‹ Commentaires (volume 3)Chapitre 43 sur 73 · PROJET CONTRE LE PONT DE L'AMIRAL · texte numérisé non relu

PROJET CONTRE LE PONT DE L'AMIRAL

tion. Et deux jours après, Ton me manda de Toulouse que M. le maréchal Damville faisait armer trois bateaux , et que le capitaine Saint-Projet les devait conduire avec soixante soldats dedans, et que dedans huit jours ils devaient être prêts, et que ledit Saint-Projet passerait de nuit dans ce terme. Nous avions discouru que nous ne pouvions charger le moulin que M. Famiral n'en fût averti par ceux de leur religion qui étaient dedans Agen sous la protection du malheureux édit (ainsi nous le pouvons appeler, et l'appellerai toujours) ; et en une sorte ou autre, nous demeurâmes confus, sans espérance d'autre remède que de nous bien défendre.

Pendant ce, le commissaire Viard était revenu, et incontinent une autrefois dépêché par M. le maréchal devers le roi , et arriva avec un trompette dudit sieur maréchal, un mercredi, entre neuf ou dix heures, et me dit en secret l'entreprise de M. le maréchal pour rompre le pont, mais qu'il se doutait que M. l'amiral en fût averti , et que pour cette occasion il amenait l'un des trompettes de M* le maréchal avec lui jusqu'au Port Sainte-Marie, et que, s'il entendait, quand il serait audit Port, que les ennemis en fussent avertis, il me renverrait le trompette pour m'en avertir, afin que je gardasse que ledit capitaine Saint-Projet ne passât outre, et qu'il fallait que je tinsse garde sur la rivière jour et nuit; et ainsi se départit de moi, et fut sur les deux heures après midi au Port Sainte-

116 COMMENTAIRES DE MONTLUG

Marie, et vit passer trois cornettes de reîtres pardessus le pont, venant loger vers la Gascogne. Le trompette eut fort bon moyen de voir tout le pont comme il était bien attaché, et se peut-on assurer eue ceux de Clairac et de Tonneins n'y avaient rien épargné, car ces bonnes gens n'ont rien eu de cher pour faire mal à leurs voisins et contre le service du roi. Le trompette arriva, étant neuf heures du soir, par lequel Viard me mandait que je gardasse que le capitaine Saint-Projet ne passât outre pour aller exécuter son entreprise, car les ennemis en étaient avertis, et qu'ils avaient mis sept ou huit petites pièces d'artillerie au bout du pont vers la Gascogne, et que 1000 ou 1200 arquebusiers gardaient le bout du pont ; bref, qu'il n'y fallait point aller, car il n'en échapperait pas un de ceux qui iraient. Et comme le trompette eut parlé à moi, il se retira à son logis ; et sans faire autre bruit, j'envoyai secrètement quérir trois personnages de la ville à qui j'avais déjà découvert mon intention, qui était d'envoyer à bas la rivière le moulin du président Sevin, parce qu'icelui président avait abandonné la ville. Je ne veux point ici nommer les trois, car il les mettrait en procès, et les commissaires qui sont à présent par deçà facilement lui feraient raison à sa volonté, comme ils font bien à d'autres contre les catholiques. Et comme nous eûmes parlé ensemble^ nous arrêtâmes qu'ils iraient faire sortir six soldats mariniers, et qu'ils iraient détacher le moulin, feignant d'aller

Page 1