MONTLUC RETOURNE EN PIEMONT
en plus grand crédit qu'il n'était du temps du roi François ; ce que plusieurs ne pensaient pas : mais les dames avaient perdu leur crédit ; d'autres y entrèrent : et puis incontinent Sadite Majesté, laquelle était lors en une petite villette, entre Melun et Paris, nommée Villeneuve-Saint-George, nous commanda de nous en aller à Paris trouver M. de Brissac.
Le lendemain que nous y fûmes arrivés, ledit sieur de Brissac partit, ayant été fort aise de ce que nous Tétions venus trouver : et ainsi allâmes jusqu'à Suze, où nous trouvâmes M. le prince de Melphe qui s'était mis en chemin pour s'en venir mourir en France : aussi trépassa-t-il une heure après notre arrivée. Encore que j'aie été quelque temps sous lui, je n'en dirai autre chose, car à grand'peine eus-je le loisir de le connaître que par ouï dire. C'est un malheur à un capitaine de changer si souvent de général, car avant d'être connu de lui vous êtes vieux; les amitiés et connaissances nouvelles sont fâcheuses. M. de Brissac dépêcha incontinent M. de Fourquevaux vers le roi, qui l'avertit de tout ; et promptement Sa Majesté le renvoya avec la patente de maréchal de France qu'elle lui donnait. Nous demeurâmes cinq ou six mois sans guerre. Il est mal aisé que deux si grands princes et si voisins puissent demeurer longuement sans venir aux armes, comme de fait, peu de temps après, l'occasion s'en présenta, parce que le roi prit la protection du duc
280 COMMENTAIRES DE MONTLUG
Octave S lequel le pape et l'empereur son beaufrère voulaient dépouiller de son État ; et pour cet effet, le sieur don Pernand de Gonzague tenait assiégée Parme, où était M. de Termes, et La Mirande, où commandait M. de Sansac, lequel y acquit un grand honneur, pour avoir très-bien fait son devoir, et montra qu'il était bon capitaine, comme à la vérité il était : il Ta bien montré en tous les lieux où il s'est trouvé; c'était un des bons hommes de cheval qui fût en France. Et parce que je ne puis parler de ceci que par ouï dire, ni de ce qui se fit là, je m'en déporterai.
[1551] Le roi, averti que les forces de l'empereur étaient empêchées au Parmesan, manda à M. le maréchal de Brissac qu'il rompît la paix, et tentât, sur la rupture, d'emporter quelque ville ; ce qu'il fit; car il prit Quiers et Saint-Damian. L'entreprise de Cairas ne succéda point comme les autres deux. M. de Vassé alla exécuter Saint-Damian, qui la prit à l'improviste, entre la pointe du jour et le soleil levant ; et M. le maréchal même exécuta celle de Quiers, en la sorte que je vais écrire, puisque mon sujet n'a été que de laisser par écrit ce que j'ai vu, et où j'ai eu quelque part : je pense que M. le président de Birague, qui y était, verra dans ce livre que je n'aurai pas guère failli à écrire ladite prise. M. d'Aussun fut élu pour aller exécuter celle de Cairas, et mena avec