‹ Commentaires (volume 2)Chapitre 48 sur 105 · RENCONTRE PRÈS DE GAVILIMOR · texte numérisé non relu

RENCONTRE PRÈS DE GAVILIMOR

sure, lequel ne m'a jamais menti en quelque chose que j'aie entreprise ; croyez, mes amis, qu'ils sont déjà à nous. »

Or ai-je toujours fait entendre aux soldats que j'avais certain présage que, quand cela m'advenait, j'étais sûr de vaincre : ce que je n'ai jamais fait, sinon pour y faire amuser les soldats , afin qu'ils tinssent déjà la victoire pour gagnée; je m'en suis toujours très-bien trouvé, car mon assurance rendait assurés souvent les plus timides. Les simples soldats ^sont aisés à piper, et quelquefois les plus habiles. Et alors d'une voix commencèrent tous à crier : « Combattons, capitaine, combattons î » Je leur remontrai comme je voulais laisser à notre queue quatre piquiers, pour garder qu'aucun ne se reculât, et, si aucun le faisait, qu'ils le tuassent : à quoi ils s'accordèrent volontiers; il me fut fort difficile de pouvoir faire demeurer derrière les dits piquiers, suivant notre arrêt, d'autant que tous étaient affectionnés de venir les premiers au combat. Et notez que le désordre vient toujours plutôt par la queue que par la tête. Je commençai à marcher; et, comme les ennemis découvrirent les gens de pied, ils firent halte à l'endroit d'une grande baisse1 que l'eau avait faite par succession de temps, laquelle allait finir au-dessous du mont où nous étions. Je les vis dans la plaine portant leurs lances droites sans s'avancer ; et vis

Page 1