‹ Commentaires (volume 3)Chapitre 38 sur 73 · RENFORTS APPELÉS PAR MONTLUG · texte numérisé non relu

RENFORTS APPELÉS PAR MONTLUG

Ayant ouï sa résolution, je mandai deux fois à M. de Fontenilles qu*il s'en vînt avec sa compagnie se jeter dans la ville avec moi : difficilement pouvait-il avoir son congé pour venir; néanmoins il se rendit à moi. J'avais les quatre compagnies que mon neveu de Leberon m'avait ramenées de Libourne, les trois au Port Sainte-Marie, et Fautre à Aiguillon, qui arrivèrent incontinent que M. de Montferrand en fut parti. Et avant que M. de Fontenilles arrivât à Agen, il y a un gentilhomme, nommé M. de Montazet, qui me vint prier d'ôter la compagnie qui était à Aiguillon, et qu'ils s'obligeaient de garder la ville avec le peuple; et encore bien que je connusse qu'il n'était en sa puissance de faire ce qu'il promettait, et qu'il le faisait pour épargner les vivres de la ville, je le lui accordai, me doutant bien qu'il écrirait à M, le marquis de Villars que je lui avais fait manger ses terres ; et envoyai ladite compagnie à Villeneuve, en quoi je fis une grande faute, car cette place eût tenu les rivières de Lot et de Garonne. Mais quoi ! ces criards qui veulent épargner les maisons de leurs maîtres, pour faire les bons valets et ménagers, perdent bien souvent les places. Fermez les oreilles à ces plaintes en telles et si pressantes nécessités, vous qui aurez cet honneur de commander : j'eusse mieux fait si j'eusse bien retenu la leçon que je vous apprends à présent.

Or je faisais mener un trafic à M. de Leberon, pour donner une escalade aux capitaines Manciet

et Ghassaudy, deux mauvais garçons qui étaient à Monheurt. Ledit sieur de Leberon était avec tiuit ou dix arquebusiers seulement à Aiguillon, afin de mener plus secrètement Tentreprise. Viard, commissaire des guerres, arriva, qui s'en allait à la cour de la part de M. le maréchal ; et encore que je susse bien que ledit sieur maréchal était marri contre moi, cependant je favorisais tout ce qui venait de lui, puisque c'était pour le service du roi; et j'écrivis à M. de Leberon qu'il lui fît faire compagnie jusqu'à ce qu'il aurait passé Tonneins, lequel il trouva à Aiguillon sur l'entreprise qu'ils devaient exécuter le lendemain à minuit, car je lui envoyais cinq ou six batelées de soldats d'Agen, et y allaient les trois compagnies qui étaient au Port. Mais comme la fortune de la guerre est bizarre, elle s'en trouva bien ce jour-là que le commissaire Viard passa; car, pour lui faire escorte, le sieur de Leberon lui bailla un nombre d'arquebusiers, faisant état que dans trois heures ils seraient de retour. En attendant lesdits arquebusiers, voici arriver MM. de La Case, de La Loue, de Guttinières, deMonneins, et autres capitaines, avec sept ou hait cornettes de gens de cheval, qui étaient partis de Lauserte, là où il y a neuf grandes lieues, et n'avaient repu qu'environ une heure à Haute-Faye. Bref, ils firent une cavalcade de gens de guerre, et environnèrent Aiguillon. M. de Leberon se trouvait seul avec quelques soldats et les habitants : incontinent M. de Montazet lui vint

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