‹ Commentaires (volume 2)Chapitre 98 sur 105 · DÉFENSE DE BENE · texte numérisé non relu

DÉFENSE DE BENE

devaient aller donner l'alarme, et les autres combattre le corps de garde; puis ordonnâmes dix hommes de ceux de la ville, sur un cheval chacun, pour commander ce peuple qui couperait les blés, pour les faire hâter.

A une heure de nuit, toutes ces gens sortirent, les gens de guerre à combattre, et le peuple à couper : de sorte que toute la nuit vous n'eussiez ouï qu'alarmes, tant au camp qu'au corps de garde. Gomme le peuple avait coupé et lié, ils couraient devant la porte de la ville, et là déliaient leurs fardeaux, et incontinent s'en retournaient ; caries uns étaient ordonnés pour couper, les autres pour lier et porter. Cependant le jour vint, et on fit retirer les gerbes à ceux à qui appartenait le blé dudit champ: ainsi il ne se perdit un sac de blé de toute cette nuit. Les ennemis, qui virent cette campagne toute coupée et emportée, y mirent encore des gardes plus fortes et plus près. Le peuple, qui commença à reconnaître son gain, se délibéra de se hasarder à retirer de leurs blés, plutôt que les ennemis les eussent : de sorte qu'à l'entrée de la nuit ils sortitirent plus de deux cents hommes de la ville : les uns allaient loin, et les autres près. Or Bene est presque environnée de vallons qui sont assez couverts de taillis et arrosés de force ruisseaux : et, comme ils sentaient venir gens, ils se cachaient là avec leurs blés, puis le matin se rendaient à la ville, à l'ouverture des portes. Le lendemain matin que je fus arrivé, l'eau commença à venir au mou-

lin par la diligence du capitaine Hieronym, et nous dura deux jours et deux nuits. Il y avait une grande confusion aux moulins; mais nous fîmes un ordre que nul ne moudrait que seulement pour faire dix ou douze pains ; et ainsi chacun en eut pour un peu. Et à deux jours et deux nuits de là, le capitaine Salinas, Espagnol, vint reconnaître l'eau, laquelle la nuit même nous perdîmes. J'avertis le capitaine Hieronym du lieu auquel ils l'avaient tourné couper, qui ne cessa jusqu'à ce qu'il l'eût remparé : mais il ne sut faire si bien qu'il nous vînt de l'eau qu'un jour durant; car d'heure en autre les ennemis l'allaient reconnaître. Madame la comtesse eut parachevé aussi son œuvre, qui fut cause que nous ne nous souciâmes plus d'eau.

Or, par le moyen des escarmouches, qui furent faites aussi belles en ces lieux qu'en toute autre place que je me trouvai jamais, et avec la diligence qu'on mettait de couper de nuit, nous eûmes autant de blé qu'eux. Le seigneur don Fernand, qui se vit frustré de la promesse que M. de La Trinitat lui avait faite, commença d'être fort mal contenu contre ledit seigneur de La Trinitat. Le capitaine Théodore s'en retourna à Savillan l'autre nuit, après que nous eûmes fait la première coupe, en laquelle il se trouva, et eut quatre chevaux ou hommes blessés de sa troupe, lesquels demeurèrent à Bene. Il avertit M. le maréchal de ce que j'avais fait à mon arrivée. Alors il commença à se réjouir, et tous ceux qui étaient avec lui, et à prendre

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