‹ Commentaires (volume 2)Chapitre 90 sur 105 · MORTLUG VEUT SE JETER DANS CASAL · texte numérisé non relu

MORTLUG VEUT SE JETER DANS CASAL

que, par le moyen de celle-ci, il puisse conquérir beaucoup de pays ; l'autre, pour lui défendre une ville, car il n'y a ville qui se perde sans amener grande perte de pays; et la troisième, pour prendre une ville, car le gain d'une ville prise amène à sujétion beaucoup de gens ; et tout le reste ne sont qu'escarmouches ou rencontres qui ne servent qu'en particulier à nous, et pour nous faire connaître et estimer de nos supérieurs, et acquérir de l'honneur pour nous; car, quant au roi, il ne profite aucunement de cela ni de tous autres effets de la guerre, que par ces trois choses que j'ai dites; et par ainsi, plutôt que cette place s'abandonne, j'y mourrais dedans. » M. le maréchal me contesta fort pour me divertir de cette intention; mais, comme il me vit résolu, il me laissa faire. Il se payait fort de raison, sans croire sa tête, comme faisait M. de Lautrec, auquel on a remarqué ce défaut, comme je pense avoir dit ailleurs.

Or Casai est une petite ville fermée de murailles de cailloux, sans pierre aucune carrée ; un fossé l'environne; et l'eau s'y met et s'en sort, de sorte que Ton ne peut approfondir le fossé ni retenir l'eau en aucun endroit, pour le plus, que jusqu'à demi-cuisse. Il n'y avait tranchée aucune dedans ni dehors ; les quatre coins n'étaient aucunement remplis, de sorte que, quand on m'eût battu une courtine par le front, on me pouvait battre par le flanc. Je demandai à M. le maréchal cinq cents pionniers de la montagne ; ce qu'il

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dépêcha promptement à lever, et ils furent dans quatre jours à Casai; plus, je lui demandai une grande quantité d'outils et ferrements pour faire travailler les soldats ; ce qu'aussi promptement il m'envoya, avec grande quantité de farines, lards, plomb, poudre et corde; plus, lui demandai le baron de Ghépy, La Garde, qui était parent du baron de La Garde, Le Mas, Martin, et ma compagnie : toutes ces cinq compagnies étaient bonnes, et les capitaines avec, lesquels, ayant entendu que je les avais nommés de moi-même, le prirent à grande louange et honneur. Je lui demandai aussi le Gritti, Vénitien, qui avait une compagnie d'Italiens : le tout me fut accordé. Le matin donc je m'allai mettre dedans, et le soir toutes mes compagnies arrivèrent. M. de Gié, premier fils de M. de Maugiron, était là en garnison avec la compagnie d'hommes d'armes de son père, auquel M. le ma réchal manda qu'il sortît et qu'il menât la compagnie à Moncalier; il lui récrivit qu'il n'avait pas demeuré si longuement en garnison à Casai pour l'abandonner lorsque le siège y venait, et mêmement, puisqu'un si vieux capitaine que moi entreprenait de la défendre, qui était cause qu'il avait délibéré d'y mourir avec moi. M. le maréchal ne prit pas cela pour argent comptant, car le lendemain bon matin il vint à Casai, ayant avec lui M. d'Aussun, de La Mothe-Gondrin, et le vicomte de Gourdon. J'y avais déjà fait tous les quartiers de gens de pied, sans déloger la gendarmerie, par ce

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