‹ Commentaires (volume 4)Chapitre 9 sur 21 · RÈGNE DE HENRI IIL · texte numérisé non relu

RÈGNE DE HENRI IIL

Une kefire après la mort de Charles IX ^ Catherine 1574. reyint à ^aris, et s'y fit déclarer régente : Chéméraut fut en même temps dépêché pour porter au roi de Pologne cette importante nouvelle. Quoique la paix ne fut pas rompue y des discordes sanglantes éclatôient sur divers points du royaume , et les querelles des partis se yidoient à main armée. Les Politiques ^ nouvelle faction qui regardoît le duc d'Âiençon comme son chef (1 )y traitoit publiquement avec les Protestans^, et, à la suite d^une confiîrence dans la ville de Milhaud en Rouer^ gue, les premiers étoient convenus d'assurer une entière liberté au nouveau culte , tandis que les seconds dévoient ne posef les armes que lorsque les maréchaux de Montmorency et de Cosséseroient sortis de prison. Montmorency d' Anville , gouverneur du Languedoc , avoit adhéré à Cette ligue ^ et les ressources qu'il étoit en état de fournir rendoient les Protes(tans*plus puissans que jamais.

Catherine résolut de ménager tous les partis jusqu'au retour de son Sh^ qui ne pouvoit être éloigné.^ On la pressa d^ouvrir aux prisonniers les portes du château de Yincennes ; elle déclara qu'il n'appartenoit qu'au Roi de décider de leur sort. Cependant elle fit un acte de sévérité auquel sa position servit d'excuse : Montgommery y qui avoit eu le malheur de porter, dans un tournoi y im coup mortel à Henri II, s'étoit déclaré

(0 Ce prince pcit, quelque temps après, le titre de duc d'AnjOQ. qn^avoit porte le nouveau Roi. Four plus de clarté , nous continuerons ^c le désigiier sous le nom de duc d'Alençon.

I fjô UTTHODUCTIOV AUX ICÉMOIKES

1574. avec ardeur pour la nouvelle religion : il avoit rendit de grands services aux Protestans^ etx'étoit lui qui avoit recueilli et sauvé les débris de leur armée après la bataille de Moncontour. Il faisoit alors en Normandie un. guerre cruelle : investi dans Domfront par le.mareclial.de Màrtigues^ il fut obligé de.se ren* dre/ et la capitulation qu'il obtint n'empêcha pas qu il ne portât, quelques jours après sa tête sur Técha^ fs^ud. Cette exécution , qui. violoit un traite, ne produisit pas Tefiet que la régente auroit pu.craindrie; on ne trouva pas extraordinaire qu'elle eût saisi l'occasion de punir le meurtrier involontaire de son époux; et Ton blâma Montgommery d'avoir porté les armes.contre la veuve et les ^ènfans du monarque dont il avoit tranché les jours.

«Chéméraut ne mit que quatorze jours pour se rendre à Cracovie : il salua le roi de Pologne comme roi de France y et ce prince prit aussitôt le nom de Henri ÏII. Impatient de quitter un pays où il n'avoit éprouvé qiie des ennuis et des dégoûts, et où il n'avoit eu d'autres distractions que des correspondances mystérieuses avec quelques femmes de la cour de France, le monarque, avide de jouir de sa nouvelle Couronne, et se figurant qu'elle ne lui procureroit que des plai- . sirs, n'attendit pas les délais qu'auroient exigés les préparatifs d'un voyage régulier. Craignant d'être retardé ou retenu, il s'échappa la nuit de son palais, suivi* d'un petit nombre de courtisans, et il quitta la Pologne en fugitif [ 18 juin]. Cette étourderie, qui pouyoit avoir les suites les plus graves , étoit peut-être excusable dans un prince de vingt-trois ans : mais on découvrit bientôt que sa légèreté cachoit des vices plus réels»

SEPtris i547 jusqu'en i594; inîj

et Ton prévit qu'il démentiroit les heureuses espéran^ 157^. ces que sa jeunesse avoit fait concevoir.

Il traversa lentement l'Allemagne^ s'arrêta dans Venise, oà les fêtes lui furent prodiguées, et fit un long séjour à Turin. La duchesse de Savoie, sa tante, attaquée d'une maladie mortelle, le conjura de rendre à son époux, Emmanuel.Phaibert, le petit nombre de places que la France avoit conservées en Piémont depuis le traité de Cateau-Cambnfeis, Il y consentit,' sans iiéfléchir que ce ïwemier acte de son règne blesseroit foipieil de ses sujets; et il ne se réserva que le marquisat de Saluées, qu'il étoit désormais impossible dé défendre. Le nouveau monarque ne montra pas plus d'habileté dans les premières relations qu'il eut avec leschefe de parti. Il repoussa d'Anville, qui étoit venu lui offrir sa médiation , et détermina ainsi les Politiques à resserrer les liens qui les unissoîent aux Protestans. Cette conduite inspira les plus vives inquiétudes aux hommes éclairés qui s'étoient rendus à Turin pour lui offrir leurs hommages : le célèbre négociateur de Fois surtout ne se dissimula point que de nouvelles guerres consommeroient la ruine du royaume. « Je « Tai vu, dit de Thou qui Faccompagnoit, je l'ai vu « en soupirer de regret, et soutenir qu'on ne seroit « pas long-temps à se repentir d'une résolution si per- « nideuse, et prise avec tant de précipitation. >»

Henri III entra en France je 5 septembre par le pont de Beauvoisin ; il combla de bontés le duc d' Alençon et le roi de Navarre, qui, toujours prisonniers, étoient venus au->d(&vant.de lui : il promit au premier le trône de Pologne, au second la lieutenance générale, feignit de les meltre en libeité, et ne cessa point d<? 20. i^

l'jti XXTtODVCTION AUX XÉXOIAIS

1 574* les faire garder à vue. Il joignit biènt^ sa m^re ^ qui s'étoit avancée .jusqu'à Lyon. Là, commençant à mê^ 1er la moUôsse et les plaisirs avec les pratiques de 'dévotion jlesplus minutieuses, il s'occupa beaucoup moins de 1^ guerre qvii seraUumoit de toutes parts , que de y son ampur pour Louise de Yaudemont, nièce du duje: de Lorr.^iii^ey qu'il avoit vue Tannée précédente en plsissant p^r lîTancy. Sans être arrêté par Tinclination que cette jeuîQe princessenourrissoit pour le comte de Salm, il déclarja qu'il vouloit l'épouser; résolution qui in*quitta Catherine sur l'influence que cette union don-

Bouillon, ^^i'^^^ ^ 1^ maison .de Guîse y et à laquelle elle ne se Cheverny. prêta que lorsqu'elle apprit que le cardinal de Lor- Marguerite j^^^ Pliomme de cette maison qu'elle redoutoit le

deValois,!.!. , , . ,. % a •

DeThou. plus,> étoit mprt subit^nent ^ Avignon , pour avoir suivi pieds-nus y dans une saison rigoureuse , une procession de pénitens [26 décembre].

1^7^* Le mariage et le sacre du Roi eurent lieu à Rheims

presque en même temps [févriet* x575]. Possesseur d'une épouse charmante ^ Henri s'empressa de la montrer aux Parisiei^y qui^ déjà fort attachés à la maison de Lorraine , se flattèrent que cette maison déviendroit encore plus puissante par le crédit de la jeune Reine. Mais Louise , modeste et timide , ne réalisa pas les es*péraûces de ses pai'enst peu éblouie d'une couronne qui lui avoit coûté le sacrifice le plus douloureux, elle ne prit aucune part aux affaires, et, constamment soumise aux .volontés de son époux, elle ne s'attacha tendrement à lui, que lorsque des malheurs trop mérités lui eurent aliéné tous les autres cœurs.

Ce. monarque, qui montroit la plus profonde sécu* rité au moment oùta^t d'abîmes étoientouverts sons

DEPUIS i547 sjssqv^KN i594* ^79

ses pas y avoit pour fayicMri Louis Bérenger Doguasty 167 5. entièrement .détoné à la reine mère. <]!et hommes doué de toutes les .qualités lesstérieai^s , mais aveuglé par sa fortune âulHte, avoitadressé ses voeux àla^ne deNa*

▼arre» quiy.déjàjconsoléedelamortdeLaMoIe^passott pour n'être pas insensi}>le aux hommages du fameux Bassy d'Amboise, Tidoledes femmesde ce temps. Re« pcHissé par cette princesse, à laquelle il n'avoit probable» ment voulu Rattacher qu'afinxl'obtenîr la révélatjion de ses secrets, Duguast conçut contre elle la haine la plus violente : ayant tenté en vain de Êiire assassiner Bussy, il rendit publique son intrigue avec Marguerite, et fit rougir le roi de Navarre du dédatonnenr que cette découverte riépandoit suv lui« Le jeune prinee, entière-^ mcQt subjugué par madaflie ,de Sauve , étoit fort indif^ férent à la conduite de sa femme ; cependant il crut devoir lui «témoigner son méco^itentement , et il la con* U-ai^tà chasser mademoiselle de Thorigny, Tune de se« fiUes d'honneur, soupçonnée de favoriseras entre* vues secrètes avec Bussy. Maiiguerite, piquée au vif^ exhala $a colère contre un époux dont elle n'étoit pas habituée à éprouver la jalousie. « La douleur que tt je ressentis, .dit-^elle dans ses Mémoires, bannissant tt toute prudence de moy, m'abandonna à Tennuy, et « je ne pus plus me forcer de rechercher le roy jpfon « mary : de ^orte que Lp Guast et madame de Sauve « d un costé Testrangeant de moy , et moy m*él<)ignaat « aussy, nous ne coucdiions plus et ne parlions plus « ensemble. » ^ .

Elle se lia plus intimement avec le duc d'Âlençon'^ rival de 3on époux près de madame de Sauvjçj ^1^ lui fit sentir qu'il étoit joué par une- femme artificieuse et

x8o IlTFftbDUCtlON kVTL MÉMOIRES

1575^ qpquette; réveilla son ambition ^ que cette inclination^ étoufibit ; lui représenta que les Protestaiis et les Pc-* litiques n attendoient que lui pour commencer là* guerre civile ^ et parvint à le 'faire échapper de la Corir. [i5 septembre]. Lé duc se mit aussitôt à la tête d'une armée grossie par les renforts que le. prince de Condé a voit obtenus en Allemagne. Le duc de Guise, en* voyé c(mtre lui, remporta un avantage assez considérable près de Dormans; et ce fut là qu'il reçut au visage la blessure qui lui fit donner le nom de Baiafré:^ Catherine , effrayée de l'enthousiasnie qu'excitoit cette victoire, se pressa de lier une négociation : elle y etn* ploya les maréchaux dé Montmorency et de Cossé, qui furent mis ^n liberté, et elle obtint une ti'èvè de six mois fort désavantageuse pour le Roi.

Cependant Duguast, contre qui s'élevoit la haine . de tous les partis^ fut inopinément tué dans \è palais (> } .' on attribua, mais sans fondement^ ce crime à là reine de Navarre, qui venoit de recevoir de lui le plus sanglant outrage ; et l'on prétendit même que, ayant ap- ' pelé de nuit l'assassin dans son appartement, elle né s'étpit pas bornée à lui promettre de faire sa foitune. Cette imputation ne semble pas s'accorder avec le caractère de Marguerite, qui, ne cherchant au milieu des plus affreux désastres qu'à mener une vie douce et vcduptueuâe, ne montra jamais de cruauté. Quoi qu'il en soit, le Roi reçut froidement la nouvelle de

Mlr^^rite ^'^^^ss^^^^^ ^^ ^^ i^NQXÏ ; il ne témoigna ni regret ni deValoiB,1.2. colère, et l'on put dès-lors prévoir le sort de ceux qui

{.'Estoik* s'attacfa^oient à lui.

(0 Un autre Dugoast, capitaine des gardes en i588, fut chargé dç f «ssaMiuit du c«r<JUiial de .Gnise.

iMSFtzis i547 jusqv'eit i594* i8t

• Le Boi.de Navarre , devenu Tunique possesseur de l5^6s .madame de Sauve, passa Thiver à la Cour sans témoigner tfOiil voulut suivre l'exemple du duc d'ÂIençon ; mais , averti par cette femme qu'on tramoit contre lui quelque noir proyet y et fatigué d'ailleurs* de la vie oisive quil menoit depuis son mariage, il fdgnit, dans les premiers jours du printetops, une grande partie de chasse, et parvint à se dérober à ses surveillans.

Cette évasion, qui dérangeoit tous les plans de Henri III et de sa mère^ les remplit d'effroi et de courroux: ils s'en prirent à Marguerite, qui cependant , comme on Ta vu, ne vivoit plus avec son mari, et lui firent subir une prison rigoureuse dans son appartement. Cette princesse, qui à Tâge de vingt-trois ans 6'étoit mêlée de tant d'intrigues galantes et politiques^ privée alors de tout ce qui lui avoit procuré des distractions agréables , ne trouva de consolation que dans la cultare de son esprit. Ses dispositions heureuses pour les lettres se développèrent dansla solitude, ejL les méditations auxquelles elle se livra lui firent même embrasser des objets beaucoup plus ^vés. « Je « reçiiSy dit-elle dans ses Mémoires, ces deux biens de /K la tristesse et de l'isolement à ma première csipt»t vite, de me plaire à l'estude et de m'adonner à la « dévotion, bien que je ne les eusse jamais goustées « enti^e les vanités et magnificences de ma première « foitune. 9 Heureuse si le cours des événemens ne l'eût pas fait rentrer, bientôt dans le tourbiUoa du monde etdes affaires !

 peine le roi de Navarre fut -il libre, qu'il abjura la religion cs^thoUque , et rentra dans le sein de l'E- |;lise protestante. Il établit à Nérac sa jeune sœur Ca^

l8a lKTR09UCTI01f kXJX MÉUOIllES

15^6. theriney qui^ jsiussî zélée pour le culte nouveau que favoit été leur mère Jeanne d'Albret^ ne laiasoitrpas cependant d'aimer lès plaisirs et de cultwér les arts agréables : fins sage' que la reine de Navafre sa bellescieur, m'ais aussi empi^essée xpi^eUé de prendre part aut alEaiires politiques , elle faisoit, si f onr en croit Fur des seigjleui^ cpti étoient axbnis dans son intimité, les délices de sa petite Cour. « Elle avoit y àitrîl , de belles « qualités, étoit douée d-unefigurecharmantè, ebantoit « des lïùeux , . joujoit fort joliikient du luth , composoit « quelques rimes ; de sorte que , lui rendant Tbonneur ;<c que }e luidevoisy elle, me disoit famiiièrem^it ses te conceptions et moy les miennes. »

Lé duc d*Aien'çon^ reconnu )usqu'aiors pour lé cbéf des Protestans et dès Pobticpies, fût biebtôt «ffitcé par le roi de Nav*àrre ^ qui diépioya les^ plus graaMk talens militaires; et il perdit toute influence dans un parti 'iqu'il n*avoftt embrasse que pour satisfaire de petites passions. Le prince de Gondé, qoi le méprisoît, entra en Fraince arec une armée die veistres, pénétra dans le Bourbonnais'^ et déclara qufil n'obéii^oit qu ati rôi de Navarre.: Ainsi y moins de quatre ans' après* là Saint- Barthéleniy, les Protestans avoiient uiî chef bien plus redoutable que Fàmiralw

^ La reine mère profita aussitôt de cette division pour négocieD : eUe mit en liberté Marguerite , ei la conduisit à Sens* vers le duc d'Adençon^ sur qui eliie savoit qu^elIe avoit beaucoup' dl^apire : toutes deux firent aux mécontens les ofires les plus brillantes ; et leurs eJRMts, secondés par les séductions* des femmes àé là Gour, abbulâ'enl à une apparente pacification [i4 miài].' Les Protestans furent mis presque sur 1^ niéme ligne que

lesCatkoUques > on leur doAna htiit placés d'é sûreté, et 1 576. les états-gënérauxTurent prôMifi dlaiis âi± moi^. Le Roi et sa mère revenoient au syi^âue qui àvoit été adopté dans les premières années du règne dé'GKlerrïés^IX : il<i

▼i^Uloient qae les partis furent d^égale force , espérant en devenir les arbtti'es> où les détruire Fùn par fautre.

Un dérarticresdtE trait» fut le prétexté et non la: cause d*un événement qui devoit avoir les suites les plus fune^esi Lé prince de Condé avoit obtieiiu le gouvernement de la Picardie, pix>vifiCe fo plùâ catholique du rof SLVttôe : otf nie voulut pas Yy recevoir; et k diic de Gùise* se senfit du mécontéhfélDQênt des peuples pour formeb, au nom de d'AumièréiSy gouverneur de Pérbnne, une ligne formidable- <!}ontre lès Prote^Çans. Il y avoit déjà eu' dam d'autres pi^ovinces quelques confédérations de ce genre ^ et Ton a vu que Tavanïies et Montluc s'étXMent efibrcés â*en> former à Dijon et à Toulouse ; mais aucune n'avoit pris de C6n^ Mstaiice, et il étoit réservé à celle de Perdnne de passer tes espérasM:ës des hoibmes qui en àvoi^nt conçu^ Fidée. L-aote dé cette confédération» dcroboit fes sujets à Tobéissàncé due au Roi , et les soumcittoit à dèsr chefs partiouliersqùi prenoiient les^ordtes d'un cônseilf

ÎQvilsiible.

La conduite de Henri III contril!>ua beaucoup âii' succès dé cette immense association , qui côtbprit par la suite presiijlae tous les Catholiques' du rojraiittie. Auf Bûliea des calamités publiques , il ^etitourôit de fevorisy auxquels il prodiguoit ses^trésors^ et ilselivroit avec eux à des amusemens pul^rik et scandaleux : Gaylusy Maugif^oUy Livarot ^Saint-M^sgrih^ tfôgaret,

l84 INTRODlJCTIOir AUX XÉMOXKES

1576. La Valette 9 à la fleur de lage^ et d'une fignre charmante ^ insultoient à la misère générale par leur luxe effréné, et leur crédit sembloit même remporter sur celui de Catherine de Médicis. Le Roi essayoit de calmer les préventions du peuple par des actes de dé-* votion auxquels il forçoit ces jeunes gens d'assister r mais on ne lui savoit aucun gré de cette déférence, et ses ennemis répandoientqu il joignoit Thypocrisie à ses autres vices.

' Les hostilités avoient recommencé sans déclaration

de guerre, et le roi de Navarre, justifiant par ses ex-

f ploits les espérances des Protestans, s'étoit emparé dé

Bouillon, presque toute la Guyenne, lorsque les états*généranx

Chevemy. s'assemblèrent à Blois le 10 novembre .'llmmense ma**

Marguerite j^pj^^^ dévouéè aux Guise et à la ligue, demanda hau-

tement que la religion catholique fïlt seule souSerte en France.

1577. Henri III balança long- temps sur le parti qu'il prendroit : il entama sans succès des négociations avec le. roi de Navarre; enfin, pressé par les états ^ il eut la foiblesse de signer l'acte de la Ligue [12 fi^rr^r}; complaisance qui ne lui concilia point le parti des Guise, parce qu'on vit bien qu'elle lui étoit arrachée ipar la contrainte : aussitôt ce parti exigea un gage de sa sincérité, et le somma de faire une guerre terrible aux Protestans. Il éluda cette proposition par la demande d'une somme énorme qu'il prétendit nécessaire pour lever des armées. Les états n'osèrent la lui accorder ; et quelque temps après ils se séparèrent, après avoir conçu contre lui des préventions qu'ils allèrent répandre dans.toutes les provinces.

Cependant il sentit qu'il ne pouvoit laisser le roi de

t>spTiis i547 'vsQv^Eiff i594* i85

Navarre et le prince de Gonde' s^emparer des previnces ^^11' méridionales, et, de concert avec sa mère, il forma un nouveau plan qui leur parut propre à maintenir entre les partis cette balance dont ils croyoient avoir })esoin pour les dominer. 11 flatta le duc d*AIençon de Tespoir tf épouser Elisabeth, reine d'Angleterre, et lui promit de Taider à Ëiire la conquête des Pays-Bas, qui étoient sur le point de se d^ober au pouvoir de Philippe II. En réalisant ainsi les viie$ que Ck>Iîgny àvoit soumises à Charles IX avant la Saint-Barihélemy, il se flattoit d'enlever aux Protestàns Tappui de$ Politiques, dont le duc d'AIençon étoit le chef. Après s^étre assuré par ces promesses de la fidélité de ce prince, il lui confia le commandement d^uhe armée destinée à combattre le roi de Navarre, et il en donna une antre au duc de Mayenne, frère du duc de Guise. Les Protestàns, privés de Tâppui de d'Anville et des Politiques furent battus presque sur tous les points, et ils se trouvèrent obligés de consentir à une pacification beaucoup moins avantageuse pour eux que celle de l'axinée précédente [17 septembre]. Henri , s'applaudissant de Tadresse qu'il avoit mise à conduire cette affaire, se plaboit à nommer son traité cet arrangement qai ne devoit pas même avoir un commencement d*exéciition.

Pendant cette guerre, la reine de Navarre, qui étoit rentrée en grâce depuis les nouvelles combinaisons qu'on avoit adoptées, obtint la permission d'aller prendre les eaux de Spet : elle s'y rendit avec la Cour la plus brillante^ et le but secret de son voyage fut de faire en Flandre des partisans au duc d'Alençon, son frère chéri» Ornée de toutes les grâces de la figure^

^86 ijjrTRODucTiQBr Aux mémqiiues

1^577; çt de l'esprit, ayant étudié dès son enfance Fartées intrigues^ elle séduisit facilement d'Inehy^ commandant de Gambray^ et de La Lainvcomnianéanb de Mons* Oh lui prodigna tes fêtes sur toute Id rebute ^ et le- goût vif qn'eUe montroit potir les plaisirs ne lais* soit pas;soiipçonner à don Ju^n d'Autriche^ gouverneur deç Pays*-BaS) qu'elle s'occupât d'af&ires plùs' sérieuses. Une. grande révolté ayant éclaté pendant iqu'elle étoît à Xiiége, elle fut obligée de revenir suivlé-champ en France : mais de. voyage fut bieh diOféreiit de Celui qu^elle ay dit fait peu de temps auparavant : j^escpie tojutes les villes ôh elle avoit été xeçue de la manière'la plu^ aiTectuèùse^' lut furent fermées^; au lieu* de fêtés , elle, ne vit dans son^ chemin que les imagés sanglantes de la guerre ; «t exposée^ ainsi que tes jeunes femiàies qui raçcompagi[K>ient,.aiux outrages* des soldats des detix partis,, elle lie s'y déroba que par une sorte de wracle.

Rentrée en France, elle alla se reposer à La'Fère^ ville qui lui appartenoit. Le duc d'Alenpon^ irrité de ce qûé le Roi' ne se pressoit pas: d'àccompUr ses promessesv alla bientôt l'y joindre ^ et ils^{>a^ca*ent deux mois dans .une indépendance dont fls avoient toujours gémi de ne .pouvoir jouir. Libres- de toute surveillance, pouvant se livrer sans contrainte à leurs goûts, ils jse voyoieiit pour la première fois af&auchis du jpug que l'étiquette impose aux princes. «'O ma^ «c reine, disoit le dite d'Al^iÇôn ksA sœui*, qu'il fait? <c bon ^ved vous! Mon dieu ! cette cdnipagnie est un* « paradis comblé de toutes^ sortes de : délices, et celle

MaT^^ritc * ^'^^ '^ ^^*^ parti, un enfer de toute sorte de fu^ deYalois,l.a. ^ ri^ ^ tourméus. ». Bientôt ils furent obligés de re-

venir à la Cour, où de nouveaux chagrins les attendoient

En effet y le duc d'Alençonf n'aperçnft pas que le Roi i5n3. fikt disposé à seconder sa grande entreprise dans lés Pays-^aSy et Mai^pieriley. <|ui aroroit vdnlu aller joindre son époux y près de qui elle espéroit plus de K* berté, reçut la^défense d'entreprendre ce voyage. Cette double contrariété fut aigrie par Tinsoleace des &yo« ris, qui osèrent insulter le duc d*Aleilçpn dans le dé-^ sordré d'un bal. Alors ce prince:, me pouvant' plus supporter sa position , fit en secret des dispositions pour s'éloignier. Henri IIL, avertrpar samère, iin;agina qu'une grande coi^uration le menaçoit^. et, sans son» ger au scandale que produiroit an é^Bs^y il; alla lui« même arrêter son frère au milieu de la nuit.

Bans ce' moment'^ le duc relisoit une letti« qu'il v^ Doit de recevoir de madame de Sau^e, dont il.étoit toujours amoureux : le Roi,, croyant' que o'étoiC une pièce dé la plu» haute importancev la lui arracha de force^ et ne Feût pas plutôt parcourue, qu'il fut hon^ teux de son emportement : cependant il oixlonna que le duc fut enfermé dans sa chambre , et il voulut qu'on snrvefflât aussi Marguerite, dont ilronnoissoit fes inteHigettees avec ce prince. La reine mère; qui n'avoit pu empêcher cette ej^travaganee, s'€k^<!:upa de la réparer : élte- se rendit médiatrice entre siés ei^ns , et par-^ 'riutià rkaSiUèrtout cela. Maii>ci&' ne fut qu'une pait âmuléè^' le d^ d'iQeaçony malgré l'engagetneât qu^il avoit pris de rester à la Cour, s'entendSt aviec sa sœiu^ poui^ recouper' sâ^ liberté ; et ils concatètent des mesures quie des personnes du dehors prooàrent de fo* voriser. t^endant une nuit très-^mbre, 1^ duc së glissa

1 88 UJiX&OBUeTIOK xvx miêmoiees

1578» daiis rappartemeiit de Marguerite^ où. il trauva une échelle de cordes préparée par la princesse et par ses femmes; il s'en servit pour s'échappa du Louvre-; et il sortit un moment après de Paris par un trou que labbé de Samte-Geneviève ayoit fait pratiquer dans le mur de Faibbaye..

Cette évasion y qut dîvisoit de nouveau la famille Toyale^^ rendit plus odieux les favoris , auxquels oa en faisoit le reproche, Caylus et Maugiron passoient pour les plus audsœieuxy et le bruit couroil que Saint-Mesr grin étoit Tamant préféré de la duchesse de Guise.: le dernier fut assassiné de nuit en sortant du Louvve; les deux autres, provoqués par leurs ennemis , périrent dans des duels;^ Le Roi témoigna la même donleur que Mai^erite et la duchesse ééd Neversavoient montrée à la mort de La Mole et de Coconnas : îl fit embaumer les têtes de ces. jeunes insensés, conserva précieusement leurs blonds cheveux , et leur fit élever des monumens magnifiques, dans Féglise de Sainth Faul ; monumens qui furent mis en pièces quelques temps aplrè&y au commencement des. guerres de la Ligue.

Gepend^t le Roi pe fit éclater aucun ressentiment contre les seigneurs qui se vanteient de lui avoir ôté trois de ses favoris ; il n*eut que glus de foiblesse pour ceux qui lui restoient; et sa ven^ance se borna, Tannée suivante,, à livrer auxiareurs d'un mari, faloux Çussyd^Amboise, favori du duc d'Alençon^.qui,. quoique aimé de; M)argnerite ,. ne laissoit pas d'adresser ses vceux aujE autres femmes de la; Cour, dont il étpit fort recherché, li^ i^eine mère , effrayée des murmiMres qjui é'âevcnent contre le monarque ^ résolut de, le récon*

GÎlier ^^tièremeiit avec le roi de Navarre, qui, tou^ 1578. jours mattre de la Guyenne, n^avoit point désarmé clepais la dernière pacification : elle lui mena Marguerite y son épouse ^ qui désiroit vivement de s^éloigner de la Cour, et elle se flatta que ce rapprochement aplaniroit les obstacles qu'elle auroit à surmon^ter. Cheyernjr. Entourée de son cortège ordinaire, composé des femmes . v!li^"Tr les plus séduisantes, elle se renditavecsa iilleà INérac, où dévoient commencer les conférences.

La reine de Navarin fut reçue froidement par sort t^^g. ^oux,qui, revoyant avec plaisir les personnes dont la société enjouée avoit autrefois charmé sa prison , fit saccessivement la cour à mesdemoiselles de Dayelle, de Rebours et de Fosseuse. Piquée de cette indiflTé-» rence, Marguerite ne négligea aucun moyen de Farradier à ces liaisons; mais elle éprouvoit d'autant plus de difficultés , qu'elle ii'avoit pas su mériter son estime. Cependant , lui ayant prodigué ses soins dans une maladie sérieuse , elle obtint qu'il eût du moin« pour elle les égards extérieurs. Ce fut dans ces dispositions réciproques des deux époux que la reine mère, après de longues négociations, conclut la convention de NéraCy par laquelle les Protestans recouvrèrent les avantages qu'ils avoient perdus dans le traité précédent» Marguerite, quoique zélée catholique, favorisa dans cette occasion les intérêts du prince , dont elle vouloit à tout prix gagner la confiance. S'étant aperçue que Pibrac, autrefois attaché au Roi son frère pendant qu'il étoit en Pologne, et maintenant honoré de toute sa .confiance, avoit la folie, quoique avancé en âge, de prétendre à devenir le successeur de Bussy, elle flatta la passion ridicule de ce vieillard, et, profitant d^ S4

igo urTKOBUCTiozr aux mémoïrbs

1579. foil^iq^e, ^ie le fit .consentir à tout ce que ies -Protes* tans déuroient.

Lorsque la convention fut signée, et que la ))rkicesse se crut dispensée de gairder avec lui auoon ménage^* ment, elle lae lui montra plus que du dédain ; conduite à ^quelle cet homme , estimable sous d^autres rapports, étoit loin des^attendre, et qui le jeta dans le désespoir. Cette intrigue singulière fiit long-temps le sujet de tous les entretiens, et trois ans après, Marguerite, prenant le ton d*une reine, écrivit à Pibrac une lettre pariaquelle elle lui reprochoit d'avoir osé élever ses vœux jusqu'à elle. Le malfaeureux vieillard, dont ce message rouvrpit toutes les j^aies, communiqua son chagrin à de Theu, qui, par hasard, se trou voit dbez lui : « Il ce me lut sa réponse, dit cet historien, mais avec un « air si prévenu, en termes si étudiés, et d'un style oh (c il paroissoit tant de passion, que cela ne servit qu'à « me convaincre de la vérité des reproches que lui « faisoit la princesse. »

Pendant l'absence de sa mère, Henri III, comme s'il eût joui d'une paix profonde, institua l'ordre du Saint-Espiût, afin de remplacer celui de Saint-Michel, dont les décorations avoient été trop prodiguées; et Chevérny , devenu garde des sceaux, fit rendre la cé> lèbre ordonnance de Blois, qui, réglant plusieurs ob^ jets de législation, tek 'que les anoblissèmens , et certaines matières criminelles, eut pour but principal de fixer les doctrines relativement à quelques décrets du concile de Trente. Cet acte, fait à Paris, prit cependant Chevcrny. j^ ^^^,ç d'ordonnance de Blois, parce qu'il a voit été

Marguerite ,,. . ' .* ^

dcYaloi6,l.3. sollicité pat* les états assemblés dan» cette dernière ville De Tho«. trois aiis auparavant*

DEPtJis i547 jusqu'en i594'. igi '

Après que Catherine de Mëdicis eut quitté Nërac, ^ i586. où elle laissa queb}ues-unes des femmes qui Tavoient accompagnée y Marguerite jouit pendant quelque temps lie tcmté la confiance du roi dt NaTÂrre. Epouse complaisante, elle sôuffroit ses assiduités auprès de madcH mcHseUe de Fosseuse, sur qui elle avoit beaucoup dVmpire : élevée par sa mère au milieu des fêtes, elle en inventoii sans cesse de nouvelles , où brilloit la jeunesse protestante, et oà le jeune vicomte de Turenne, depuis duc de Bouillon , se faisoit surtout remarquer. Les diveriissemens se succédoient rapidement, et la chasse, la pèche, les tournois, les bals, varioient les plaisirs de cette petite Cour, dans le sein de laquelle rëgnoit la plus grande liberté. Livrée en apparence uniquement à ces occupations frivoles, Marguerite entretenoit une correspondance secrète avec le duc d*Âlençon, et elle employoit son ascendant sur les seigneurs protéstans, pour |es engager à le suivre en Flandre. '

Cette intrigue inquiéta^ Henri III, et il ne trouva d'autre moyen de la rompre, que de flétrir de la manière la plus odieuse la réputation de sa sœur. Il écrivit«à son beau-frère que Marguerite étoit sensible aux . empressemens du vicomte de Turenne , ce qui étoit plus vraisemblable que les bruits qui avoient couru sur ses complaisances pour Pibrac, dont elle n*avoit fait que se jouer. Le roi de Navarre, satisfait de la conduite de son ^ouse, regarda cet avis comme une calonmie : il le communiqua à celle qui en étoit Tobjet , et, excité par elle, ainsi que par les seigneurs dont elle étoit Tidole , il prit aussitôt les armes , sous le prétexte que la èonvention de Nérac n'avoit pas été exé-

199 IKTRODUCTIOIV À.VX UÉM0IEB8

i58q« cutée* Le motif de cette guerre; causée- par le dépit d'une femme galante, lui fit donner le nom de guerre des amoureux.

Tandis que le prince de Condé faisoit une tentative malheureuse sur la Picardie , le roi de Navarre surprit Cahors , ville importante , dans laquelle il combattit cinq jours contre la garnison et les habitans. Cette cour quête n'ayant pas .eu les suites que ses partisans espéroient, et Henri III ne se trouvant pas en état de soutenir long-temps une guerre ruineuse , les négociatioDs recommencèrent. La reine mère promit au duc d'Alençon qu'il seroit enfin secondé dans son expéditioa des Pays-Bas , et elle obtint de lui qu'il IdHeroit le rôle Marguerite jg médiateur. Les conférences s'étant ouvertes à Fleix^ ^ ^^' ' ' on y signa une convention plu^ favorable aux Protefr- ^ tans que celle de Nérac [ a6 novembre].

i58i. Cet arrangement ne contenta point les deux puti^,

qui y au renouvellement de la guerre , avoient conçu les plus vastes espérances. Le clergé catholique , que la dévotion apparente du Roi ne désannoit pas, vit surtout avec chagrin que la France alloit soutenir dans les Pays-Bas la cause des Protestans. Il profita des confréries de pénitens que le monarque établissoit partout^ pour rapprocher ceux qui redoutoient la ruine de l'ancienne religion; et ces pénitens , dont l'autorité royale protégeoit les pieuses réunions, devinrent bien^ tôt autant de ligueurs.

Enfin le duc d'Alençon partit pour la Flandre, ao compagne d'un grand nombre de seigneurs protestans, parmi lesquels on remarquoit le jeune vicomte dfi Tu* renne, qui avoit été la cause. de la dernière guerre. Appuyé par Elisabeth, rein^ d'Angleterre, qu'il se flat-

xuBPuis i547 JusQu^EH i594- igS

tûk dVpauser^ il s'empara facilement des places îron- ,581^ tièreâ., dont les gouverneurs avoient été gagnés par sa sœur la reine de Navarre. Les Flamands raccueillirent avec transport y et Guillaume^ prince d'Orange /Tentoura de toute sa popularité. Croyant déjà son autorité àfièrmie^ il passa en Angleterre, où Elizabedi, plue Boafflon. âgée que lui, entretint ses vaines espérances {'). De .!^^î*^ retour à Anvers, au commencement de Tannée i582, il j fut couronné duc de Brabant le 1 9 février.

Tandis que ce prince, si peu digne du tr-ône , jouoit iSS>i583. d'une manière assez ridicule le rôle de conquérant, le roi de Navarre , qui avoit sur lui tant de supériorité, menoità Nérac la vie la plus molle et la plus<lissipée': toujours ^ris de mademoiselle de Fosseuse, il sem- Uoit oublier auprès d'elle ses grands projets; et la bonne intelligence qui avoit régné quelque temps en^ trelui et Marguerite ajrant cessé, cette princesse, trop avide de plaisirs , et ne ti*ouvant nulle part lé bonheur^ âoitrev^nqe à la cour de Henri IIL

Ce monarque, effrayé des progrès que faisoit la ligue, conçut la singulière idée de la soustraire à' l'ascendant de la maison d|e Guise qui l'avoit formée,' et de lui donner pour chef le duc de Joyeuse , le plus beau de ses favoris. Ce fut l'objet d'une négociation inutile avec le pape Grégoire XIII , et de plusieurs intrigues qui n'eurent alors aucun succès. La reine de Navarre, traitée froidement par ses parens, et fatiguée d'être nulle dans une Cour qu'elle auroit voulu domi^ per, renoua, dans ce moment, la liaison qu'elle âvoit eue dès son enfance avec le duc de Guise, contre qui

(>) Elisabeth avoit quarante-neuf axu \ le duc ^Alençon , vingt-lmiu 20. l3

194 INTRODUCTION AUX MÉMOlRËè

1 582-1 583» tous les efforts du cabinet étoient dirigés : elle espéra que, en embrassant un parti qui acqùéroit chaque jout de nouvelles forces, elle deviendrdit la médiatrice nécessaire entre ses frères et son époux; mais elle n'aperçut pas qiie les Catholiques né lui pardonneroient jamais les séductions dont elle s'étoit servie pour faire réussir la convention de Nérac; que les Protestans verroient avec indignation la femme de leur chef passer dans le parti contraire, et qu'ainsi elle deviendroît odieuse aux uns et aux autres.

Henri III, inquiet d'une liaison qui renouveloit la discoixle dans la maison royale, dissimula son méconlentement ; mais Catherine de Médicis suscita tant de désagrémens à sa fille, dont elle avoit résolu la perte, qu elle la contraignit à solliciter la permission de quitter la Cour pour retourner près de son époux. Le Roi accorda cette permission sans laisser entrevoir le coup qu'il niéditoit ; mais à peine la princesse fut-elle partie , qu'il feignit d'avoir découvert des désordres qui là couvroient d'opprobre : il fit courir à sa poursuite ; on l'arrêta sur la route, on saisit ses papiers, les outrages itti furent prodigués, et on visita indécemment ses femmes, sous prétexte que des hommes déguisés se trouvoient parmi elles.

Cet éclat , auquel Henri III ne donna aucune suite, remplit l'ol^et qu'on s'étoit proposé, et perdit entièrexûent Marguerite. On ne fit point la guerre pour elle, comme en 1 58o : le charme attaché à sa figure et à son esprit fut dissipé sans retour, quoiqu'elle eût à peine atteint l'âge de trente ans : les deux partis l'accablèrent de leur mépris; et le roi de NavaiTe, honteux de sa conduite , ne réclama que foiblement une réparation

DEPUIS i547 ^usqu'eit 1594. Ï95

qui ne lui fut pas accordée. Cette malheureuse prin-^ i582-i583. cesse ^ ne pouvant désormais retourdei', ni vers sa mère^ Di vei^s son mari , fut réduite à traîner une vie erratite pendant les troubles qui suivirent : elle habita succès-' sivement divers châteaux^ tantôt libre, tantôt prisonnière : en proie à la haine des Catholiques et des Pro-' testanSy elle vit répandre sur elle les bruits les pluîf étranges y et peut-être les plus calomnieux^ T^e go&t des lettres, auquel elle se livra dans sa disgrâce, ap^' porta seul quelque soulagement à tant de maut; et elle ne retrouva la tranquillité, qui sembloit s'obstiner à la fuir, que lorsque son époux, devenu roi def France, lui rendit une existence digne de son rang, après avoir rompu les liens qu'ils avoient contractée malgré eux presque à la veille de la Sàint-Barthélemy. Pendant que Marguerite dévoroit un si sanglant affront, le duc d^Âlençon, qui paroissoit destiné à partager tous ses revers, perdit le trône des Pays-Bas. Ayant voulu s'emparer par surprise de quelques villes, et s'affranchir de la tutèle du prince d'Orange , il fut honteusement chassé. De retour en France, et aussi décrié que sa sœur, il se retira à Château-Thierry , oit il mouiTit l'année suivante [10 juin x584], à Tâge de trente ans. On prétendit, mais sans fondement, qu'une de ses maîtresses lui avoit fait respirer un bouquet em- ^ Tt™^ poisonné; il est plus vraisemblable que sa vie fut abrégée par le chagrin et les débauches.

La mort de ce prince, qui n'aVoit marqué son exîs- 1684. tence par aucune action d'éclat, causa des troubles encore plus sérieu}t que ceux dont la Fratice avoit été jusqu'alors désolée. Les Catholiques frémirent d'effroi ; en pensant que Henri III, marié depuis dix ans, n'a-

rçQ INTRODUCTION AUX MÉMOI&Ef

i584 yok pas d'enfans, et en voyant que le roi de Navarre, prince protestant, devenoit Théritier de la Couronne; as craignirent pour la Franche le sort de FAngleterrey. ramenée à Fancienne religion par Marie, et précipitée de nouveau dans le schisme par Elizabeth : la Ligue s^accrut de presque tous ceux qui partagèrent ces inquiétudes, en apparence assez fondées; et la maison de Guise profita des circonstances avec beaucoup d'habileté.

Elle avoit à sa tête trois hommes de caractères difierens, mais également propres à <liriger un parti : le duc Henri de Guise, doué d'une valeur brillante^ poussoit la hardiesse jusqu'à la témérité ; le duc de Mayenne , moins ' impétueux , possédoit un esprit adroit et conciliant; et le cardinal de Guise, leur frère, exerçant sur le clergé catholique la plus grande influence, cachoit sous un air de piété et de modéra* tion une ame ardente et une ambition démesurée. "Tous trois, accessibles^ caressans, populaires., prodif guoient leur immense fortune pour augmenter le nombre de leui^ partisans.

Il s'agissoit de priver le roi de Navarre de ses droits à la Couronne, et, malgré les motifs qui dérivoient de la religion, il étoit difficile d'abçlir tout-à-coup une loi fondamentale du royaume qui n'avoit reçu aucune atteinte depuis que la troisième race occupoit le trône. Les Guise ^ pour colorer cette infraction, imaginèrent donc de mettre en avant un autre prince, dont les droits pussent balancer aux yeux du vulgaire ceux de l'héritier* légitime , et qui ne fut dans leurs mains qu un instrument dont ils pussent disposer à leur gi*é.

t>EPuts t547 JuisQu'Eir ^^94. igj

Ils arrêtèrent leur choix sur le cardinal de Bour- i584. bon y oncle do t^oi de Navarre , vieillard infirme^ qui; destiné à he paroHre que quelques momens sur la scène y ne pouvoit mettre aucun obstacle à leurs des^ seins ambitieux. Ce prince , qui n^avoit pris aucune part aux troubles précédens, fut ébloui par Fidée dé jouer à la fin de sa carrière un rôle impoitant dans la politique : il se prêta volontiers aux vues des Guise, en ayant l'air néanmoins de se flatter que son adhésion à la Ligne ne nuiroit pas aux intérêts de son neveu. Avant de donner une réponse définitive , il eon^ salta ses principaux serviteurs ; et Yergnette, Tun de ceux en qui il avoit le plus de confiance, chercha vainement à le détourner de cette démarche. « Penses-tu^ « lui répondit-il, que je ne sache pas que la Ligue eu « vent à la maison de Bourbon, et qu elle n'eust pas « laissé de lui faire la guerre, quand je ne me fusse pas « joint à elle : prâr le moins, tandis que je suis avec « la Ligue> Vest toujours Bourbon qu'elle recognoil. « Cependant le roi de Navarre nion neveu fera sa for- « time*: ce que je fais n'est que pour la conservation « de ses droits : le Roy et la Reyne mère savent bien « mon ÎQteution. » Ainsi le vieux cardinal » comme k plupart des ambitieux, se faisoit des illusions, k ' , Taide desquelles il imposoit silence à tous ses scru* pules.

Cependant le roi de Navarre, contre' qui tant d'efforts étoient (Ërigés-, se préparoit à une guerre qui devoit être plus terrible que toutes les précédentes : ne pouvant trouver d'appui que dans les Protestans, et sachant bien qu'une conversion qu'on atlribueroit à la. politique ne désarmer oit point ses implacables en^

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