HARANGUE AUX PRINCIPAUX D'AGEN
sont sur le point de Tabandonner et de se retirer vers Bordeaux, Toulouse et autres lieux de sûreté, et bref, que toute votre ville était en peur. Je vois bien que cette crainte vous est venue pour Topinion que vous aviez conçue que je vous abandonnasse en telle nécessité, et que je me fusse retiré à Lectoure, parce que c'est une bonne place. J'ai grande occasion de me plaindre de vous, parce que vous n'avez jamais ouï dire qu'en Italie ni autres lieux j'aie fait acte par lequel on ait pu connaître que la peur m'ait fait jeter dans les villes fortes, et avez toujours ouï dire que je me suis engagé au plus faible pour faire tête à l'ennemi; ma renommée n'est pas en si petit lieu, et en la Guyenne seulement : je suis tenu pour tel par toute l'Italie et par toute la France ; et à présent que je suis prêt d'entrer en la fosse, penseriez-vous, mes bons amis, que je voulusse perdre en un coup ce qui m'a coûté de gagner en cinquante-et-un ans que j'ai porté les armes? Il faut que vous vous résolviez à trois choses : la première, d'ôter toute peur et crainte qui vous pourrait avoir pris, et l'assoupir sous vos pieds, afin qu'il n'en soit jamais mémoire; la seconde, que vous vous accordiez tous à une même volonté, et que vous n'épargniez vos biens à ce que je vous ordonnerai pour promptement et diligemment recouvrer tout ce qui sera de besoin pour la défense de votre ville; et la troisième, que vous obéirez entièrement à six ou huit de votre ville que je vous choisirai, ou
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bien vous-mêmes les choisirez, tant pour remparer que aussi pour les fournitures qui seront nécessaires. Et si vous m'accordez ces trois choses, je vous jure Dieu tout-puissant, levant la main, que je vivrai et mourrai avec vous autres; et encore vous jure qu'avec la confiance et espérance que j'ai en lui, je garantirai votre ville de tous les deux camps des ennemis; car en ma vie j'ai fait de plus grands miracles, avec Taide de Dieu, que celui-ci. Comme vous voyez mon visage rempli de bonne volonté de vous défendre, je veux aussi que vous me montriez le vôtre, que je puisse connaître que vous accomplirez ces trois choses que je vous demande. Je sais qu'il y en a qui plaindront la dépense et les frais qu'il conviendra faire; mais que ceux-là considèrent qu'est-ce qu'ils deviendront si les ennemis se rendent maîtres de la ville, comme sans doute ils feront si vous ne vous évertuez, et que deviendront vos biens, vos états, vos maisons, vos femmes et enfants, tombant entre les mains de ces gens qui gâtent tout; tout sera renversé sens dessus dessous. C'est pour cela que vous combattez, et aussi principalement pour l'honneur de Dieu et conservation de vos églises, lesquelles ont été aux premiers troubles égratignées par ces gens vos ennemis ; mais à présent, s'ils y entrent, ils les raseront ras pied, ras terre, comme vous voyez qu'ils ont fait à Condom. Puisque je suis avec vous, croyez, messieurs, qu'ils songeront trois fois à nous venir attaquer, et qu'encore que cette