Gruyens ou Gruyeriens, gens des environs de^Gruyères
DISCOURS DE MONTLUG 205
le roi se souriait. « Vous devez avoir quatre cents hommes d'armes en Piémont, desquels il s'y en trouvera bien trois cents, et autant d'archers, qui sont en même volonté que nous. Vous y avez, Sire, quatre capitaines de chevau-légers, qui sontMM.de Termes. d'Aussun, Francisco Bernardin et Maure, chacun desquels doit avoir deux cents chevau-légers; et entre tous quatre ils vous serviront de cinq à six cents chevaux : tous lesquels désirent faire paraître l'envie qu'ils ont de vous faire service: je sais ce qu'ils valent, et connais leur courage. » Le roi alors s'émut un peu de ce que toutes les compagnies de la gendarmerie ni celles des chevau-légers n'étaient complètes : mais je lui dis qu'il était impossible, et qu'il yen avait qui avaient obtenu congé de leurs capitaines pour aller à leurs maisons se rafraîchir, et d'autres étaient malades; mais que, s'il plaisait à Sa Majesté donner congé aux gentilshommes qui lui demanderaient, pour se trouver à la bataille, ils suppléeraient bien au défaut qui pourrait être auxdites compagnies. « Puis donc que, Sire, dis-je alors continuant mon propos, je suis si heureux que de parler devant un roi soldat, qui voulez-vous qui tue neuf ou dix mille hommes, et mille ou douze cents chevaux, tous résolus de mourir ou de vaincre? Telles gens que cela ne se défont pas ainsi : ce ne sont pas des apprentis. Nous avons souvent sans avantage attaqué l'ennemi, et l'avons le plus souvent battu. J'oserais dire que si nous avions tous un bras lié,
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il ne serait encore en la puissance de l'armée ennemie de nous tuer tout en un jour, sans perte de la plus grande part de leurs gens et des meilleurs hommes. Pensez donc, quand nous aurons les deux bras libres et le fer en la main, s'il sera aisé et facile de nous battre. Certes, Sire, j'ai appris des sages capitaines, pour les avoir ouï discourir, qu'une armée composée de douze à quinze mille hommes, est assez pour en affronter une de trente mille : car ce n'est pas le grand nombre qui vainc, c'est le bon cœur : un jour de bataille, la moitié ne combat pas; nous n'en voulons pas davantage : laissez faire à nous. » M. le dauphin s'en riait derrière la chaise du roi, continuant toujours à me faire signe de la tête: car à ma mine il semblait que je fusse déjà au combat. * Non, non, Sire, ces gens ne sont pas pour être défaits. Si messieurs qui en parlent les avaient vus en besogne, ils changeraient d'avis, et vous aussi; ce ne sont pas soldats pour reposer dans une garnison: ils demandent l'ennemi, et veulent montrer leur valeur ; ils vous demandent permission de combattre: si vous les refusez, vous leur ôterez le courage, et serez cause que celui de votre ennemi s'enflera, et peu à peu votre armée se défera. A ce que j'ai entendu, Sire, tout ce qui émeut messieurs qui ont opiné devant Votre Majesté, est la crainte d'une perte; ils ne disent autre chose, si ce n'est: « Si nous perdons, si nous perdons; »jen'aioirïpersonne d'eux qui ait jamais dit: