‹ Commentaires (volume 2)Chapitre 97 sur 105 · DÉFENSE DE BENE · texte numérisé non relu

DÉFENSE DE BENE

a été homme de grande dépense, avait vendu tous les siens, sur l'espérance des douze cents sacs que le gouverneur, que je ne veux nommer, y devait mettre. Nous disputâmes, quand bien nous aurions des blés, comment nous les ferions moudre; mais, dès incontinent que M. le comte m'eut dit où était le camp, je compris que je recouvrerais des blés, combien que je n'en voulus rien dire à personne jusqu'au retour du conseil, que je le dis à M. le comte, et à madame seulement. Au conseil se présenta un petit homme, maçon, âgé de plus de soixante ans, qui dit avoir tiré plusieurs pierres pour mettre sur les fosses des morts, d'un rocher qu'il nomma près de là, et qu'il pensait que qui tirerait ces pierres de dessus les morts, qu'elles seraient quelque peu bonnes pour faire des meules, si du tout non. Alors nous députâmes deux de la ville avec madame la comtesse, qui voulut y aller pour en faire l'essai avec les maçons. Ladite dame arriva avec une grande joie, et s'offrit elle-même de prendre la peine de faire faire les meules : je ne le voulais endurer ; mais à la fin il fallut qu'elle fût crue. Elle fit si grande diligence, qu'en deux jours et deux nuits elle en eut onze complètes, lesquelles furent distribuées à ceux de la ville, qui s'obligèrent de nourrir les soldats, pourvu qu'on trouvât moyen d'avoir des blés. Or nous arrêtâmes avec ceux de la ville qu'à une heure de nuit ils me donneraient cinq on six cents hommes et femmes, les uns portant de petites cordes, les autres des outils

servant à cooper les blés; et que les portes de la ville seraient fermées, afin que personne ne pût sortir pour donner aucun avis à l'ennemi; car M. de La Trinitat avait quelques amis dans la ville, de quoi M. le comte même se doutait. Puis dépêchai deux hommes de la ville, qui allèrent porter une lettre au capitaine Hieronym, fils du colonel Jean de Turin, qui était à une petite ville de laquelle ne me souvient, mais était à un mille du lieu où les ennemis avaient coupé l'eau; et je le priais que cette nuit-là il s'essayât, en une sorte ou autre, de réparer ce que les ennemis avaient rompu, et qu'il s'efforçât de nous faire venir de l'eau, s'il était possible. Lequel, cette nuit-là même, exécuta mon avertissement, combien qu'il fût un bien jeune gentilhomme, et crois-je qu'il n'avait pas vingt ans alors. Or nous nous retirâmes, attendant la nuit : et comme nous fûmes au château, je dis à M. Je comte qu'il fallait que nous en allassions tout seuls par-dessus les murailles pour regarder le champ de blé qui serait le plus près de la ville* lequel il nous fallait couper toute cette nuit-là, pendant que je jetterais deux cents soldats et le capitaine Théodore dehors, pour donner l'alarme fort et raide aux corps de garde qui gardaient que c^ux de la ville ne pussent prendre du blé. Comme donc nous eûmes choisi un, nous retournâmes souper, et après nous menâmes le capitaine Théodore et deux chefs des compagnies qui étaient sur la muraille de la ville, pour leur montrer là par où ils

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