‹ Commentaires (volume 3)Chapitre 5 sur 73 · MESURES DE PRÉCAUTION · texte numérisé non relu

MESURES DE PRÉCAUTION

avertissement d'ailleurs que de lui, qu'il y ajoutait, à son avis , plus de foi qu'au sien, mais qu'il me souvînt de ce qu'il m'en avait dit, et que je le verrais bientôt. Je donnais toujours avis à M. de Saint-Girons qui était au Mas de Verdun, gouverneur de la place, qui est frère du sieur de La Garde, qui de présent est chevalier de l'Ordre et de la maison du roi, qu'il se tînt bien sur ses gardes, et que si les ennemis faisaient semblant de vouloir passer la rivière, qu'il m'en avertît, et que je serais dans un jour et demi à lui. Il me répondit qu'il me donnerait trois jours de terme; que ceux de Grenade et du Mas de Verdun avaient commandement de s'entre-secourir les uns les autres, et de rompre les gués et passages : ce qui était avancé audit Mas de Verdun, où ledit gouverneur était. Or j'avais baillé la charge du pays de Comminge jusqu'aux monts Pyrénées à M. de Bellegarde , et lui avais baillé autant de puissance de commander en ces quartiers-là comme moi-même , ayant toujours fort bien fait en tout ce qui s'était présenté, battu et repoussé les ennemis avec les gens de M. de Savignac, sa compagnie et les gentilshommes de Comminge , là 011 il avait fort bon crédit, et était bien suivi de la noblesse, parce qu'il était un brave gentilhomme et vieux capitaine.

Je reçus réponse de M. de Terride, par laquelle il me mandait qu'il n'avait pas grande crainte du comte de Mongommery ni de ses forces, et qu'il était suffisant pour les combattre. Celui que j'y

avais envoyé était soldat, qui me dit que, quelque chose que M. de Terride me mandât, il n'avait pas tant de gens qu'il pensait, et qu'il avait là entendu des capitaines et soldats que les ennemis ne faisaient guère jamais sortie que les nôtres ne fussent battus. Et ne tarda pas trois jours au plus que je reçus une lettre de M. de Pontenilles, là où il disait : « Je vous envoie une lettre que m'a écrite M. de Noé, mon lieutenant, par laquelle verrez que le comte de Montgommery est déjà sur la Save, et qu'il prend le chemin vers Saint-Gaudens, là où il fait état de passer la Garonne avec son camp. y> La lettre dudit sieur Noé portait : « Monsieur, je vous avertis que le comte de Montgommery a passé la Save et TAriége, et aujourd'hui il dîne à la maison du vicomte de Gaumont, mon beau-frère; en tout ce pays ne se montre personne pour lui empêcher le passage de la Garonne : et en avertissez en toute diligence M. de Montluc. » Je ne fus jamais en ma vie si ébahi de chose qui me soit venue deva-nt, et commençai à juger en mon esprit que ceci devait être quelque grand malheur qui nous devait advenir, connaissant bien M. le maréchal Damville, MM. de Joyeuse et de Bellegarde qui étaient près de lui, et plusieurs autres capitaines qui n'avaient point faute de hardiesse, d'expérience ni de bonne volonté, et qu'il fallait penser que Dieu voulait envoyer à M. de Terride un malheur. J'avais la compagnie de M. de Gondrin à Monségur en Bazadais, la moitié de la mienne à

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