ESCARMOUCHES
rent charger sur moi. Nous marchâmes droit à eux, et, comme ils furent au jet de leurs flèches, nos arquebusiers commencèrent à tirer tout d'un coup, et puis mirent la main aux épées, ainsi que je leur avais commandé, et courûmes pour les investir : mais, comme nous leur fûmes près, de la longueur de deux ou trois piques, ils tournèrent le dos aussi facilement que nation que j'aie jamais vue, et les accompagnâmes jusqu'à la rivière près de la ville, laquelle ils passèrent, dont il y eut plus de six de nos soldats qui les suivirent jusqu'à l'autre côté d'icelle. Je fis halte aux maisonnettes ruinées, où je rassemblai mes gens; quelquesuns y demeurèrent par les chemins, de ceux qui ne pouvaient pas tant courir comme les autres. M. de Tais avait tout vu, et était sorti du fort pour aller secourir l'artillerie ; et, comme j'arrivai à lui, je lui dis : « Voyez-vous si je ne vous ai dit la vérité ? ou il faut dire que les Anglais du temps passé étaient plus vaillants que ceux ici, ou bien que nous le sommes plus que nos prédécesseurs : je ne sais quel des deux est véritable.» —«Vraiment, dit M. de Tais, ces gens se retirent bien à la hâte ; je n'aurai jamais plus opinion des Anglais telle que j'ai eue par le passé. »*— « Non, monsieur, lui dis-je, croyez que les Anglais qui ont battu anciennement les Français étaient demi Gascons, car ils se mariaient en Gascogne, et ainsi faisaient de bons soldats. » Depuis ce temps, nos gens n'en eurent plus l'opinion ni crainte qu'ils en avaient. Otez,, ôtez
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capitaines, tant que vous pourrez, cette opinion à vos soldats, car ils vont lors en crainte d'être défaits. Il ne faut pas que vous méprisiez votre ennemi, ni aussi que votre soldat ait opinion qu'i soit plus vaillant que lui. Depuis cette charge, je vis toujours mes gens aller plus franchement pour attaquer les Anglais, les approchant toujours de plus près; et que Ton se souvienne, quand M. le maréchal du Biez les combattit entre le fort de d'Andelot, si nos gens se firent prier à les aller investir. Ledit sieur du Biez fit là un acte de vaillant homme : car, comme sa cavalerie se mit en fuite, il s'en vint tout seul se jeter devant notre bataillon, et descendit, prenant une pique en la main, pour aller au combat, duquel il sortit fort honorablement.
Je n'élais point là, voilà pourquoi je n'en dis rien ; car, deux ou trois mois après le retour de la terre d'Oye, je demandai congé à M. de Tais pour venir à la cour. Les historiens sont bien déloyaux de taire de si beaux actes ; celui-là fut bien remarquable à ce vieux chevalier. Étant à la cour, je fis tant avec M. l'amiral, qu'il me fit donner congé du roi, d'autant que je n'avais point repris la charge de mestre de camp, sinon pour la commander durant le premier voyage que M, l'amiral entreprendrait; et, après avoir demeuré un mois à la cour, servant le roi de gentilhomme servant (ce prince était lors assez vieux et pensif : il ne caressoit point tant les hommes que d'habitude ; une
MORT DE FRANÇOIS Ier 277
seule fois il me demanda le discours de la bataille de Cerisole, étant à Fontainebleau), ce fut alors que je pris congé de Sa Majesté, et ne le vis oncques depuis.
[1546-1548] Je m'en revins en Gascogne, de là où je ne bougeai jusqu'à ce que le roi Henri II fut roi, ayant été accablé d'affaires et de maladies : voilà pourquoi je ne vous puis rien dire de la reddition de Boulogne, laquelle le roi d'Angleterre fut contraint, voyant l'obstination du roi, de quitter? moyennant quelque argent.
[1547] Peu de temps après il mourut, et le roi aussi le suivit bientôt après : il faut tous mourir. Or cette reddition de Boulogne advint durant le règne du roi Henri , mon bon maître, qui succéda à son père.