RETRAITE DE L'ENNEMI
bataille et hors tles loges. Comme il fut arrivé devers moi, environ deux heures avant le jour, je le dépêchai incontinent, sur de bons chevaux, vers M. le maréchal, lequel il trouva encore au lit, par ce qu'il n'avait dormi une seule goutte de toute la nuit, ayant demeuré tout le jour avec M. le président Birague et le sieur Francisco Bernardin au-dessus de Rive-de-Quiers, qui, comme ils n'ouïrent, environ les deux après midi, plus tirer l'artillerie, ayant demeuré là jusques à une heure de nuit sans rien entendre, tinrent la place pour perdue ou capîtulée : mais le matin, un peu après le soleil levant, et ainsi que le valet de chambre eut ouvert, comme le capitaine Mauries lui eut porté les nouvelles, je vous laisse penser la joie qu'il en eut: il me manda soudain que je m'en revinsse le trouver.
Or je fis là un tour de jeune capitaine : car, comme le capitaine Mauries me dit que le camp se levait, je m'en allai en grande hâte à Saint Damian ; et aussitôt que le capitaine Charry, qui était sur la muraille, me vit venir, il sortit dehors avec mes autres soldats ; de quoi je fus bien fâché. Les ennemis s'étaient mis derrière une petite montagne, le ventre à terre, et avaient laissé quinze ou vingt arquebusiers à la découverte. Je les allai attaquer, et les chargeai: mais, comme je fus à quatre pas des autres, ils se levèrent et me chargèrent de cul et de tête, tellement qu'ils me menèrent battsnt tout contre la ville, laquelle me secourut,
et bien pour moi, de dessus la muraille à coups d'arquebusades. Là le capitaine Charry fut pris et blessé, et, sans mon lieutenant que j'avais laissé aux gabions, ils m'auraient taillé en pièces avec tous les cinquante du capitaine Charry. Je perdis sept ou huit soldats, desquels il y en eut trois de morts; M. de Goas fut une fois enveloppé, et puis échappa. L'aise que j'avais de voir le siège levé, et l'envie d'avoir quelque prise sur les ennemis, me fit mal à propos faire cette escapade. Cela fait, je m'en retournai à La Cisterne, après avoir vu MM. de Chavigny et de Briquemaut, et le soir me rendis à Quiers ; auquel lieu je fus aussi bien venu de M. le maréchal et de tous ceux qui étaient avec lui, que homme eût su être. Lequel sieur maréchal dépêcha M. de Biron devers le roi, pour lui porterie succès du siège, et lui demanda une place de gentilhomme de la chambre pour moi; et aussi, pour îa grande instance et supplication que je lui fis, étant souvent en douleur de ma cuisse, il me déchargea de l'état de mestre de camp, encore que cette requête ne fût guères agréable au dit sieur maréchal ; mais, pour me gratifier de tout ce que je lui eusse su demander, il voulut me contenter. Et étant ledit seigneur de Biron à la cour, le roi ne voulut donner ledit état de mestre de camp, que préalablement il ne fût mieux informé à qui il le devait donner; et ordonna que M. le maréchal nommerait un homme, M. de Bonnivetun autre, et que j'en nommerais un autre : je nommai M. de Chepy. Cela