SECOURS DE CEVA
ainsi laissa le sieur de Bonnivet, le sieur Francisco et moi, et fit retirer le sieur Ludovic à Ghivas et à Burlengo, pour avoir le cœur à ces deux places, desquelles il était gouverneur. Il ne tarda pas huit jours que M. le maréchal manda M. de Bonnivet et moi, aux fins de marcher en toute diligence jour et nuit droit à Mondovi, avec cinq ou six compagnies françaises que nous avions à Saint-Martin, délaissant le sieur Francisco en ce quartier pour faire avancer la fortification; ce que nous fîmes, et marchâmes jour et nuit, comme fut bon besoin, car M. le maréchal même s'était engagé dans Ceva pour secourir M. de Vassé; et, comme don Arbre entendit notre venue, et qu'en chemin nous avions pris une compagnie à Savillan, et qu'il nous vit arrivés au coin de la ville, il fit retraite, et, ayant gagné un pont de brique, il commença à faire passer son bagage. Je ne saurais dire si le seigneur Ludovic de Birague était en notre compagnie, parce que bous avions quelque Italien en notre troupe. M. le maréchal, qui se vit désengagé, sortit hors la ville avec tout ce qu'il avait amené de forces, et alla attaquer l'ennemi au pont; et pensait don Arbre camper là, car nous y trouvâmes des loges déjà faites. L'escarmouche fut grande et forte d'un côté et d'autre : toutefois j'ai opinion que si nous l'eussions chargé de queue et de tête, cavalerie et tout, que nous lui eussions fait peur et dommage ; car, après qu'il eut passé le pont, il fallait monter une montagne, de laquelle le chemin était si étroit, 13 -20
qu'ils n'y pouvaient aller que un à un. Or il nous montra qu'il était vrai soldat et homme de guerre, car il fit passer premièrement toute sa cavalerie, craignant que la nôtre la chargeât, et qu'elle la renversât sur les gens de pied; puis fit passer ses Allemands, et lui demeura derrière avec 1000 ou 1200 arquebusiers, qui tinrent toujours le pont à la faveur de trois maisons qu'il y avait au bout de celui-ci, lesquelles nous ne sûmes jamais gagner, car ils les avaient toutes percées, répondant l'une à l'autre. Au haut de la montagne, il y avait une plaine qui s'étendait jusqu'à une villette qu'ils tenaient, étant de la longueur de 1000 pas seulement ou environ : là il fit faire halte à tous ses gens, et après se retira; mais, en abandonnant les maisons, nous nous pensâmes mêler : auquel lieu y eut quelques gens de morts d'un côté et d'autre. Nous les y suivions toujours par ce petit chemin contre mont à force arquebusades, car nous ne voyions pas l'appareil qu'il nous avait fait sur le haut de la montagne.
MM. de Bonnivet, de La Mothe-Gondrin et moi étions à cheval, et parmi les arquebusiers, pour leur donner courage ; et, comme nous fûmes sur le haut, il nous fit une charge de 1000 ou 1200 arquebusiers qui nous ramenèrent droit au pont plus vite que le pas, et sur les bras de M. le maréchal. Le cheval de M. de La Mothe fut tué, le mien blessé, qui mourut dans cinq ou six jours, et Dieu nous aida pour nous avoir fait départir nos soldats en