PRISE DE SAN DAMIANO
lui le baron de Chepy, et deux ou trois autres compagnies françaises, avec quelques Italiens, et M. de Gental avec lui. L'escalade fut furieusement donnée ; mais elle fut aussi bien défendue. Il mourut un des frères du sieur de Gharry, qui était allé jusqu'à Savillan, lequel se trouva là sur les lieux quand on marcha la nuit, et y alla, et monta le premier une échelle, de laquelle il fut renversé : il fut assez mal suivi, comme Ton disait. En même temps M. de Vassé mena quelques compagnies avec lui, et arriva à demi mille de Saint-Damian au point du jour. Ils furent sur le point de tourner en arrière, voyant qu'ils seraient découverts avant qu'ils fussent là; toutefois à la fin s'acheminèrent pour tenter fortune. La coutume de Saint-Damian était que les soldats ouvraient la porte à la pointe du jour, pour laisser sortir tout le peuple dehors au travail, et après y mettaient quelques sentinelles. La fortune porta si bien à M. de Vassé, que le peuple était déjà sorti, et les sentinelles n'étaient pas encore sur la muraille : de sorte que le sieur de Vassé, avec ses échelles, entra dans leur fossé, lesquelles il fit dresser sans qu'il fût découvert ; et montèrent les capitaines les premiers, et, avant qu'homme de la ville s'en aperçût, la moitié de nos gens étaient dedans, où il n'y avait qu'une compagnie, laquelle se retira dans le château, où il n'y avait pas vivres pour un jour, et le matin se rendirent. Voyez, capitaines, combien il importe de se prendre garde à ne laisser jamais
la muraille vide de sentinelles, ou, pour le moins, en poser toujours sur quelque tour ou portail, surtout sur la pointe du jour, car c'est alors que les exécutions se font : on est las de veiller, et non pas l'ennemi de vous guetter. Toutes ces trois entreprises, de Gairas, Saint-Damian et Quiers, se devaient exécuter une même nuit : aussi faut-il, qui veut rompre la paix ou trêve, qu'il fasse son éclat tout d'un coup ; car, s'il y va pièce à pièce, il perdra pied ou aile.
Trois jours avant, M. le maréchal tint conseil pour cette exécution de Quiers, où étaient MM. de Bonnivet, président Birague, Francisco Bernardin, de Vassé, d'Aussun; et ne saurais bonnement dire si le sieur Ludovic de Birague y était ; je l'oserais bien assurer, car M. le maréchal ne faisait rien qu'il ne lui communiquât, parce que c'était un entendement bien ferré. Il fut arrêté que nous donnerions l'escalade par le haut des vignes, venant comme d'Agnasse à Quiers. Je ne trouvai point bonne ni assurée cette escalade, et priai M. le maréchal que, puisque lui-même y venait, et que c'était le premier lieu qu'il assaillait, étant venu nouvellement en la charge de lieutenant du roi, qu'il fît en sorte que l'honneur lui en demeurât : car, si à la première fois il n'avait bonne fortune, l'on prendrait opinion qu'il serait plutôt malheureux qu'heureux : ce qui apporte un grand préjudice à un capitaine et à un lieutenant du roi (on juge des choses par les événements); et qu'il