‹ Commentaires (volume 2)Chapitre 83 sur 105 · ENTREPRISE DE QUIERS · texte numérisé non relu

ENTREPRISE DE QUIERS

gnies, et en avait tiré les Espagnols pour les amener avec lui à Parme.

Notre batterie, sans plus temporiser, ayant fait son jeu, nous fîmes brèche à main gauche de la porte Jaune , combien que la pluie survint si grande, que presque tout notre fait fut en désordre ; et, environ les onze heures, la brèche était de huit ou dix pas. Les gens de la ville, qui ne demandaient pas mieux qu'une bonne occasion pour se mettre en l'obéissance du roi, pour le mauvais traitement que les Espagnols leur faisaient, commencèrent à dire au gouverneur s'il se trouvait assez fort avec ses soldats pour soutenir l'assaut . lequel leur répondit que oui, pourvu que la ville prît les armes. Ils lui répondirent qu'ils n'en feraient rien, et que les Espagnols ne les avaient pas si bien traités, qu'ils eussent occasion de prendre les armes contre les Français. Alors le gouverneur, qui était sage, se vit logé entre monsieur et madame *, et craignait plus que ceux de la ville lui donnassent à dos qu'autrement : il leur dit : « Mes amis, attendez un peu, et je ferai une capitulation avec monsieur le maréchal, que vous n'aurez aucun déplaisir, ni nous autres aussi. » Il fit sonner la chamade, faisant sortir un homme dehors, pour prier monsieur le maréchal de lui envoyer le seigneur Francisco Bernardin et le sei-

1 Locution proverbiale qui signifie se trouver entre deux ennemis.

286 COMMENTAIRES DE MONTLUG

gneur de Monbazin, et qu'il fît cesser la batterie. Monsieur le maréchal nous manda incontinent de cesser; ce que nous fîmes. Sur quoi fut arrêté que le gouverneur mettrait deux ou trois hommes dehors pour otages, et que les deux susdits entreraient pour capituler : je crois que monsieur le président Birague y entra avec eux, à cause qu'il n'eût pas voulu que la ville eût été saccagée, par ce que sa femme était fille de Quiers, et que la plupart des gentilshommes étaient ses parents : mais, pour ne mentir point, je ne saurais assurer s'il était des trois ou non. Monsieur le maréchal n'eût voulu aucunement leur faire déplaisir, car c'était exemple à tous les autres lieux que les ennemis tenaient, pour les attirer, afin que, se trouvant en pareil état, pour le bon traitement qu'il aurait fait à ceux de Quiers, tous les autres eussent envie de faire comme eux, et prendre le parti français. La plus grande dispute qui fut entre nos députés, le gouverneur et les habitants, fut que ledit gouverneur, d'autant qu'il était déjà presque nuit, disait qu'il ne pourrait gagner Asti pour sa retraite, et qu'il serait en danger d'être défait par les chemins ; aussi voulait-il remettre au lendemain. Monsieur le maréchal, qui séchait sur ses pieds, craignant que cette nuit il fût secouru d'Asti, demandait que Ton lui baillât la roquette1, pour y mettre soixante hommes, et qu'ils élussent un de

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