CAPITULATION D'AIGUILLON
dire qu'il ne pouvait pas tenir la ville, et qu'il ne la voulait point mettre au hasard d'être détruite et ruinée ; ils firent quelque capitulation, laquelle fut bonne pour ledit de Leberon, car il tomba aux mains de ces quatre qui étaient fort de mes amis, parce que, du temps passé, j'avais fait quelque chose pour eux. J'étais le premier capitaine qui jamais avait fait combattre le capitaine Monneins, et chacun voulut reconnaître le plaisir qu'il avait autrefois reçu de moi, de sorte qu'ils le laissèrent aller. Ce sont des honnêtes courtoisies entre gens de guerre ; mais mondit neveu fit là un pas de clerc, de n'avoir su garder ses gens pour la nécessité : il pensait les ennemis trop éloignés pour venir à lui. Capitaines mes compagnons, c'est un mauvais pensement; car il devait considérer l'importance de la place, qui était sur deux rivières, et que les ennemis ne faudraient de souhaiter un si bon morceau, vu même le bon voisinage de Clairac et Tonneins. Or j'eus part à la folie d'avoir tiré la garnison, pour la crainte d'offenser M. le marquis de Villars.
Incontinent que j'entendis sa prise, je retirai dans Agen les trois compagnies qui étaient au Port. Deux jours après y arriva le camp de MiM. les princes. Ils se campèrent depuis Aiguillon jusqu'à demi-lieue de Villeneuve, et jusqu'au grand chemin qui va audit Villeneuve , au long des vallons qui sont en cet endroit-là, où il y a de fort bons villages. Or, comme déjà j'ai dit, j'avais partagé
la ville en huit, et avais mis en chacune part deux bons chefs de la ville. C'était un plaisir de voir les hommes et femmes au travail, lesquels y arrivaient à la pointe du jour, et n'en sortaient que la nuit ne les en tirât. On ne demeurait qu'une heure au manger sans plus. Tous les principaux de la ville étaient toujours à la sollicitation du labeur. Il n'y avait rien qui fût épargné, jusqu'aux religieuses mêmes. On me vint un soir dire qu'une compagnie de reîtres s'était élargie jusqu'à un quart de lieue près de nous , en un village tout auprès de Monbran, château de l'évêque d'Agen. Le matin je montai à cheval avec ma compagnie, et allai jusqu'auprès du village , et parce que deux paysans me dirent que trois autres cornettes étaient logées tout joignant celui-là, je fis demeurer derrière les argoulets qui étaient sortis avec moi , m'assurant bien que les reîtres secourraient leurs compagnons puisqu'ils étaient si près, et qu'il nous faudrait retirer en hâte, et craignant de perdre lesdits argoulets, parce qu'ils n'étaient guère bien montés et il y avait boue jusqu'aux genoux des chevaux; quelques-uns des mieux montés allèrent avec M. de Madailian, auquel je fis charger, sans rien regarder, au travers du bourg. Quelques-uns furent tués sur la rue en passant : les reîtres se jetèrent dans deux ou trois logis , là où étaient leurs capitaines. Les trois autres cornettes, qui étaient pied à terre, furent ÎDContinent à cheval, et tout ce que nous pûmes faire, ce fut de leur emmener trente-