‹ Commentaires (volume 2)Chapitre 70 sur 105 · INFORMATIONS SUR L'AFFAIRE DE CARIGNAN · texte numérisé non relu

INFORMATIONS SUR L'AFFAIRE DE CARIGNAN

ils le pensèrent porter par terre, et entrèrent tous en telle foule qu'ils mirent la porte presque hors des gonds. «Et, comme ils furent tous entrés en ce désordre, je me jetai, disait-il, sur la porte pour la fermer, et conoaissant tous les capitaines nom par nom, les appelais àm'aider ; mais jamais homme ne s'y présenta, et sans un de mes serviteurs qui m'entendit crier, je ne l'eusse su jamais fermer. Et le désordre fut si grand dans la ville, qu'il s'en jeta plus de quatre cents par-dessus les courtines, lesquels le matin mouraient de honte, s'en retournant. Et voilà pourquoi je vous dis que, si vous-mêmes eussiez suivi votre fortune, vous étiez maîtres de la ville avec quarante hommes. » Je connus, par ce qu'il me dit, le vieux proverbe être véritable, qui dit : « Que si l'ost savait que fait l'ost, souvent l'ost déferait l'ost. »

Or, encore qu'après la reddition de Carignanles gens de la ville nous assurassent de ce grand désordre, nous n'y pouvions ajouter foi, et moi-même le premier, au moins qu'il fût si grand, car cela est étrange; mais, puisque le chef même le confessait , il faut donc croire qu'il était vrai, et qu'ils étaient poussés de quelque esprit; car nous ne leur faisions point de mal, ayant autant de peur qu'eux, et peut-être plus, La nuit est une chose effroyable lorsqu'on ne voit qui vous assaut. Ceci me fait conclure que le tout m'advint d'un grand heur, car hardiesse ne se peut cela appeler, mais plutôt la plus grande folie qu'homme saurait faire.

244 COMMENTAIRES DE MONTLUG

Je crois qu'entre tous les bouheurs et fortunes que Dieu m'a donnés, celle-là en est une des plus remarquables et plus étranges. Mais suivons notre dessein,

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