DISSENTIMENT DU MARECHAL ET DE MONTLUG
afin qu'il acquît une telle réputation, que le roi à jamais Taimât et estimât, et qu'il me sentît si bon gré du service que je lui aurais fait, qu'il prît en protection mes enfants, et les aidât d'avoir quelque bien du roi ; car de moi, j'étais délibéré, si je voyais la guerre finie, me retirer en ma maison, me sentant déjà vieux et cassé du corps et de l'esprit : d'ailleurs j'avais, Dieu merci, acquis assez d'honneur sans aller dérober celui d'autrui. Mais quoi ! l'on ne saurait ôter la malice du cœur des hommes, depuis qu'ils lui ont donné une fois racine : ils nous font penser à ce que nous n'avons pensé, et dire ce que nous n'avons jamais dit Je laisserai ce propos, et retournerai à mon entreprise du Mont-de-Marsan.
Le soir même, étant retourné à Saint-Maurice, M. le maréchal m'envoya remontrer que je ne devais point aller au Mont-de-Marsan, et que zi j'étais repoussé, je donnerais mauvaise réputation à son armée, et que je n'en pouvais espérer qu'une honte, et qu'aussi il était résolu de s'en retourner dans deux jours. Je crevais de dépit quand j'ouïs ce langage ; je lui envoyai les seigneurs vicomte de Labatut, chevalier de Romegas, M. de Savignac même qui était des siens, d'Arblade et La Mothe Gondrin, pour lui remontrer et prier de ma part de ne se vouloir point fâcher, et avoir patience encore pour quelques jours; et quant aux vivres, il voyait qu'ils en avaient tant que l'on n'en savait que faire; d'autre part, qu'il ne fallait que passer
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FAdour, et que nous trouverions cinq maisons des huguenots, qui étaient en la souveraineté du roi, là où nous trouverions vivres pour nourrir son camp un mois; car par tout ce pays les huguenots et catholiques les y avaient retirés, et qu'il me laissât seulement aller au Mont-de-Marsan, et que je ne lui demandais que deux de ses pièces de campagne, pour battre les guérites et défenses qui servaient aux ennemis de flancs. Ils me rapportèrent que, quelques discours qu'ils lui eussent su faire, il était résolu s'en retourner, et qu'il était bien content de me prêter les deux pièces. Le matin, comme tout le monde eut repu, nous marchâmes, étant arrivé M. de Montastruc avec les deux pièces, ayant charge de me dire, de la part de M. le maréchal, qu'il serait fort aise que je changeasse d'opinion et que je n'y allasse point. Je crois qu'il le faisait afin d'avoir cet avantage sur moi, de pouvoir dire, si je recevais une écorne : Je lui avais bien dit. Toutefois nous nous mîmes en chemin ; je marchai avec la cavalerie et quelques cent ou cent-vingt argoulets, les cinq enseignes miennes après moi ; et M. de Savignac venait après, menant les deux pièces. J'eus deux lettres par chemin d'une femme de la ville, par lesquelles me mandait que je n'y allasse point, car les ennemis étaient avertis de ma venue, et que le jour devant le capitaine Favas, qui est de Saint-Macaire, y était arrivé avec cent ou cent-vingt chevaux, et un autre capitaine avec cent hommes de pied. La seconde lettre me vint à demi-quart de lieue de
la ville, par laquelle me mandait qu'ils avaient fait leur revue, et qu'ils s'étaient comptés cinq cents hommes de combat, en ce compris les habitants de la ville, et que si j'y allais, je ne recevrais qu'une grande honte : et, encore que la femme et son mari, qui n'étaient pas dans la ville, fussent catholiques et de mes amis, je n'y voulus ajouter foi, et marchai jusques à la vue de la ville, laquelle est en un lieu bas. Je fis descendre cent ou cent vingt argoulets, afin qu'ils allassent gagner les maisons qui étaient auprès de la porte, et les y fis courir afin d'empêcher les ennemis d'y mettre le feu, ce qu'ils eussent fait, car il y en avait déjà dehors qui l'y mettaient ; ils furent contraints de se retirer dedans, et commencèrent à tirer à nos argoulets des murailles en dehors. Et pour attendre nos gens de pied et les deux pièces qui venaient derrière, j'allai passer la rivière avec une troupe de gens de cheval, audessous du Mont-de-Marsan tirant vers Dax, et à une arquebusade, pour aller découvrir de l'autre côté de la ville, et reconnaître le fossé s'il y avait de l'eau, afin d'y faire passer les enseignes du sieur de Savîgnac, pour donner par deux côtés.
Il y avait eau jusqu'à demi ventre des chevaux ; nous passâmes; et comme je fus delà, nous aperçûmes quatre ou cinq chevaux qui se venaient jeter dedans ; mais ils tournèrent tout court sans pouvoir être pris. Je fis mettre tous les gens de cheval en bataille, puis descendis de cheval et fis descendre seulement le capitaine Fieux, qui est
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d'auprès de Miradoux, et m'en allai droit au fossé. La chaleur était grande, et les armes me pesaient jort; je fus contraint de me mettre dans un petit ' fossé, car je ne pus passer plus avant, à cause de yi la pesanteur des armes, et qu'il fallait monter le fossé ; je fis passer M. de Fieux, qui alla tout au long du fossé de la ville, et trouva une femme tout contre le fossé, cachée derrière une petite haie, laquelle il fit lever, cheminant toujours, car Ton lui tirait fort, comme ils faisaient bien à moi, car de là où j'étais, il n'y avait pas dix pas jusqu'au fossé. A la fin le capitaine Fieux revint à moi, et la femme aussi, qui nous dit qu'il y avait eau de la hauteur d'une pique, comme aussi le capitaine Fieux m'affirmait selon son opinion, et à ce qu'il en avait pu connaître, et nous disait la femme qu'encore il y avait beaucoup &q vase. Je perdis toute mon espérance de pouvoir rien faire par ce côté là, et qu'il fallait donner tous par un autre lieu. Je laissai MM. de Fontenilles et de Madaillan en cet endroit, et m'en retournai avec la noblesse repasser la rivière ; et comme je repassais, il me sembla voir quelques enseignes dans la ville, et bien près du pont ; et tout d'un coup je les perdis de vue, et pensai que ce fussent des ennemis. J'avais, au partir de Saint-Maurice, prié M. de Tilladet de vouloir aller parler à M. le maréchal, sur ce que m'avait dit M. de Montastruc, et pour l'assurer que nous avions bonne espérance d'emporter la ville, et voir s'il lui pourrait faire trouver bon que nous