‹ Commentaires (volume 2)Chapitre 84 sur 105 · CAPITULATION DE QUIERS · texte numérisé non relu

CAPITULATION DE QUIERS

nos capitaines, tel qu'ils voudraient, pour le mettre dedans ; et cependant il faisait toujours approcher nos compagnies devers la brèche. Le gouverneur même vint sur la muraille de la roquette, et parla à moi, me priant de faire reculer les soldats, et qu'ils avaient accordé avec monsieur le maréchal. La conclusion fut qu'il s'en irait bagues sauves, enseignes pliées, sans sonnertambourin, le lendemain matin ; et, pour assurance, il fut arrêté que ia roquette serait mise entre nos mains. La ville m'envoya demander à monsieur le maréchal, pour me mettre dedans icelle avec soixante soldats ; car en Piémont j'avais acquis une réputation d'être bon politique pour le soldat, et d'empêcher le désordre. Je me gouvernai si bien, qu'homme de la ville ne perdit une paille : l'avarice de quelque peu de pillage dégoûte souvent ceux qui ont envie de prendre parti. Ce fait fut sagement considéré par monsieur le maréchal : car cette nuit-là étaien partis d'Asti quatre cents arquebusiers, pour essayer d'entrer dans la ville; mais ils furent avertis parles chemins que nous tenions la roquette : ce qui les en fit retourner. Il fut fait là une erreur : car au conseil il fut proposé que sans doute l'ennemi devait venir à nous au bruit de ce siège, et qu'à cette occasion, au même temps que la roquette nous serait rendue, il fallait envoyer quelque belle troupe, pour aller battre l'estrade vers Asti. Si cela eût été exécuté comme il devait, on eût défait ce secours. Monsieur de Bonnivet, qui était campé

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sur le chemin d'Audezun, vint le lendemain avec quinze ou vingt gentilshommes, en même heure que les Italiens sortaient de la ville; et, étant entré, s'arrêta à la porte pour les voir sortir. Et comme ils furent tous passés, monsieur de Bonnivet étant sous la seconde porte pour aller dans la ville, et m'ayant commandé monsieur le maréchal que je n'y laissasse entrer homme du monde qu'il ne fût dedans, j'ouïs mon lieutenant qui se courrouçait à la brèche, où je l'avais mis pour garder que personne n'y entrât; monsieur de Bonnivet me dit : « Il y a là quelque désordre. » J'y courus, et trouvai que c'étaient les larrons mêmes deQuiers, qui voulaient entrer pour saccager la ville; et, voulant descendre de la brèche pour leur courir sus, 3a ruine de la muraille me fit glisser, et tombai sur le côté gauche dans les pierres, de telle force, que je me dénouai la hanche. Je crois que tous les maux du monde ne sont point pareils à celui-là, à cause d'un petit nerf que nous avons dans cette jointure, qui est enchâssée Tune dans l'autre, qui s'allongea : et depuis je n'ai cheminé droit, mais toujours j'y ai douleur peu ou prou, sans que ni l'usage des bains, ni autre chose me l'ait pu ôter. Monsieur de Bonnivet me fît porter par les soldats dans un logis; j'avais fait entrer paravant les maréchaux des logis qui faisaient les quartiers. Monsieur le maréchal entra une heure après que je fus affolé, et me fit cet honneur de venir descendre devant mon logis pour me voir, montrant en avoir

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