PROJETS DE L'ENNEMI
deux troupes, à main droite et à main gauche du chemin, encore que la montée fût bien difficile ; qui fut cause que nous ne perdîmes que fort peu de gens; car si nous fussions été tous enfilés dans le chemin, nous eussions fait une grande perte, et nous-mêmes y fussions demeurés. Notez cela, jeunes capitaines, quand vous vous trouverez de même ; car les vieux et avisés et qui se sont trouvés en tels marchés savent ces remèdes. M. le maréchal retira tout le camp autour de Geva, et le lendemain ramena les canons que MM.de Vassé et de Gordes avaient menés quand ils la prirent, et y laissa trois compagnies, deux françaises et une italienne; puis se retira par le Mondovi devers Turin et Quiers. Or il ne me souvient comme Ceva fut depuis perdue, car nous y retournâmes un an après la recouvrer, qui fut bien autrement défendue et combattue que le premier coup, comme j'écrirai ici après- Quelque temps après, le sieur don Fernand dressa un camp surpassant toutes les forces de M. le maréchal, car ledit seigneur n'avait ni Suisses ni Allemands. Or fut-il averti par les seigneurs Ludovic de Birague et Francisco Bernardin que ce camp était dressé pour venir reprendre Saint- Martin et les autres châteaux, ensemble pour prendre Casai, à quatre milles de Turin, et la fortifier, afin que Turin ne reçût aucun rafraîchissement des montagnes et vallées de Lans, surtout de Casai, duquel lieu on tirait la plupart des fruits et bois
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qui venaient à Turin. Or, comme le camp du seigneur don Fernand fut prêt à marcher droit à Saint-Martin, M. le maréchal tint conseil de ce qu'il devait faire de Casai, vu qu'elle n'était point fortifiée ni tenable; ils conclurent qu'il la fallait abandonner et la démanteler; toutefois que le démantèlement ne servirait de rien, car le seigneur don Fernand l'aurait bientôt refaite. Je fus averti à Moncalier, le soir même, de la conclusion : qui fut cause que le matin je m'en allai trouver M. le maréchal à Turin, et lui demandai s'il avait arrêté d'abandonner Casai. Il me dit que oui, parce qu'il ne se trouvait homme qui voulût hasarder sa vie et son honneur en se jetant dedans, et qu'ils avaient conclu au conseil d'y mettre une compagnie d'Italiens, laquelle se retirerait incontinent qu'elle verrait approcher le seigneur don Fernand. Je lui dis alors que cela ne servirait de rien, car le capitaine même le dirait à ses soldats pour les y tenir, et qu'il fallait faire à bon escient, non en cette sorte. Il me dit : « Et qui voudriez-vous qui fût si fou et hors de sens que d'entreprendre la défense de celle-ci? » Je lui répondis que ce serait moi. Alors il me répondit qu'il aimerait mieux perdre beaucoup de son bien que de permettre que je m'engageasse là dedans, vu que cette place ne saurait être fortifiée d'un an pour tenir contre le canon. Je lui répondis lors : « Monsieur, le roi ne nous paye ni ne nous entretient que pour trois raisons : l'une, pour lui gagner une bataille, afin