PROJET DE MONTGOMMERY
leurs mains, et que pour la moindre affaire nous allions avec beaucoup de peine trotter par les villes. Pour retourner à mes capitouls, s'ils eussent été gens qui eussent vu quelque chose aux instructions que je leur donnai, ils m'eussent pu donner un bon avis. Ce n'est pas en cela seulement que j'ai reconnu cette faute, mais en plusieurs autres choses ; et si les gentilshommes catholiques voulaient faire introduire cette coutume de prendre la charge des villes, ils y trouveraient du profit, et verraient en peu de temps que tout irait mieux. Achevons notre conte.
Je fus averti du quartier de Toulouse que ledit comte se renforçait de gens de pied et de cheval, et qu'il faisait son assemblée à Castres et à Gaillac ; mais pour cela jamais je ne changeai d'opinion. Je confesse que Dieu nous ôtait le sens, jusqu'à ce que, huit ou dix jours avant qu'il se mît aux champs, M. de Saint-Germain m'étant venu voir à Agen pour quelques affaires que nous avions ensemble, me dit et assura que l'assemblée que Montgommery faisait c'était pour passer en Béarn, Je débattis avec lui le contraire, et que ledit Montgommery savait bien que les forces de M. le maréchal Damville étaient presque prêtes, et que dans huit ou dix jours j'étais prêt, espérant d'être dans douze jours auprès de lui. Ledit sieur de Saint- Germain me répondit que je ne l'estimasse jamais bon serviteur du roi si le comte de Montgommery ne passait en Béarn , etj qu'il passerait la rivière
à Verdun, ou bien vers la source contre mont, La grande assurance qu'il m'en donnait me fit mettre eu opinion que j'en devais avertir M. de Terride, ce que je fis en poste : et ayant promené en ma tête le tout, je pensai qu'il y avait de l'apparence; et cependant je priai ledit sieur de Saint-Germain d'aller à Toulouse le dire à M. le maréchal. Il me répondit qu'il ne doutait pas que M. le maréchal n'en fût averti, attendu que les assemblées du comte de Montgommery se faisaient à sept ou huit lieues de Toulouse. Je lui fis grande instance et prière d'y vouloir aller; à la fin il me l'accorda, encore qu'il se trouvât bien fâché d'un mal de reins qu'il a encore. Et ce néanmoins, j'en écrivis à M. le maréchal, et ne lui nommais point par ma lettre ledit sieur de Saint-Germain, sinon qu'un gentilhomme chevalier de l'Ordre, qu'il connaissait bien, et qui était fort bon serviteur du roi, allait devers lui pour lui dire quelque chose qui concernait le service de Sa Majesté, le suppliant d'ajouter foi à ce qu'il lui dirait. Ledit sieur de Saint-Germain ne fut pas sitôt à Toulouse que mon messager, car M. le maréchal m'écrivit que le chevalier de l'Ordre qui devait aller parler à lui, comme je lui avais écrit, n'était encore arrivé, mais, que s'il y venait, il entendrait ce qu'il voulait dire, et qu'il me donnerait avis de ce qu'il lui semblerait, selon le propos qu'il lui tiendrait. Quatre ou cinq jours après, M. de Saint-Germain m'écrivit qu'il avait parlé à M. le maréchal, et qu'il lui avait semblé qu'il avait