‹ Commentaires (volume 3)Chapitre 24 sur 73 · DISCUSSION AVEC LE MARÉCHAL · texte numérisé non relu

DISCUSSION AVEC LE MARÉCHAL

plus aises que j'eusse reçu une écorne. Et comme je fus dehors, on me dit qu'il était entré. Je m'en retournai, et demeurai plus d'une demi-heure enfermé dans les charrois que je n'en pouvais sortir: et à la fin je fis tant que je gagnai son logis. Son maréchal de camp logea toute la cavalerie hors la ville en des villages delà rivière, et l'infanterie aux faubourgs, et la noblesse dans la ville. Je pensais que cela lui donnât opinion, et à son conseil aussi, de vouloir passer la rivière et entrer en Béarn, que nous eussions sans doute enlevé et forcé le comte de combattre ou de s'enfermer dans Navarreins ; mais il dit tout résolument qu'il s'en retournerait après ses entreprises en son gouvernement, et qu'il ne se voulait point aller engager devant des villes en Béarn, vu qu'il n'avait point d'artillerie pour faire batterie, et qu'il ne voulait point que le roi ni personne lui mît sus qu'il s'était amusé à d'autres entreprises qu'aux siennes ; qu'il avait dit au roi, à son départ, ce qu'il voulait faire, vu qu'il fallait qu'on combattît les murailles des villes de Béarn. Je lui remontrai comme le comte prendrait l'un de ces partis, ou de hasarder la bataille, ce que je ne pensais pas qu'il osât jamais faire, ou de quitter le pays, sachant notre venue, ou de s'enfermer en sa place forte, et que je pensais que volontiers il ne prendrait ce dernier parti, mais se retirerait, et par ainsi nous aurions aisément des canons de Dax et de Toulouse; que, cela fait, la Guyenne était paisible, le pays de

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Béarn conquis, et qu'après, tout ce qui se trouverait en Languedoc tremblerait : que si nous voulions nous mettre en queue diidit Montgommery, nous rattraperions en quelque part, offrant de le suivre partout où il irait pour cet effet. Mais il me proposait demi en colère difficulté sur difficulté, pressé par ces messieurs. Or il avait envoyé le baron de Larbous pour entendre nouvelles des ennemis vers Agetmau , lequel baron lui manda par un gentilhomme , nommé LeRepeyre, qui était de la compagnie de M. de Gramont, le désordre en quoi le comte de Montgommery s'était retiré en Béarn, et comme son artillerie avait été abandonnée près de deux jours sur les chemins vers Orthez; et M. le maréchal même fut le premier de qui je Fentendis, et depuis par d'autres^ comme j'ai écrit ci-dessus.

Le jour devant qu'il voulut partir pour s'en retourner, je fus averti qu'il avait dépêché le sieur de Lussan vers le roi sans m'en rien dire, lequel Lussan était mon ennemi, parce que je n'avais voulu souffrir qu'il fût gouverneur de Lectoure. Je trouvai étrange qu'il ne m'en avait rien dit, et pensai qu'il n'avait point fait élection de celui-là pour dire bien de moi , car je connaissais bien qu'il n'était guère content de moi, parce qu'il tenait toujours son conseil à part, n'y appelant que M. de Joyeuse, MM. de Bellegarde père et fils, et M. de La Croisette, son maréchal de camp. Il ne faut pas trouver étrange si j'étais marri que les

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