VILLENEUVE MENACÉE
Ton les tuerait, et qu'il y avait trop de gens de bien là dedans pour la rendre. La nuit, ledit sieur de La Valette se hasarda de passer avec beaucoup de danger, et me vint trouver environ les neuf heures. Il me trouva au lit, car j'étais fort secouru de MM. de Fontenilles, de Madaillan, deLeberon et des autres capitaines ; par ainsi je dormais à mon aise, allant tout d'un grand ordre, aussi bien la nuit que le jour : il faut pardonner à la vieillesse. Ledit sieur de La Valette me dit que j'envoyai^se un chef pour commander à tous ceux qui étaient dans Villeneuve, car autrement la ville s'en allait perdue; et jamais Une me voulut dire la raison, mais seulement me hâtait d'y envoyer promptement un chef, et me disait toujours que si je ne me hâtais, j'en serais le premier marri, car c'est une ville d'importance et belle ville de guerre : ce qui fut cause que je me levai du lit, ne voulant mépriser Tavis d'une si bonne tête que la sienne, et dépêchai promptement deux hommes au chevalier mon fils à Lectoure, que tout incontinent ma lettre vue il montât à cheval, et qu'il me vînt trouver pour s'aller jeter dans Villeneuve , et qu'à la diligence qu'il ferait je connaîtrais s'il était mon fils» Je mandai au chevalier de Romegds que je le priais qu'il fît tout seul ce qu'ils faisaient eux deux ensemble. Il fut jour avant que les deux messagers fussent à Lectoure. Le chevalier mon fils prit promptement congé de tous ces seigneurs qui étaient là, et arriva à Agen sur les trois heures après midi. Quatre ou
112 COMMENTAIRES DE MONTLUG
cinq jours devant, M. de Montgommery, avec tout son camp à pied et à cheval, vint donner une camisade au capitaine Cadreil, lieutenant de la compagnie de chevaux-légers du capitaine Fabien, mon fils, que j'avais mis dans Moirax avec vingt-cinq salades et vingt-cinq arquebusiers. Or Moirax est un petit village fermé de murailles : à la plus haute on y monterait avec une échelle de douze degrés , sans aucun flanc. Il y arriva demi-heure avant jour; on m'en vint avertir à Agen, ayant pris un clysLère, lequel j'avais encore dans le corps. Sans autre attente, je m'armai et montai à cheval, et allai passer la rivière. Les gentilshommes de ma compagnie passaient les uns après les autres tant qu'ils pouvaient après moi. M. de Fontenilles n'arriva que le lendemain. Je me trouvai seul avec quatre chevaux deçà la rivière devers Gascogne, là où Moirax est assis, et près d'Estillac, qui est à moi ; et avec ces quatre chevaux je donnai à toute bride droit à Moirax, là où il y a une lieue. Et à la vérité si M. de Montgommery eût envoyé seulement dix ou douze chevaux sur le chemin d'Agen à Moirax, j'étais pris ou mort; mais il faut parfois tenter la fortune et faire le soldat : l'ennemi ne sait pas ce que ^^ous faites. Et ainsi j'arrivai à Moirax, et trouvai que ledit Montgommery s'en était parti il y avait environ demi-heure, et laissa les échelles au pied de la muraille : ayant demeuré deux heures là, ils n'eurent jamais la hardiesse d'en dresser une. Et encore qu'auparavant je n'estimasse guère leurs