RENFORT ENVOYÉ A ALBE
Saint-Pierre, Corse, se mirent dedans avec sept enseignes. Or, dès l'arrivée du seigneur don Fernand à Ponte di Stura, et qu'il ent passé la rivière, M. de Salvazon , qui était gouverneur de Verrue, m'en avertit en diligence. Je fis partir le baron de Chépy, La Garde et Le Mas soudainement, qui furent lendemain au point du jour à Albe; de quoi M. le maréchal fut fort aise, comme fut bien aussi M. de Bonnivet , par ce qu'ils venaient d'un lieu auquel ils avaient pris grand'peine de fortifier, espérant que ceux-là montreraient le chemin aux autres, comme ils firent. M. de Maugiron voulut demeurer à Casai, car il y faisait bon vivre pour les chevaux. J'y laissai le capitaine Martin avec lui, et envoyai Gritti à sa garnison; moi et le colonel Charamont allâmes trouver M. le maréchal à Turin, qui ne faisait qu'arriver d'Albe, et ma compagnie s'en alla à Moncalier. Je vous laisse discourir si M. le maréchal, M. le président Birague et toute la cour du parlement me firent grand accueil, et si je fus le bienvenu.
Donc , capitaines , quand de quelque entreprise sortira grande commodité, et quelque profit en pourra venir, comme faisait de celle-ci , vu que Turin, si Casai eût été pris, en souffrait grand dommage, n'arrêtez d'entreprendre et tenter hardiment; et, quand vous y serez, souvenez-vous de la sorte que j'en usai ; car ainsi mettrez-vous en crainte l'ennemi de vous attaquer; il est plus en alarme de vous assaillir, que vous n'êtes de vous
défendre; il songe et considère ce qui est dedans, et qu'il a affaire à gens qui savent remuer la terre; qui n'est pas peu de chose à un guerrier. Il est vrai que le sieur César fit un pas de clerc de s'amuser aux forts, et nous laisser cependant fortifier: s'il fût lors venu droit à nous, il nous eût donné de la peine : je crois qu'il craignait. Aussi ma bonne fortune voulut que le sieur don Fernand sépara ses forces : s'il fût venu lors nous attaquer, il eût emporté de bons hommes, mais nous eussions bien vendu notre peau.