Marennes, qui fut cause que nous prîmes le chemin à travers des prés, tirant à cette plaine. Cependant nous entendions toujours les tambourins du camp, et ceux de derrière en même temps ; car il n'y a pas demi -mille de Cavilimor à la plaine ; et, comme nous fûmes à la vue, nous décou-

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