MÉCONTENTEMENT DU MARÉCHAL
lard* ne me fut lu en montant à cheval ; mais, comme je veux que Dieu m'aide, je n'eusse su dire six mots de ce qui y était, car mon affection me portait à courir à Agen, pour garder que la ville ne s'abandonnât, et je montais à cheval à Theure qu'on me lisait ledit brouillard, comme déjà j'ai écrit. Je laisse à penser à tous ceux qui ont tant soit peu de jugement, si ces mots étaient de telle importance que ledit sieur maréchal eût à se piqiï^er de telle façon; c'était contre le roi, et non contre nous : il est au roi et nous aussi, sa maison en est venue. Oh! si j'eusse voulu entrer ainsi en colère, combien de fois ai-je eu occasion de quitter tout! Je n'en ai peut-être que fait trop, non pas pour moi, mais pour le pays et pour le peuple, qui m'a trouvé à dire depuis que j'ai quitté mon gouvernement. Or quand M. de Montferrand, qui demeura trois jours à Agen avec moi, et ses gens au Port Sainte-Marie, entendit que M. le maréchal s'en était retourné à Toulouse mal content, et qu'à grand'peine il viendrait, il me dit qu'il s'en voulait retourner à Bordeaux, et qu'il ne savait si les princes s'achemineraient vers ledit Bordeaux, entendant qu'il n'y avait personne dedans ; ce qu'il fit, comme la raison le voulait aussi, et je demeurai en blanc, sans espérance d'être secouru de personne du monde. Voilà comment pour un mot, pour un seul dépit, le pays courut grande fortune.