SIÈGE DE LA ROCHELLE
ôte, pourquoi faire il ne doit rien oublier; car par le moyen de cette ville ils manient et entretiennent les intelligences qu'ils ont en Angleterre et en Allemagne, et font sur mer de grandes prises avec lesquelles ils font la guerre. Ils tiennent aussi les îles, d'où sort grand argent, à cause du sel. La reine me pardonnera, s'il lui plaît; elle fit là une grande faute, et encore une autre depuis, de n'avoir voulu envoyer des moyens lors qu'on nous commanda de l'assiéger, car, en ce temps-là, elle n'était en Fétat qu'elle est, et je crois que je lui eusse fait grande peur.
[1573] Voilà tout le monde à La Rochelle; je fus appelé au festin comme les autres, et, comme je veux que Dieu m'aide, quand je pris ma résolution de m'y en aller, je fis état d'y mourir, et que ce serait là mon tombeau. Étant arrivé, je fus étonné d'y voir tant de gens de diverses humeurs, qui eussent été bien marris qu'elle eût été prise. Ce siège fut grand, long et beau, mais à bien assailli mieux défendu. Je ne veux pas m'amuser à écrire ce qui fut fait là, car je n'étais que comme un particulier, et ne veux médire de personne. Monsieur, qui a depuis été roi, lequel commandait à ce siège, sait bien que, m'ayant fait cet honneur de m'en parler et savoir mon avis, je lui en dis franchement ce que j'en savais. Par ce siège, tous ceux que nous étions lors, et ceux qui viendront après, pourront juger qu'il faut toujours prendre les places de telle conséquence, ou par famine les blo- y
quant, ou avec le temps pied à pied. Il s'y fit une grande faute de hasarder tant d'hommes aux assauts, et encore plus d'avoir fait si mauvais guet, afin que secours de poudre n'entrât comme il fit par la mer ; mais pour en dire mon avis comme les autres, quelque chose qu'ils eussent su faire, ils étaient à nous, et n'eussent su s'en dédire, je dis la corde au col, car le secours que le comte de Montg(>mmery leur menait, s'était retiré; nous étions sur le point de venir aux mains avec eux, tout leur défaillait. Mais en même temps, mon frère, M. de Valence, était en Pologne pour faire élire Monsieur pour leur roi, comme il fit : je crois que cette gloire lui en est due, mais cela aussi fut cause que chacun pensa à entrer en capitulation, laquelle enfin se fit. Les députés de Pologne le vinrent saluer là pour leur roi. Or, toute la troupe s'en retourna pour s'apprêter et se trouver à la fête de cette nouvelle couronne, après avoir laissé plusieurs morts en ce siège, et les Rochelois maîtres de leur ville. Il semblait, aux propos que monseigneur tint à son départ, qu'il n'était pas fort content de ce nouveau royaume : mais pensé-je que c'était grand honneur, et pour lui et pour nous, qu'un royaume si éloigné vînt chercher un roi dans le nôtre. M- de Valence, mon frère, y acquit beaucoup d'honneur : ses harangues sont belles, lesquelles il mettra, comme je pense, dans son histoire.
Pendant ces malheureuses guerres et ce siège,