LE MARÉCHAL DE DAMVILLE
quelque chose de votre gouvernement, lui en aider en ce que vous pourrez. » Cette lettre me fut rendue à Sainte-Foy : il y en avait une autre au sieur de Saincthorent, afin qu'il se rendît en Farmée avec sa compagnie; et c'était parce qu'il avait donné congé à M. de Fontenilles de se venir rafraîchir et rassembler la sienne : et depuis me manda que je retinsse celle de M. de Fontenilles auprès de moi, sans abandonner le pays, et que j'eusse bien le cœur à Bordeaux, favorisant M. de Terride de ce que je pourrais en la conquête de Béarn, et quant à lui, il descendait vers le Poitou.
Gela me fut une dure nouvelle, encore que je fusse bien aise de la venue de M, le maréchal Damville ; et veux que Dieu ne m'aide jamais si je ne fus aussi aise de cela comme presque si Monsieur même y fût venu; et me semblait que les huguenots en Languedoc et Guyenne ne dureraient pas deux mois devant nous. Le dit sieur maréchal demeura quelques jours par les chemins.
Étant arrivé en Auvergne, il me dépêcha un courrier, m'avertissant de sa venue, et qu'il était bien aise de venir faire la guerre de par deçà, tant pour l'aise qu'il avait de m'y trouver, que pour l'espérance qu'il avait que nous ferions quelque chose de bon en ce pays de Guyenne et Languedoc, et qu'il s'en venait par l'Albigeois droit à Toulouse. Je lui renvoyai son homme, et le priai de ne prendre point ce chemin, mais qu'il vînt à Rodez et en Quercy, et que je lui irais au-devant
4 COMMENTAIRES DE MONTLUG
à Cahors; que le comte de Montgommery était arrivé vers Castres, qui commençait d'assembler des gens, et qu'il ne pouvait passer par là qu'il ne passât par le milieu des forces des ennemis. Je n'eus réponse de lui qu'il ne fût à Toulouse; il me dépêcha un courrier m'avertissant de son arrivée, et me mandait qu'il était passé à la barbe des ennemis, et qu'ils ne s'étaient point montrés pour lui empêcher son chemin. Je fus fort aise d'entendre son arrivée en sûreté et santé. Et par sa lettre me priait que nous nous vissions, afin de prendre une bonne résolution ensemble pour faire un grand service au roi, et qu'il ne voulait rien faire sans mon conseil. Un abcès m'était tombé sur un tétin; je fus contraint de le faire percer en deux lieux et y mettre deux tentes, et n'y pouvais endurer seulement la chemise. Et comme la fureur du mal me fut un peu passée, et la fièvre que le mal me donnait, je me mis en chemin, ne pouvant faire que trois lieues le jour au plus, avec grandissime douleur. Ceux qui liront ma vie pourront voir de combien de sortes dô maux j'ai été assailli; et néanmoins je n'ai jamais pour cela été oisif ni rétif aux commandements de mes maîtres ou en ma charge. Gela n'est pas séant à un guerrier de croupir dans le lit pour un peu de mal. Or le roi ni la reine ne m'écrivirent jamais que j'obéisse au maréchal, ni même par la lettre qu'il m'écrivit; néanmoins par l'amitié que je lui portais et l'affection que toute ma vie je lui avais vouée de ma