‹ Commentaires (volume 2)Chapitre 51 sur 105 · PARTAGE DU BUTIN · texte numérisé non relu

PARTAGE DU BUTIN

vent des garnisons voisines qui peuvent venir à eux ; il est malaisé d'y pourvoir, car l'avarice du soldat est telle, qu'il crève souvent sous le faix, ne voulant prendre aucune raison en payement.

Après cette défaite, nous retournâmes à Savillan, où nous trouvâmes que deux vilains avaient donné l'alarme à M. de Termes , ayant porté nouvelles comme nous étions tous défaits. Nous le trouvâmes à demi désespéré ; mais après il eut une des plus grandes joies qu'il eut jamais. Il y eut alors bon marché de besogne, car il se gagna plus de quarante putains des Allemands, et plus de vingt des Espagnols. Cette vilenie fut en partie cause de leur désordre. Nous voulûmes faire mettre tout au butin, et trouvâmes que nous n'étions que cent quarante-cinq hommes et cinquante chevaux, me priant tous que chacun se tînt avec ce qu'il avait gagné, et qu'ils me feraient un présent, parce que je ne m'étais pas amusé à piller ; ce que je leur accordai, voyant tout le monde content ; ils me donnèrent six cents écus, comme firent aussi les gens à cheval au capitaine Mons, mais je ne saurais dire combien. Voilà ce que nous fîmes cette journée à la queue de leur camp. Il ne mourut sur le lieu, de nos gens, qu'un soldat du capitaine Baron, et cinq ou six blessés et un mien caporal , lesquels guérirent. Il y a assez de gens de cheval et de gens de pied en vie qui se trouvèrent au combat, lesquels, lorsqu'ils liront ce livre, ne me démentiront. Je ne saurais dire, dont je m'étonne, si M. de

Caillac s'y trouva, ou si M. de Termes le retint avec lui; mais, s'il ne s'y trouva, il était dans Savillan, et il lui en souviendra bien.

Or l'entreprise qu'avait le marquis du Guast se montra bientôt, car c'était pour s'aller jeter dans Garignan, et là faire un fort, et y laisser une bonne troupe de gens de pied, comme il fit. Et le jour que je fis cette défaite, il campa à un village près Carmagnole, à main droite du chemin deRaconis audit Carmagnole : il ne me souvient du nom; et à la minuit il envoya la plupart de sa cavalerie passer le pont à Lombrias, où une heure ou deux auparavant y étaient passés deux chevaux-légers de M. de Termes qui s'étaient trouvés au combat, et s'étaient dérobés avec leur butin, craignant que Ton ne leur fît mettre au blot1 ; ceux-ci advertirent M. d'Aussun et le seigneur Francisco Bernardin, qui étaient à Carignan, lesquels M. de Boutières y avait envoyés expressément pour la démanteler, lui souvenant que M. de Termes et ledit seigneur Francisco lui avaient dit quatre mois plus tôt que le marquis ferait cela, et s'en emparerait pour la fortifier, qui serait chose fort préjudiciable au service du roi. Je n'avais affaire d'écrire ceci, si ce n'était pour montrer aux jeunes capitaines qui liront ce livre, qu'ils n'attendent jamais à faire leur retraite à la tête d'un camp, s'ils ne sont assez forts pour donner la bataille. Mais comme ces chevau-

Page 1