‹ Commentaires (volume 2)Chapitre 95 sur 105 · MONTLUC RÉCOMPENSÉ · texte numérisé non relu

MONTLUC RÉCOMPENSÉ

fut cause que ledit sieur de Biron fut longuement à la cour, pour les allées et venues qu'il fallut faire: et cependant je demeurai toujours chargé dudit état de mestre de camp, jusqu'au retour dudit seigneur de Biron (lequel lors portait le guidon de M. le maréchal), qui m'en apporta la décharge, ayant le roi donné cet état au baron de Chepy, que j'avais nommé ; et de même m'apporta la place de gentilhomme de la chambre, car il ne voulut partir qu'il ne me vit enrôlé en une place des vieilles qui avait vaqué ; et il me porta aussi la patente du gouvernement d'Albe, à quoi je n'avais jamais pensé, et encore moins estimé que le roi me préférât à trois ou quatre autres pour lesquels M. le mare-chai avait écrit. Voilà les services que je fis au roi et à M. le maréchal, à quinze ou vingt jours l'un de l'autre.

Or, mes compagnons, celui est bienheureux qui fait service à son roi sous un sien lieutenant qui ne cèle pas l'honneur de ceux qui font quelque chose de remarquable, comme ne faisait pas M. le maréchal de Brissac; car oncques homme ne fit rien auprès de lui qui fût digne que le roi l'entendît, qu'il ne l'en avertît: il ne dérobait pas l'honneur d' autrui pour s'en enrichir ; il ne celait la valeur du plus grand jusqu'au plus petit. Et, comme Dieu voudra que vous serez employé auprès de tels lieutenants du roi, ne craignez point à hasarder vos vies, et à mettre toute votre diligence et vigilance à leur faire service : j'entends, si vous avez

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envie de parvenir par les armes et par la vertu ; sinon, retirez-vous. C'est un extrême regret à celui qui a exposé sa vie pour faire quelque chose de bon, quand on cèle son nom à son prince, duquel nous devons tous dépendre. Il n'y a larcin qui excède celui qu'on fait de l'honneur d'autrui ; et cependant la plupart des généraux des armées ne font pas conscience de cela.

Pendant que le seigneur de Biron était à la cour, moi demeurant chargé de l'état de mestre de camp, comme dit est, et au commencement de juin, que les blés commençaient à mûrir, le seigneur don Pernand ne voulut point laisser ce grand camp qu'il avait, inutile, mais, à la persuasion de M. de La Trinitat, frère du comte de Bene, il vint assiéger Bene; et lui fit entendre ledit seigneur de La Trinitat qu'il couperait l'eau qui allait dans la ville faire moudre les moulins,- et qu'il n'y avait point de blés ni farines dans icelle pour un mois, l'assurant qu'il lui ferait gagner une paye pour ses soldats, faisant couper le blé qui commençait à être mûr, et soudain le faire battre par deux ou trois cents vilains qu'il mènerait avec lui, sachant bien que ceux des Langhes et de Bernisse La Paille le voudraient acheter, et qu'ainsi dans un mois ils prendraient la ville sans tirer coup de canon. M. de Savoie, qui était jeune, et la première fois qu'il était entré en armée, y était. Ils vinrent mettre leur camp auprès de Bene, à un mille, sur le bord d'une rivière qu'il y a, de laquelle ils coupèrent l'eau, de

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