CHAPITRE VII
Combat de Fossano. — Affaire du pont de Carignan.
César de Naples, étant ce jour à Carmagnole, fut averti de la mort du comte, de quoi il fut bien fâché : et, pour assurer Fossano, y voulut envoyer trois compagnies italiennes, lesquelles autrefois y avaient été en garnison, c'est à savoir Biaise de Somme , Napolitain , Baptiste , Milanais , et Roussane , Piémontais ; lesquels ne voulurent partir promptement, craignant que nous les combattissions, à moins qu'ils n'eussent une bonne et forte escorte. Les Allemands qu'il avait avec lui n'y voulurent pas aller : ce qui fut cause qu'il manda à Raconis, aux quatre compagnies espagnoles qui étaient en garnison, c'est à savoir, don Juan de Guevare, mestre de camp, Luis Quesada, Aquilar et Mendoza : sur quoi ils furent deux jours sans oser se mettre en chemin. Cependant M. de Termes fut
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averti par son espion que les dites compagnies italiennes partaient le matin pour s'aller jeter dans Fossano, et que deux compagnies de cavalerie leur tenaient escorte. Or, n'avait-il rien entendu que les Espagnols y dussent aller. Ledit seigneur ne faisait que commencer à relever de sa maladie, lequel me communiqua l'affaire le matin même, et à la même heure que l'espion était arrivé ; nous conclûmes que nous prendrions quatre cents hommes de pied de toutes nos compagnies, choisis et élus, savoir, deux cents arquebusiers, et deux cents piquiers portant corselets1. Le capitaine Tilladet (qui n'avait perdu de ses salades que deux ou trois) n'était pas encore revenu à Savillan ; ce qui était cause que la compagnie de M. de Termes n'était pas si forte : et, d'autre part, M. de Bellegarde, qui était son lieutenant, était à sa maison, et en avait quelques-uns avec lui. Et à cette occasion le capitaine Mons ne put amener que quatre-vingts salades. Et nous rapporta l'espion que les compagnies italiennes devaient prendre le même chemin que leur camp avait tenu venant à Carignan, qui était par la plaine où nous avions combattu les Italiens. Nous conclûmes que nous prendrions le chemin de Marennes, et que nous leur serions au devant. Et, ainsi que nous voulions sortir de la ville, arriva M. de Gental, qui venait de Gental, ayant avec lui
1. Cuirasses d'infanterie. On appelait aussi corselets les soldats vêtus de cette armure, comme on nommait salades les cavaliers coiffés de cette sorte de casque.