DISCOURS DE MONTLUC
« Si nous gagnons, si nous gagnons, quel grand bien nous adviendra I » Pour Dieu, Sire, ne craignez de nous accorder notre requête, et que je ne m'en retourne pas avec cette honte qu'on dise que vous avez peur de mettre le hasard d'une bataille entre nos mains, qui vous offrons volontiers et de bon cœur notre vie. » Le roi, qui m'avait fort bien écouté, et qui prenait plaisir à voir mon impatience, tourna les yeux devers M. de Saint-Pol, lequel lui dit alors: « Monsieur, voudriez- vous bien changer d'opinion pour le dire de ce fol, qui ne se soucie que de combattre, et n'a nulle considération du malheur que ce vous serait si perdions la bataille : c'est chose trop importante pour la remettre à la cervelle d'un jeune Gascon. » Alors je lui répondis ce même mot: «Monsieur, assurez- vous que je ne suis point un bravache, ni si écervelé que vous me pensez. Je ne dis point ceci pour braverie : car s'il vous souvient de tous les avertissements que le roi a eus depuis que sommes retournés de Perpignan en Piémont, vous trouverez qu'à pied ou à cheval, où nous avons trouvé les ennemis, nous les avons toujours battus, si ce n'est lorsque M. d'Aussun fut rompu, lequel ne se perdit que pour avoir combattu en vue d'un camp ; ce qu'un bon capitaine ne doit jamais faire. Il n'y a pas encore trois mois , vous avez entendu , car tout le monde le sait, les deux beaux combats que nous fîmes à pied et à cheval , en la plaine vis à vis de Saint-Fré, contre les Italiens premièrement, et puis
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contre les Espagnols, en dix jours; ayant M. d'Aussun, quinze jours avant qu'il (ût pris, combattu et défait toute une compagnie d'Allemands. Regardez donc, nous qui sommes en cœur et eux en peur, nous qui sommes vainqueurs et eux vaincus, nous qui les désestimons pendant qu'ils nous craignent, quelle différence il y a d'eux à nous ! Quand sera-ce donc que vous voulez que le roi baille congé de combattre , sinon lorsque nous sommes en l'état auquel nous nous trouvons à présent en Piémont? Ce ne sera pas quand nous aurons été battus qu'il le doive faire, mais à présent que nous sommes coutumiers de les battre. Il ne nous faut faire autre chose, sinon de bien aviser de ne les aller assaillir dans un fort, comme nous fîmes à La Bicoque : mais M. d'Enghien a trop de bons et de vieux capitaines pour faire une telle erreur, et il ne sera question, sinon de chercher le moyen de les trouver en campagne rase, où il n'y ait haie ni fossé qui nous puisse garder de venir aux mains; et alors, Sire, vous entendrez des plus furieux combats qui jamais aient été. Je vous supplie trèshumblement ne vous attendre à autre chose, sinon d'avoir nouvelles de la victoire ; et si Dieu nous fait la grâce delà gagner, comme je me tiens assuré que nous ferons, vous arrêterez l'empereur et le roi d'Angleterre sur le cul, qui sauront quel parti prendre. » M. le dauphin continuait plus fort en riant à me faire signe, qui me donnait encore une grande hardiesse de parler : tous les autres par-