‹ Commentaires (volume 3)Chapitre 56 sur 73 · MONTLUG REMPLACÉ EN GUYENNE · texte numérisé non relu

MONTLUG REMPLACÉ EN GUYENNE

j'avais toujours fui, qui était le repos. Il trouva à son arrivée à la cour que le roi y avait pourvu il y avait plus d'un mois, ce que jamais roi de France n'avait fait; mais je ne m'en devais prendre à lui. Sur cette nouvelle, je ne m'en donnai pas grande peine, bien marri toutefois qu'on m'eût fait cette honte, car, quand même je n'eusse pas été blessé, je n'eusse jamais exercé la charge. Je crois que celui qui l'a, qui est M. le marquis de Villars, ne se soucierait pas fort d'en être déchargé non plus que moi ; car ce n'est bénéfice sans cure d'avoir affaire à la reine de Navarre, et à M. le prince son fils, qu est déjà grand, et le principal gouverneur contraire à notre religion, lequel, étant ce qu'il est, ne peut avoir faute de cœur, de crédit, ni de moyens, nonseulement en la Guyenne, mais dans le cabinet du roi. Longtemps avant j'eusse quitté le gouvernement pour cette considération, n'eût été que je ne voulais pas que le roi me pût reprocher que je l'avais abandonné durant les guerres, et à sa nécessité.

Voyez, vous qui êtes généraux des armées et lieutenants du roi, afin que je retourne à ma blessure, de laquelle il ne me souvient que trop, combien il importe de conserver votre personne, et ne la mettre au hasard comme je fis, faisant le pionnier et le soldat. Cette malheureuse blessure fit devenir notre armée à néant. Ce n'est pas pour vous dire que vous deviez être couards et vous cacher derrière les gabions lorsque les autres sont aux arque-

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busades, mais seulement pour vous faire sages à mes dépens, et que vous y alliez prudemment; car de votre perte dépend le reste, comme vous savez qu'il advint à ce brave Gaston de Foix en la journée de Ravenne. Je sais bien qu'un bon cœur qui voit ses gens mal faire ne se peut contenir de leur montrer le chemin, et s'exposer au danger, comme je fis voyant mes gens de pied faire si mal ; ce qui me fit appeler la noblesse, car j'ai toujours connu par expérience que cinquante gentilshommes feront plus d'effet que deux cents soldats : nous retenons quelque chose de l'honneur que nos pères nous ont acquis, y ayant gagné ce beau titre de noble.

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