ENTREPRISE D'ANGLETERRE
peu de cœur, et crois qu'ils valent plus sur l'eau que sur terre. Voyant l'hiver sur les bras, M. le dauphin, ayant laissé M. le maréchal du Biez à Montreuil pour harasser Boulogne, alla trouver le roi, lequel avait aussi négocié avec l'empereur, s'étant une si grande force évanouie, pour s'être ces deux princes mal entendus, pour notre bonheur : j'entends l'Espagnol et l'Anglais; honni soitil qui les aimera jamais ni l'un ni l'autre ! Trois mois après, je quittai la mestrise de camp, pour venir défendre quelque bien qu'un mien oncle m'avait donné; je fus en peine d'obtenir congé du roi pour y venir, mais enfin M. l'amiral me le fit donner, pourvu que je lui fisse promesse de reprendre ledit état, si ledit sieur amiral conduisait l'armée. Il ne faillit pas, et me somma de ladite promesse que je lui avais faite. Il obtint du roi commission, laquelle il m'envoya pour être mestre de camp de cinquante ou soixante enseignes, que Sa Majesté fit lever pour faire le voyage d'Angle- \ terre, lesquelles j'amenai au Havre-de-Grâce, entre ] les mains de M. de Tais,
[1545] Or nous nous mîmes sur mer : l'armée était composée de plus de deux cent cinquante voiles, et des plus beaux vaisseaux du monde, avec les galères. Le désir que le roi avait de se venger du roi d'Angleterre, le fit entrer en une extrême dépense, laquelle enfin servit de peu, quoique nous eussions pris terre, et depuis combattu les Anglais sur mer, où d'un côté et d'autre il y eut
plusieurs vaisseaux mis à fond. Dès lors que je vis à notre départ embraser le grand caracon, qui était, ce crois-je, le plus beau vaisseau qu'il était possible, j'eus mauvaise opinion de notre entreprise ; et parce que, pour mon particulier, je ne fis rien qui fût digne d'être écrit, et que le général est assez discouru par d'autres, je m'en tairai pour décrire la conquête de la terre d'Oye en Galaisis; aussi notre fait est plus propre sur la terre que sur l'eau, où je ne sais pas que notre nation ait jamais gagné de grandes batailles.
Gomme nous fûmes retournés de la côte d'An~ gleterre, et débarqués au Havre-de-Grâce, M. l'amiral s'en alla trouver le roi, et M. de Tais avec lui ; et amena toutes les compagnies au fort d'Outreau , devant Boulogne , où le capitaine Villefranche était demeuré avec les vieilles compagnies mestre de camp, ayant eu la place que j'avais quittée. Le maréchal du Biez, lieutenant du roi en ce pays-là, était bien empêché, comme témoignera M. de Saint- Germain, que le roi avait baillé audit sieur maréchal pour le soulager; car tous les pionniers l'avaient laissé, s'étant dérobés, comme c'est l'ordinaire de cette canaille, quand on ne veille sur eux; et néanmoins ils avaient encore toute la courtine tirant au pont de brique à faire. Or je veux écrire ceci, encore que ce ne soit matière de combat, afin qu'il serve d'exemple aux capitaines.
M. le maréchal, qui était ordinairement sollicité par le roi de mettre ce fort en défense pour bloquer