OPINIÂTRETÉ DE M. DE TERRIDE
taut m'avait dit qu'en dix-huit enseignes de gens de pied qu'il avait, il n'y avait pas 1800 hommes, et d'autre part, que si j'allais à Orthez, et que nous fussions contraints de combattre et perdissions la bataille, que justement le roi me devait faire couper la tête pour n'avoir attendu M. le maréchal, et que ledit sieur maréchal pouvait justement dire de sa part que j'avais hasardé la bataille afin qu'il.ne s'y trouvât point, pour acquérir la réputation de l'avoir gagnée, et que je me garderais d'entrer en telle dispute envers le roi ni envers M. le maréchal; mais que je le priais de se retirer à Saint-Sever et qu'il laissât quelques gendarmes dans Orthez, et, attendant la venue de M. le maréchal, je m'approcherais de lui ; que ci-devant bien à propos je lui avais donné avis de la venue du comte, qu'il l'avait méprisé, et qu'à présent il voulait que je réparasse une si grande faute au hasard de mon honneur; que je ne le pouvais faire. Ledit capitaine Montant s'en alla toute la nuit droit à Orthez et lui dit tout ce que je lui avais donné charge de faire. lime rendit réponse qu'il ne pouvait bouger d'Orthez, et que s'il sortait hors du pays de Béarn, que les Béarnais perdraient le cœur, me priant d'y vouloir aller, et me voulut renvoyer le capitaine Montaut, lequel n'en voulut prendre la charge, mais lui dit franchement que je n'y entrerais point, et que mes raisons étaient si évidentes que je n'avais homme auprès de moi qui me conseillât d'y aller. Je lui remandai par son messager que je n'en
18 COMMENTAIRES DE MONTLUG
ferais autre chose que ce que le capitaine Montaut lui avait dit.
Toutes les lettres que j'écrivais à M. le maréchal et à M» de Terride, je les communiquais à M. d'Aire lequel est frère de M. de Caudale, et à tous les chevaliers de TOrdre, desquels je prenais l'avis, car la chose le valait. Le lieutenant de Gastel- Sarrasin, qui était près de M. de Terride, m'a dit avoir gardé toutes les lettres que j'avais écrites au dit sieur de Terride, et que s'il eût voulu croire aucuns capitaines qu'il avait auprès de lui, il se fût retiré à Saint-Sever, comme je lui mandais: mais il voulut plutôt croire trois ou quatre gentilhommes de Béarn qui étaient près de lui, que non les capitaines et ses serviteurs. M. de Bellegarde était à six lieues d'Aire, vers Bigorre; je lui dépêchai un homme, le priant de venir le lendemain à Projan, maison du baron de Campagne, et qu'il menât le capitaine Arne et le baron de Larbous, lieutenant de M. de Gramont, ayant grande affaire de parler à lui : ce qu'ils firent tous trois. Il avait quatre compagnies de gens d'armes avec lui, à savoir, la sienne, celles de M. de Gramont, d'Arne et de Sarlabous; et là je leur exposai tout ce que j'avais écrit à M. de Terride, et les réponses qu'il me faisait, et qu'il me voulait attirer à Orthez; et leur dis les raisons, que j'ai écrites, pourquoi je n'y devais aller, lesquelles ils trouvèrent tous bonnes, et que M. le maréchal avait grande occasion de se fâcher si je ne l'attendais,