ARRIVÉE DU COMTE D'ENGHIEN
rien, parce qu'il ne fut possible de rompre la chaussée de l'eau. Que si elle se fût pu rompre, nous étions dedans, d'autant que par ce côté-là il n'y a forteresse autre que la rivière : et fûmes contraints d'aller assiéger Saint -Martin, lequel nous prîmes par composition, ayant enduré deux ou trois cents coups de canon, et d'autres places des environ de là, ainsi que nous en retournions vers Ghivasso.
Pendant le siège d'Ivrée, M. de Boutières eut avis que M. d'Enghien venait pour commander en son lieu : le roi était mal content de lui de ce qu'il avait avec tant de loisir laissé fortifier Garignan, avec d'autres occasions particulières. Il faut cheminer bien droit pour contenter tout le monde. Ledit sieur de Boutières en fut fort fâché : et disait-on que par dépit il avait quitté Ivrée, laquelle à la longue il eût pris; mais je ne le crois pas. Tant y a que M. d'Enghien arriva, amenant pour renfort sept compagnies de Suisses, qu'un colonel nommé Le Baron commandait. Je crois que ce fut à cette heure-là que M. de Dros vint avec sept ou huit enseignes de Provençaux ou Italiens. M. de Boutières se retira en sa maison en Dauphiné. Il y a bien des affaires en ce monde, et ceux qui ont de grandes charges ne sont pas sans peine; car s'ils hasardent trop, et qu'ils perdent, les voilà mal estimés et jugés pour fols et mal avisés; s'ils sont longs et lents, on se moque, voire le tient-on
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à couardise. Les sages tiendront un entre-deux. Mais cependant nos maîtres ne se payent point de ces discours: ils veulent qu'on fasse bien leurs affaires. Tel caquette des autres, qui, s'il y était, se trouverait bien empêché.