‹ Commentaires (volume 4)Chapitre 2 sur 21 · IDÉE GËIMEEALE DES MEMOIRES · texte numérisé non relu

IDÉE GËIMEEALE DES MEMOIRES

Les Mémoires de Blàxse be Montlvc comprennent un espace de cinquante-trois ans, depuis i5ai )us^ qu^en i574* Après avoir fait avec distinction, quoique en sous-ordre, toutes les campagnes où le rival de Charles - Quint lutta glorieusement contre les forces de l'Empire et de l'Espagne ^ Montluc ne parut à la tête de& armées qu'à l'âge de quarante-sept ans, peu de temps après Tavénement de Henri II, qui lui donna un gouvernement en Italie. Pendant tout ce règne ,t on ne le voit s'occuper que de la guerre : il s y distiu-

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gue par des exploits qui annoncent la plus grande énergie de caractère; et , bien différent de son frère Jean de Montluc , évéqué de Valence , un des plus habiles courtisans de ce siècle, il ne prend aucune part aux intrigues de la Cour, et semble ignorer Texistence des discordes politiques et religieuses qui doivent bieûtôt produire les plus horribles déchire-4 mens. Sa tolérance envers les Protestans va même si loin, qu'en i557, il refuse généreusement la place de colonel de Tinfanterie que Henri II venoit d'ôter à d'Andelot, qui avoit osé lui déclarer hautement qu'il étoit de la nouvelle religion.

Mais cinq ans après, lorsque les troubles commencent, cet homme, qui avoit paru jusqu'aloi^s si étranger au fanatisme, est le premier à se livrer aux excès le$ plus affreux. Gomme si le résultat presque inévitable 4es guerres civiles étoit de dénaturer entièrement les caractères les plus nobles, et comme si une longue^ habitude des combats donnoit aux hommes^ dans de certaines circ9nstances, un instinct de cruauté, Mont-* lue semble tout-à-coup en proie à une sorte d'ivresse. Il est sur le point d'étrangler de ses propres mains un ministre protestant qui vient négocier avec lui, et dans ses expéditions en Guyenne, il se fait toujours accompagner de deux bouiTeaux, auxquels il souffre qu'on donne le nom de ses laquais» Cependant cette' ivresse se calme, lorsque Montluc remarque que des intérêts personnels et une ambition démesurée ont beaucoup plus de part que le zèle religieux aux com-' binaisons des chefs de parti. Se trouvant en Guyenne au moment de la Saint- Barthélémy^ il épargne les Protestans , et favorise leur retraite dans le Béarn. '

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^etle variation de sentimens, dont Montluc ne cherche pas à se rendre compte , donne à ses Mémoires une couleur originale y qui résulte en outre de son caractère plein d'audace et de franchise; et cet ouvrage ^ un peu dijTuSy mais dont le style est presque toujours nerveux et énergique^ renferme de si bonnes leçons sur Fart de la guerre, que Henri IV le relisoit souvent y et Tappeloit la Bible ies soldats.

Les Mémoires de Gas^ak» deTavannes comprennent un espace de quarante -neuf ans , depuis iSa4 jus^ qu'en tS'ji. Rédigés , plusieurs années après sa mort^ par Fun de ses fils , qui suivit avec ardeur le paiti àk la ligue f ils portent l'empreinte des passions de leur auteur. Le mécontentement et l'humeur y éclatent à chaque instant , et ce ton frondeur et satirique , qui inspire nécessairement quelque doute sur l'exacte vé^ rite des récits, leur donne en inéme temps une tour*nure vive et piquante qui n'est pas sans agrément.

L'auteur, ne se bornant point à raconter la vie ât son père, ofire l'ensemble des événemens de' ce temps> dans lesquels Tavannes ne commence à' jouer un rôle qu'-en 1657 , après la bataille de Saint-^Quèntih , lors<que, ayant accompagné lé duc de Guise eh Italie, il est chargé, à son retour, du commandement de la Bourgogne , et met cette province à l'abri d'une in*vasion.

Les discordes civiles éclatent trois aiis après, en i56o, et Tavannes déploie aussitôt le caractère inflexible iqui ne doit plus l'abandonner. Convaincu que les troubles religieux et politiques ne peuvent être réprimés que par la force , il tombe dans un excès eiitièrement opposé à celui auquel se laissoit entraîner

8 jntAooiogtioh aux mémoires

Catherine de Médicis^ qui cherchoit sans cesse h ëtablii^ une balance entre les deux partis , et à fonder sa. puissance sur leurs divisions. Aussi le voit*- on , dansloutes les circonstance^^ faire parvenir à la Cour le» conseils les plus viôlens^ s'élever avec aigreur et sans^ ménagement contre les favoris des deux sexes ^ qu^il appelle des mignons et des mignonesj profiter de Ta^ narchie , qui privoit le gouvernement de toute espèce de pouvoir, pour empêcher , en Bourgogne, Texéculion des édits dé pacification > et former à Dijon , dès Tannée i567, une espèce de ligue à laquelle il donne le nom de confrérie du Sàint-Esprii.

Ces dispositions lui font acquérir une grande înrfiuencé, aussitôt que la Cour veut sérieusement extir^ per le protestantisme. Placé, en iSSg, auprès du duc d'Anjou, devenu lieutenant -général du royaume^ après la mort du conhétable de Montmorency, il lui fait gagner les batailles de Jamac et de M oncontour^ €t mérite le bâton de maréehal de France , qui ne lui est cependant donné que deux ans après.

Ces Mémoires acquièrent plus d'intérêt lorsqu'on arrive à l'époque de la Saint-Barthélémy. Tavannes , .ayant eu le malheur de faire partie des deux conseils qiii précédèrent cette affreuse journée, son historien €n retrace tous les préparatifs ; et l'on peut observer, à mesure que le moment approche, les angoisses d'une Keine' plus tourmentée par l'idée du danger qui peut «uivre la consommation du crime , que par le crime lui-même. Si quelque chose peut diminuer l'horreur que doit inspirer cette époque de la vie de Tavannes^ c'est qu'au moins il ne chercha pas à tromper les Protestans^ auxquels il témoignoit hautement une haine

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mortelle ; c'est que ti*ès-peu de temps avant le mas* sacre y il osa braver Coligny : indiscrétion ' qui devoit éclairer Tamiral sur le danger qui ie menaçoit ^ si lapparence de la faveur n avoit entièrement fasciné ses yeux* On voit. cette haine , si profondément enra-^ daée dans le cœur de Tavannes, survivre à la mine de ceux qu'il regardoit conune les «inemis implaca-* blés du trône; et sou fils remarque que, attaqué Yon^ née suivante d'une maladie mortelle^ il se confessa ea présence de sa famille, sans faire menUon d'avoir adhéré au conseil de la Saint-Barihélenif* Les déve* loppemens de ce caractère , qui auroit été aussi noble que généreux y s'il eût existé dans des temps ordi-» naireSy offrent les contrastes les plus frappans et les plus hautes leçons»

Les Mémoires de Yieillbvîlle comprennent un es-^ pace de quarante-quatre ans, depuis iSd^ jusqu'^a 15.71. Dès l'année i536, époque à laquelle Charles- Quint se flatta de ccmquérir la France,, en faisant une invasion dans les provinces dii.midi, VieilleviUe, âgé de vingt-sept ans, est chargé par, François I d^ s'emparer d'Avignon, poste important, situé an confluent du Bhône et de la Durance , et qui devoit presque décider du soi*t de la campagne. Ayant réussi plei<nement dans œtte entreprise , jl n'est récompensé que par une place.de gentilhomme du second fils du Roi; mais, dépourvu d'ambition. ,. rappelant , au^ milieu d'une cour corrompue, la modestie et la loyauté des anciens chevaliers qu'il semble avoir pris pour mo^ dèles, il ne se permet aucun murmure ; et lorsque Iç prince auquel il est attaché , parvient au trône, il voit sans peine \^ faveur se partager entre lexonné-

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table de Montmorency y Saint-André , le duc Clattclê de Guise et la duchesse -de Yalentinois. La nouvelle jadministration excitant beaucoup de mécontentemens, une révolte éclate à Bordeaux , et Henri II s'empresse d'y envoyer le connétable avec des forces imposantes; Iky tandis que Montmorency se livre à des craautés inouies contre un peuple soumis et repentant, et tolère dans ses soldats tous les excès de la licence^ Yieilleville, qui sert sous lui, protège courageusement la maison qui lui a été assignée pour demeure, et, imitant le noble exemple donné par Bayard au mi<» lieu du sac de Bresse, il sauve l'honneur de quatre demoiselles qui ont imploré son secours»

Son caractère, oii la franchise s'unit h la plus ai-^ mable affabilité, le fait réussir dans plusieurs négo-* ciations importantes ; et , chargé du gouvernement de la ville de Metz , nouvellement distraite de l'Empire , il fait chérir à ses habitans la domination française.

Les approches des discordes religieuses n'altèrent point ce caractère plein d'humanité; et, lorsqu'eti x559, Henri II, peu de temps avant de périr dans un >tournois , veut aller au parlement pour faire arrêtcf six conseillers suspects d'hérésie, Yieilleville fait les derniers efforts pour le détourner de cette démarches Au plus fort des guerres civiles , il cherche à calmer la fureur des factions; lorsqu'il est obligé de faire )uger des révoltés pris après un combat, il or* donne qu'on ne prononce pas le mot de religion, et il veut qu'on dise seulement que les condamnés ont porté les armes contre les crdonnances du Roy. H s'indigne que les deux partis se donnent les noms in«^ jurieux de Papistes et d\JBférétiçues , et il désire y mais.

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en vain y qu^ils s^appellent Catholiques et Protestans. Enfin un dernier trait achève de le caractériser : Charles IXy après la bataille de Saint-Denis, oii Montmorency avoit été tué, et où le prince de Gondé s'étoit va forcé à la retraite, lui demande quel est le parti victorieux : « Ce n*est, lui répond Y ieilleville , ni « vostre Majesté, ni le prince de Condé, c'est le roy « d'Espagne qui a remporté la victoire. »

Ces Mémoires , rédigés par Carloix, secrétaire de Vieilleville, font le contraste le plus marqué avec ceux qui précèdent. On a vu Montluc et Tavanries, guerriers justement célèbres, souiller leurs lauriers par de monstrueux excès : on voit un homme aussi brave qu'eux , r&ister à l'influence des passions de ses contemporains, et conserver, au milieu des fureurs les plus exaltées, la modération, la douceuir et la générosité qui conviennent si bien à la véritable valeur.

A ces trois importantes productions historiques, qui remontent au règne de François I, et qui vont jusqu'à la fin du règne de Charles IX, succèdent quatre ouvrages qu'on peut considérer comme épisodiques, et qui contiennent, sur le règne de Henri II, des détails qu'on chercheroit en vain dans les Mémoires de Montluc, de Tavannes et de Vieilleville. Pendant ce règne , la guerre se fit en Piémont et dans le nord de la France ; le plus glorieux événement militaire fut la défense de Metz par le duc de Guise ; le désastre le plus funeste, la prise de Saint -Quentin, quelques jours après la bataille de ce nom. Les quatre Mémoires qui suivent donnent les notions les plus précises sur ces points curieux de notre histoire. Les Mémoires de Yxllars, secrétaire du maréchal de

I 2 ^ST&OBVCtlON A.VX MÉMOULXS

BiissaCy ont principalement pour objet la guerre de Piémont^ qui dura depuis i55z jusqu'en iSSg. On. voit comment la belle duchesse de Yalentînois obtint ce commandement pour un homme qui passoit pour son amanty et comment elle remporta^sur Topiniâtre résistance du Connétable de Montmorency; ce qui fait dire naïvement à Y illars que la femelle, en cette Qcea*sion, fut plus fine et plus délicate ijue le mâle. Brissac justifie .bientôt la. haute opinion que la duchesse a voit conçue de lui : quoiqu'il n'obtienne presque àucua secours de la France, dont les ressources sont em« ployées à la guerre qui se fait dans son sein ; quoiqu'il ait à conduire une armée indiscipUnée, il se distingue par plusieurs- exploits, s'empare d'un, grand nombre de villes, et lutte avec avantage, pendant huit ans^ contre Fernand de Gonzague et don Figueroja, génér raux espagnols tk*ès-renommés. La position pénible oà le Roi l'abandonne l'aigrit souvent, mais ne le décourage jamais» Il murmure hautement contre le gouver* nement> et ne le sert qu'avec plus de zèle. Les; re«* montrances pleines de hardiesse qu'il ose adresser à Henri II ne détournent pas ce monarque du système qu'il a adopté, mais ne lui inspirent non plus aucune prévention contre un iierviteur dont le mécontente^ ment lui paroit juste. Enfin Brissac revient en France, après la paûc de Cateau-Cambrésis, qu'il trouve hon^ teuse, et donne ime dernière preuve de son dévoue* ment, en employant la dot de sa fille atnée aux frais d'une guerre qu'il a faite presque à ses dépens;. Ces alternatives d'irritation et de zèle, qui paroissent va^ jourd'hui extraordinaires , donnent une idée fort juste de l'esprit dont la noblesse française étoit animée

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avant qae les guerres civiles eussent dénaturé ^son caractère : les mécontentemens les plus fondés ne Tentrainoient presque jamais ni à la trahison, ni à la ré« volte.

Les Mémoires de RABUTur y homme d'armes du duc de Nevers embrassent la même époque que ceux do Yillars. On y trouve ce qui se passoit en France sur les frontières de la (Campagne et. de la Picardie, pendant que Brissac se consumoit en Piémont. Rabutin, habile militaire, excelle à peindre les sièges et lesba-^ tailles; son style a de Ténergie, de l'élévation ^ et quelquefois même un coloris poétique. Il s'occupe peu- de politique ; et loin de murmurer, comme Vilîars , contre l'administration du con^nétable de Montmorency et du duc de Guise, il semble fermer les yeux sur leurs défauts , pour ne s'occuper que (}e leurs (prandes qualités.

Les Mémoires de Salxczvac, seigneur de F^énélon , contiennent la relation du femeux siège de Metz, qui dura cinq mois, depuis le commencement d'août 1 552, jusqu!aux premiers jours de Tannée suivante. Fénélon s'étant fêté, aivec le duc de Guise, dans cette ville, menacée. par une armée de cent mille hommes, à la tété desquels étoit Charles-oQuint, s'y distingue, ainsi que la fleur de la noblesse, qui avoit couru défendre ce boulevard du royaume, par une patience et un eourag^ tranquille > d'autant plus admirables qu'ils étoi«nt alors peu- compatibles avec le earactère fran-^ çûs». Le duc de Guise, à peine, âgé de trente-trois ans, montre toute la sagesse d'un vieux général : les précautions qu'il prend pour prévenir la disette, les soins qu'il prodigue aux.malades^ amis ou ennemis, le res^

l4 INTRODUCTION AUX HÉM0IEE5

pect qu'il témoigne pour la religion , au moment où il est obligé de faire détruire quelques. églises , Texcel* lente police par laquelle il paiTient^ sans se per* mettre aucune violence ^ à maintenir la ti^anquillité dans une ville encore peu habituée à une nouvelle domination y font du récit de ce siège un des morceaux les plus intéressans de la Collection des Mémoires. , La relation du siège de Saint-Quentin ^ ville entiè-* rement démantelée , oti Gaspard de Goliont tint vingt -six jours [août i557] contre toute l'armée de Philippe II y qui venoit de remporter une victoire dé* cisive, est encore plus attachante que celle du siège de Metz. La réputation imposante de l'homme qui fut depuis le chef, toujours malheureux et toujours inébranlable, des Protestans^ donne à cette narration^ écrite par lui, un intérêt d'autant plus vif, que son caractère y est peint tel qu'il se déploya depuis aa milieu des guerres civiles. -C'étoit surtout dans les revers- que cet homme extraordinaire montroit une opi-^ niâtreté invincible, .et savoit trouver des .ressources inattendues. Le siège de Saint -^ Quentin lui fournit l'occasion de faire briller ces qualités, plus rares qu'un courage ardent et impétueux. Secouru par son frère d'Ândelot, qu'il appelle un second hii-^même, assisté par le brave Gibercourt, maire de la ville, il parvient à ranimer le courage d'un peuple abattu ; il lui ins* pire par son exemple une exaltation qui malheureusement ne dure pas autant que le danger; et, au jno« ment oîi les ennemis , après s'êti^e emparés d'un faubourg, préparent l'assaut , il dit froidement à ceux qui l'entourent : « Si l'on m'entend tenir quelque lance gage qui approche de faire composition , qu'on me

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« jette comme un poltron dedans le fossé par dessus ft les murailles : aussi si quelqu*un me tient ce pro- «c posy je ne lui en ferai pas moins. » La ville étant emportée y il refuse de fuir, et il est fait prisonnier, n'ayant plus avec lui que trois officiers décidés à partager son sort. Ce fut dans sa prison à L'Ecluse^ que Ckdigny écrivit cette relation , qui ne ressemble pas à une apologie/ mais qui a tous les caractères d'un rédt exact et fidèle. Ce grand homme qui, à l'exemple de César, avoit eu le projet d'écrire ses commentaires, pensoit qu'il ne convenoit de faire des descriptions de sièges et de batailles qu'à ceux qui ayoient tenu la queue de. la poêle.

Les neuf ouvrages qui suivent n'ont plus pour objet que les discordes religieuses et civiles qui agitèrent les règnes de François II, de Charles IX, de Henri III, et les premières années du règne de Henri lY. Composés par des personnes qui eurent aux afiaires la plus grande part, et parmi lesquelles on remarque une reine ;et deux. ministres, ils sont encore plus instructifs que les Mémoires qui précèdent. On y trouve moins de récits de batailles, mais ils offrent en récompense bien plus de détails suf les intrigues de la Cour, sur les mœurs publiques, et sar les caractères des principaux personnages des deux partis.

Les Mémoires de Castelnau comprennent un espace de onze ans,- depuis iSSg, époque de la mort de Henri II, jusqu'en 1670, oh fut conclue la paix de Saint-Germain, qui précéda de deux années la Saint- Barthélémy. L'auteur, doué d'un caractère généreux et de grands talens politiques , prévoit, dès le commencement des troubles,' les horribles calamités qui

l6 IST&ODCCTION ÀtrX MÉMOIRES

doivent désoler la France, et auxquelles il désespère de survivre. Attaché à la Cour, jouissant de la con* fiance de Catherine de Médicis, il fait long -temps ses efforts pour empêcher que la guerre nVclate : mais aussitôt quelle s'allume, en i562y après Taccident de Vassy, il ne balance pas un moment sur la conduite qu'il doit tenir ; et, dédaignant les timides combinaisons de ceux qui se flattent dé trouver leur sûreté et leur avantage en flottant entre les deux partis, il prend les armes pour les Catholiques, «c En matière de guerre fc civile, dit-il, il faut tenir un parti asseuré; car, dans « toute sorte de nations, du temps mesme des Roc( mains, ceux-là ont esté mesprisés, qui en ont usé ce aultrement; et, par la neutralité, on ne se défait « de ses tonemis, et n acquiert-on point d*amis..... (c Âussy sont-ils peu estimés, et ne peuvent éviter le « nom de traistres et d'espions, ceux qui n'ont ordinalfc rement le cœur de se déclarer fidèles pour un party fc ni pour l'aultre* »

Quoique Castelnau semble conuoitre à fond l'art de la guerre, il rend de plus grands services dans les nêr gociations que dans les combats. Envoyé successivement comme ambassadeur, en Angleterre, en Ecosse, dans les Pays-Bas et dans les cours d'Allemagne, il y déploie des talens remarquables, sans se servir jamais de cette souplesse et de ces détours qu'on croit mal à propos nécessaires pour ces sortes de missions. Il excdle surtout à pénétrer les secrets desseins des ennemis du parti qu'il a embrassé. Dès l'année iSSg, il avoit donné les premiers avis de la conjuration d'Amboîse; huit ansaprès, en i567, se trouvant à Bruxelles, il découvre le complot formé par les Protestans d'eu-

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lever la famille royale à Monceaux , et^ revenant à la Cour en toute hâte ^ il préserve Charles IX du danger qui le mehaçoit. L'année suivante^ il rend à la France rimportant service de la délivrer des troupes étran* gères'qùi àvoient été appelées par les rebelles : n'ayant pas assez de fonds pour les payer, il est en proie à leurs outrages^ demeure quelques jours leur prisonnier^ court de grands périls ^ et parvient enfin , par Fascendant quil acquiert sur elles, à les faire sortir du royaume.

GastelnaUy en écrivant ses Mémoires, avoit pris pour modèle Philippe de Comines, dont il retrace le$ réflexions profondes et les grandes vues politiques. C'étdit à Tinstruction de son fils qu'il les avoit desti-* nés; et il les termine par une leçon qui montre que, quoiqu'il eût embrassé avec chaleur le parti des Catholiques, il conservoit cet esprit de modération et d'indulgence qui s'accorde si bien avec la doctrine de cette religion. «Tu cogiioistras, mon fils, lui dit-il, « par ce qui est advenu, que le glaive spirituel, qui « est le bon exemple des gens d'Eglise, la charité, la «prédication et aullres bonnes œuvres, est plus né- « cessaire pour retrancher les hérésies et ramener au « bon chemin ceux qui en sont dévoyés, que celuy qui « répand le sang de son prochain , principalement a lorsque le mal est monté à tel excès, que plus on le « pense guérir par des remèdes violens, c'est lors que. « l'on l'irrite d'avantage. »

Les Mémoires de La Noue comprennent un espace

de huit ans, depuis i562 jusqu'en 1670. Ayant mené,

ainsi que Coligny, une vie très-active, il ne trouva,

comme lui, le temps d'écrire, que dans une prison.

l8 iNT&ODUCtlOÎr ÀtrX MÉMOIRES

Cet ouvrage ne contient malheureusement qu^une foible partie.de la carrière d'un homme qui^ par ses vertus y ses talens, sa magnanimité, répandit tant d'é^ clat sur le parti protestant. Ses récits y qui rappellent souvent la manière des historiens de l'antiquité, offrent une modération et une impartialité admirables. En peignant à grands traits les désastres de trois guerres civiles, Fauteur maixjue avec exactitude les actions glorieuses et lés fautes des deux partis, rend une égale Justice aux hommes recommandables qui se distin* guent au milieu de cette lutte funeste, entre dans les détails les plus curieux sur les ressources dont on se servoit pour faire la guerre, assaisonne sa narration de réflexions presque toutes originales et profondes , et déplore souvent, quoiqu'il y prit part, cet esprit de vertige qui armoit les Français les uns contre les autres.

Les Mémoires du chancelier de Cheverhy, beaufrère du célèbre historien de Thon, comprennent un espace de trente-sept ans, depuis i562 jusqu en iSqq. Si ce ministre eût eu \ek talens et la noble franchise de celui dont il avoit épousé la sœur, ses Mémoires seroient Tune des productions historiques les plus instructives ; car personne plus que lui ne fut à portée de bien cbnnoître les causes secrètes des événemens. Ayant acquis, jeune encore, la charge de conseiller au parlement de Paris, dont Tillustre L'Hôpital se démit lorsqu'il s'attacha à Marguerite, sœur de Henri 11^ il devint maître des requêtes en x S62 , et quatre ans après, chancelier du duc d'Anjou, héritier présomptif du trône, dont il obtint la faveur, et auquel il rendit d'éminens services, lorsque ce prince fut appelé au

DEPUIS i547 Jusqu'e» i594-' lO

frône *de Pologne. Récompensé en iSjB par l'office de garde des sceaux^ chancelier de France en i583 Cheverny prît aux affaires la plus grande part, et fut à cette époque orageuse , le confident de tous les secrets de Henri III et de Catherine de Médicis. Quoitjue renvoyé du ministère en i588, quand la perte des Guise fut résolue ^ les intelligences qu'il contii\pa d'entretenir entre les deux, partis, conservèrent dans ses mains le fil des intrigue^; et rappelé en iSgo par Henri IV, dont il mérita constamment la confiance, il fiit jusqu'à sa mort dans la position la plus favorable pour^ansmettre à la postérité le récit fidèle et circonstancié des événemens de son temps.

Ses Mémoires cependant ne justifient pas toutes les espérances qu'ils font concevoir. Ils offrent souvent des réflexions gâiérales pleines de justesse et de profondeur; mais on voit que l'auteur n'oublie jamais qu'il est ministre, et qu'il se croit obligé de jeter un Yoile sur certains feits, dont il voudroit que la mémoire fut étouiSëe ; son caractère d'ailleurs influe beau* coup sur là manièi^ dont il présente les événemens. Joignant à une grande ambition un esprit modéré^ adroit et conciliant, il ménage toutes les personnes qu'il peut redouter, et ne s'explique qu'avec une grande timidité sur leurs vues secrètes, sur leurs excès et sur leurs crimes. Ordinairement, dans les discordes civiles , un tel caractère est en butte à la haine des deux partis : il n'en fut pas ainsi de Cheverny ; et cela suffit pour montrer jusqu'où il poussoit l'habileté. Pendant sa disgrâce, qui ne 1 dura que deux ans^ il s'étoil retiré dans sa terre dTËsclimont, où il vécut tranquille et respecté, quoique environné de toutes

PO INTRODUCTION ktX kÉMOIREÀ

les horreurs de la guerre. « Chaque jour, dit-il, fétoîs « visité de plusieurs de mes amis d*un et d'aultre ce party, qui quelquefois se sont rencontrés ensemble a chez moy, et puis s'entretuoient au sortir de ma ce maison. » Il falloit que Cheverny eût des qualités' et des tâlens biens supérieurs, pour se trouver ainsi y loi^quil n'avoit plus anoan pouvoir, le modérateur et en quelque sorte Tarbitre de deux pattis acharnés l'un contre Tautre : malheureusement ces qualité^ et ces talens ne percent pas dans ses Mémoires, dont la lecture intéresse cependant par des détails qu on chercheroit vainement ailleurs, mais qui n^odlrent que rarement ces traits caractéristiques qu'on avoit droit d'attendre d'un honlime aussi habile et aussi instruit.

IjCS Mémoires de MÀHCimiiitE l)Ê Valois, {)remière femme de Henri lY, comprennent u^ espàte de treize ans, depuis 1669 jusqu'en 1 58a. Cette princesse, qui ne jouit jamais du bonheur auquel sa position sémbloit l'appeler, et qui devint, peut-être par sa faute, l'objet des satires les plus violentés, eut dans le style cette délicatesse exquise, rétte politesse noble et naturelle , et ce coloris aimable et brillant, par lesquels se distin-* guèrent dépuis quelques femmes célèbres dû règne dé Louis XIV. Ayant perdu, à l'âge de six ans, Henri II, son père , elle fut élevée au milieu des troublés dés règnes de François II et de Charles IX» Douée d'une beauté qui fit l'admiration des contemporains, et qii'elle conserva jusqu'à son extrême vieillesse ; disposée par caractère à se livrer aux illusions séduisantes de la vanité et des plaisirs; entourée, à la cour de Catherine de Médicis, des exeitnples les plus pernî-

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deux y elle Jut. accusée d*mtrigueç amoureuses et po* litiques, au moment où elle sortoit à peiQe de l'énfance. Elle eut alors le malheur de se brouiller avec le duq d^ÂnjoUy son frère, héritier présomptif de la Couronne, et lieutenant-général du royaume, qui ve* .noit de remporter la victoire de Jamac [iSôg]; et elle s'attacha de la manière la plus intime à son autre frère, le duc d'Âlençon^ prince qui nerache*toit sa médiocrité et ses vices paF aucune qualité brillante.

Elle etoit dans cette position qui la rendoit odieuse a sa mère, lorsque, éprise, à ce qu'on assure, du duc de Guise, elle épousa malgré eUe le jeune roi de Navarre : mariage contracté sous les auspices les plus si*- Distrej5,.et qui ne précéda que de quelques jours te massacre de la Saint-Barlhélemy. Traitée froidement par un époux pour lequel elle n'aveit aucun attache^ ment, elle se mêla de toutes les intrigues qui agitée rent.la Cour avant la mort de Charles IX; et lorsque Henri III. fut parvenu au. trône, continuant de caba« 1er pour le duc d'Alençon , elle devint l'objet de Ysf version du Roi jet de Catherine de Médicis. Environnée. d'espions , livrée aux plus sanglans outrages^ emprisonnée .quelquefois, eUe n^eut de consolation que lorsque le duc d'Alençou; fut appelé à- la souveraineté des Pays-Bas : élévation don* ce jnince n*étoit pas digne, qui .dura, peu, et ddot les suites oausèrent bientôt sa iport. Depuis celte ^oque, la^ seule où Marguerite eût jpueunrôle irnpbrtant dans les affaires > elle mena une vie b)ujoars ercante, toujours, malheu* rewse ; tantôt avec son époux, tantôt séparée^ de lui ; W jouissant jamais de son estime et de sa confiance.

2,2 UTTRODUCTIOir ÀVX MÉMOIHES

.et continuellement exposée, sok par son imprudence , soit par rirrégularitë de sa conduite , aux soupçons les plus injurieux. Cette position , si terrible pour une femme et pour une reine ^ et à laquelle il pardU que .Marguerite ne fut pas assez sensible, ne de? int plus^ tolérable que lorsque Henri IV, en rompant les liens qui ^^unissolent à elle, lui procura une existence digne d^ S£^ naissance et de son rang.

Les Mémwes d'une princesse dont la vie fut si agitée, offrent un intérêt qu on ne rencontre- pas dans les autres ouvrages du même genre : éorits avec une extrême décence, on y trouve beaucoup de darté^ une élégance douce, et une -variété de tours qui en rendent la lei^ure infiniment agréable. Malgré la- réserve que Marguerite affectio, ^ quoiqu'elle .semble toujours aller au^-devant des s&npçonsy oi^ remarque que sou style s'anime aussitôt qu'il asi question d'àxaouj: Qu.d'iatrigue; elle ne se défend que fbiblement de rinclinatîon qu-on lui :supposoit pour le duc de .Guise au ^moment de, son mariage; et lorsqu'elle Veut ^tttesiir que le . fameux Bussy d'Arnboise n'a japiais; été son amant, elle ne peut s'empêcher de faire de lui un âoge outré : « il n'y ay oit rien' en. oe siècle , dit'-elle > « de ^on sexe et de sa qàialité, de semblable en valeur^ * réputratioii, grâce reè esprit. » i

Gel; ouvrage , qui renfiH-me xin ' ^nd nombre d'a« necdotes curieuses, est >surtoutj un- monument histo* riqu^, digne de la plus grande attention > en ce qu'il peîiit de la manièsef^Kpltib exacte €t la plus vraie l'intérieur, ^u palais de Cal^rine de Médids. On y voit Ciomment, au tnilieu de la galanterie, de la mol-> kase et des. plaisirs, se Combinaient les intrigues , les

trahisons et les coups d'Etal^ qai/sans qu^on pftt en péaétrer les causes, chaiige(»ent à chaque instant la £ice des a&îres»

Les Mémoires de Marguerite de Valois, si intéres^ sans par eux-mêmes, furent surtout appréciés sous le rapport du style, à IVpoque où l'Académie, encore au bmxeau , fit des premières tentatives pour épurer et polir le langage. Pélisson en fut si content , quMl les lut deux fois dans une nuit , et ils firent partie du petit nombre de livres oh les académiciens crurent tmuver le vÀitable génie de la langue fi ançaise.

Les Mémoires de Jacques^Augustb du Thov comprennent un espace de vingt-neuf ans , depuis 1572 jusqu'en i6oi* C'est une espèce d'apologie que l'auteur composa pour répondre aux diatribes et aux calonîhies qu'avoit suscitées contre lui la hardiesse de ssl grande histoire. Cet ouvrage, fait pour les circonstances, devoit leur survivre ^ parce qu'il contient beaucoup de pardcularitës intéressantes. Jusqu'à l'ëpoque [i585] oik de Thou, devenu maître des requêtes, commence à influer sur les affaires, on le voit faire de longs voyages, recueillir partout des matériaux pour son histoire, visiter les savans, tenir note de leurs entretiens , et rechercher les manuscrits les plus rares. A' peine a«^t-il part au gouvernement , dans les temps les plus orageux, qu'il se dévoue entièrement au service de son roi. Lorsque, en i588, Henri III est obligé de fuir de Paris, il le suit à Chartres, et iMni rend, peu de temps après, le plus grand des services, en le déterminant à s'unir, contre la Ligue , avec le roi de Navarre, seul moyen qui restoit pour empêcher la dissolution de la monarchie. Devenu, après l'attentat

a4 likTHODUCTION AUX MÉICOIKSS

de Saint-Cloudy le partisan zélé de Henri lY^ il fai€ partie du parlement dé Tours , se trouve employa dans plusieurs négociations , contribue à ramener at^m Roi un grand nombre de sujets égarés;»ety lorsque le traité de Vervins a rendu à la France la paix extérieure ^ il est chargé de rimportamte fonction de consolider la tranquillité au dedans^ en posant les bases ie Fédit de Nantes.

Ces Mémoires^ très^intéressans quand ils conliennent des détails personnels à de Thon , le deviennent encore plus lorsqu'ils offrent le récit des événemens importans dont l'auteur fut témoin oculaire. Tels sont les tableaux de la Saint*Bftrtbéleiûy, des joumécfs des Bamcades, du commencement èes seconds Etate de Blois, et de Finsurreetioa furieuse qui éclata à Paris après l'assassinat des Guise : crises terribles, où la ûdé^ lité de de-Thou lui fil courir les plus grands dangers. On reconnoit^ dans ces morceaux , l'éGrivain qui enrichit, la France du monument historique le plus digne d'être comparé aux productions admirables des anciens.

Les Mémoires de Gsoisinif contiennent les n^ocîations de Jean de Montluc, évêque de Valence, pour faire obtenir au duc d'Anjou le trône de Pologne : ces négociations durèrent trois ans , depuis 1670 jusqu'en 167 3. Choisnin, secrétaire de l'ambassade, entre dans dçs détails très-circonstanciés sur les difficultés, en apparence insurmontables , qu'on éprouva , et donne en même temps un tableau, aussi fidèle que curieux^ des mœurs et du gouvernement des Polonais. Le chef de l'ambassade, Jean de Montluc, étoit un desjiommes les plus habiles et les plus singuliers de son temps.

DEPUIS l547 1XI5Qu'eK l^Q^» ' 3 5

Bien difiërent de Blaisç de Montluc, dont nons ayons parlé , il montroit aotant^e souplesse dans ses opinions et dans ses principes ^ que son frère de ténacité et d'obsûoation. Entré malgré lui dans FétaC ecdésiai>tique y il pencha /dès. sa jeunesse^ vers les doctrines novT^eSy ne les avoua jamais ouvertement, mais y conforma sa conduite , en contractant des Uens secrets avec Anne Martin, jeune personne d'une grande beauté y dont il eut un fils, qu^il reconnut et fit légitimer (i) ; ce qui ne len^pécha pas.de parvenir k Tépûcopat , d'être employé par les Catholique» dans des nissîoiiâ impcHrtantes , et de solliciter une courohne pour Tun dés auteurs de la Saint-Bai*thélemy (>).

Le récit de cette négociation 'est un des épisodes les plus importans de l'histoire générale de cette époque. On y voit Montluc^ rencontrant à chaque pas des ob^ stacles inattendus, einployer, pour les aplanir, tomtes les ressources de son génie ,» fertile en expédiens } calmer, par sa douoeur, son sang^froid et sa présence d'es* prit, les préventions les plus violentes et les mieux fondées^ connoitre assez le peuple généreux avec lequel il traite , pour ne se servir d'aucun de ces moyens grossiers de séduction qui auroient fait échouer son entreprise,

(0 Balagny, qui, n^ajant qu'an génie médiocre, joua cependant un f^ dans les discordes ctvilM» et fot un moment sou^eram de Gambray,

(>) Jean de Montluc partit pour la Pologne peu de temps a^ant le massacre. De Thou rapporté qu'il dit au comte de La Rochefoucault , qui partageoit la sécurité de Coligny, cr que la fumée de la Cour na « TOUS enivre point^ quelques caresses qu'on tous jhaeCf gardex-vons « de Yous y laisser entraîner; les gens sa^iies et prudens doivent être en « garde contre ces appas : trop de confiance vous jettera dans de grands c périls. lie parti le plus sur pour vous et pour tous les Autres seigneurs « de TOt^ pwti> c'est de yoips éloigner autant -qA^il-Ydàs scia possible. »

26 INT&ODUCTIOir AUX MÉMOIRES

et parvenir enfin à réunir en faveur de son candidat; plus de trente mille voix. Uejmpereur de Russie, Jear^ BasilovitZy étoit run de& prétendans, et tout pbrtoit à. croire qu'il réussiroit^ « Dieu seul, dit l'auteur, sl ce empescbé que. ce prince fust roy de Pologne; car, tt si ces deux puissances enssient esté réunies ensemble , « rÂllemagne n^eust eu moyen de ^ s en défendre , et « pareillement tout le reste de la chrestienté eust eu « une belle peur. « L'ouvrage de Choisnini rempli dlaperçus. politiques très-^justes, est remarquable sui tout par la peinture vraie du pays^dans lequel' se passe la négociation , et par des anecdotes qui réjpaâdent une grande lumière sur l'esprit qui dirigeait alors le gottViemement de Pologne^

Les Mémoires de Catst comprennent on espace d^ neuf aoSy .d^uis 1589 jusqu'en iSgS, et portent ordinairement le nom de Chromdogie nouennaire. Ils ne sont pas le seul ouvrage historique que Fauteur ait composé: on lui doit. encore des Mémoires sur les sept années les plus heureuses et les plus tranquilles du règue de Henri IV, depuis iSgS jusqu'en i6o4; ou* vrage.hien moins intéressant qne la Chronologie novennaîre , et que , par cette raison , nous avons cm ijije pas devoir admettre dans notre recueil.

La position de Gayet lui imposoit en quelque sorte Tobligation de rendre dans ses Mémoires une égale justice aux deux partis qui avoient divisé la France. Elevé dans la religion protestante ^ devenu ministre^ il avoit embrassé la religion catholique deux ans après rabjuration de Henri IV. Avec un caractère aussi loyal que le sien , il ne pouvoit s'emporta* contre des honimc^ dont il avoît long«temps partagé et défendu

2>spi7xa 1S47 jvsqu'eit xSgf. 27

les opinioBS, ni les sacrifier à ceux auxquels la con« vidioDy et non Fintérét, Tavoit réuni.

Jeune encore , et plusieurs années avant sa conver* sion, il fut l'un des précepteurs du roi de Navarre, et put étudier à fond le caractère de ce grand prince. Plus tard y il fut attaché à sa sœur, la princesse Cathe* rine, dont les amours avec le comte de Soissons for* ment un épisode si intéressant des Mémoires de Sully : il )oua , contre sa volonté , un grand rôle dans cette intrigue* Henri lY venoit de déclarer au prince qu'il ne consentiroit jamais à ce qu'il épousât Catherine : le comte , emporté par sa passion ^ quitte furtivement la Cour, arrive en Béam sans être reconnu, pénètre chez sa maîtresse, à laquelle il fait partager son égarement; et^tous deux conjurent Cay et , qui étoit encore ministre, de les marier. La situation de cet homme fut alors des plus pénibles : d'un côté , son sort dépendott entièrement de la princesse; de l'autre, il ne poùvoit, sans se rendre coupable, désobéir aux volontés bien connues du Roi^ Il ne balança point, et refusa noble* ment son ministère aux deux amans. Le prince, trans* p(»té de fureur^ voulut lui passer son épée an travers du corps : « Eh bien. Monseigneur, lui dit Gayet^ «tuez -moi: j'aime mieux mourir de la main d'un it prince que de mériter de tomber sous celle du bour- « reau. 3». Sa fermeté rappela au devoir deux coeurs que la passkm avoit momentanément entraînés; et tt^ndit ainsi eu Roi. et à l'Etat le plus important ser« vice.

La conversion de Gayet lui attira, de la part des Protestans exagérés , plusieurs satires et plusieurs ca-^ lommes absurdes : tout porte à Croii'C qu'elle fut sin-

cère. Le tableau qu il fait de la mort d'un Protestant^ qui y quelque temps avant d'expirer, revint à la religion de ses pères, montre qu'avant d'y rentrer lui-méme> il étoit fortement pénétré des vérités de la foi : d'ailleurs on ne voit pas qu'il ait tenté de se servir de ce moyen pour améliorersa fortune. Peu répandu dans le monde , trouvant dans le travail ses plus douces consolations ^ il n'obtint d'autre place que celle de j^-ofesseur de langues orientales, fonction qu'il auroit très-bien pu remplir sans changer de religion»

Un homme sortant peu de son cabinet pouvoit difficilement donner dans ses Mémoires des détails sur les intrigues de son temps: aussi n'y trouve-t*on pas ces par^ ticularités curieuses qui font le charmé des autres ouvrages du même genre : fauteur n'y joue aucun rôle^ et se borne à recueillir soigneusement tous les docuinens qui peuvent l'éclairer et le diriger dans son entreprise. Craignant d'offenser le parti qu'il a quitté, il évite de s'expliquer sur plusieurs points impbrtans^ et la modération qu'il s'est imposée l'entratne souvent à une réserve trop timide. Mais si ce système prive ses Mémoires des traits piquans qu'on aimeroit à y rencontrer, il a trouvé le moyen de les rendre extré* mement précieux, en y insérant un grand nombre de pièces très-rares, telles que les proclamations et les manifestes des divers partis^ les procès -verbaux des coQierences, les discours d'apparat, les extraits des principaux libelles, le texte des traités, et plusieurs lettres des personnages importans, qui retracent, bien mieux que des récits, l'esprit et les mœurs du temps. Ces Mémoires oOreiit en outre les détails les plus in«téressans sur l'éducation de Henri lY, et sur les sen*

DEMJIS l547 "«QXi'eN 1S94/ 29

timetts religieux qui animoient ce jprince bieli avant sa conversion : sentimens très-favorables à la religion catholique , et dont il est étonnant que tous les historiens de sa vie se soient abstenus de parler.

Les Mémoires de Villerot comprennent un espace de vingt ans, depuis 1674 jusqu'en 1594. Ayant com^ mencé sa. carrière ministérielle sous Charles IX, à rage <le vingt-cinq ans , et l'ayant prolongée jusqu'au règne de Louis XIII, Villeroy eut nécessairement beaucoup d'envieux et d'ennemis. On attaqua surtout la conduite qu'il avoit tenue pendant le règne de ^enri III, et dans les troubles qui suivirent la- mort de ce prince : il crut devoir répondre aux libelles publiés contre lui; et ses Mémoires sont une apdogie.

Sous le règne de Henri III , durant lequel il eut une assez grande influence, parla confiance que Im témoignoît Catherine de Médicis , il se déclara constamment pour les Catholiques, fit des efforts pour que le gouvernement ne flottât plus entre les deux partis, et poussa peut-être un peu trop loin cette prédilection^ qui tenoit à des principes religieux et politiques inébranlables, En i585, entraîné par le parti de la Ligue , il fut un des principaux négociateurs du traité de Nemoui^, qui enleva aux Protestans toutes les concessions qui leur avoient été faites depuis le commencement des guerres civiles. Trois ans après, lorsque les Barricades eurent forcé le Roi à sortir de sa capitale, il concourut au traité de Rouen, par lequel toute la puissance passoit dans les mains du duc de Guise. Avant les seconds Etats de Blois, qui suivirent cette dernière paix, faite sur des bases si peu solides, et guand Henri III eut décidé la perte des Cuise, Ville*

3o INTRODirCTtOir AUX MÉHCOIRES

roy partagea la disgi^âce de tout le ministère , et fut momentanément éloigné des affaires publiques. Son activité naturelle ne lui permit pas d'imiter son collègue le cbancelier de Ghevemy^ et de se tenir^ comme lui y pendant cet orage ^ dans une sorte de neutralité. Se trouvant éloigné de Paris , au moment où les scènes sanglante de Blois y prodtiisirent une commotion générale^ et ayant appris q«e son fils avoit embrassé à Lyo& le parti de la Ligue^ il suivit cet exemple^ quoique après un peu d'bésitàtion^ et s'attacha au duc de Mayenne , dont il devint un des principaux con<» fidens.:

Aussitôt que Henii IV parvint au trône/ ce grand prince, coBnoissant Thabileté de Y illefoy, entama des négociations avasim/et ne fut pas trompé dans Tidée qu'il s'étoit formée de son talent et de son caractère, yilleray n'eut dè^lors d'autre but que d^attacher leé Catholiques au nouveau Roi , et de ménager une paix qui pût calmer la fureur des partis. Persistant avec opiniâtreté, durant cinq ans, dans cette noble tâche qu'il s'étoit imposée, et ne reculant devant aucun obstacle, il fut un des hommes d'Etat de ce temps qui comtrikiièi^nt le plus à rendre à la France son an* cienne pro^rité*. Sans cesse il renouoit des négociations qui, qti0i<{ue rompues, gagnoient au Roi des partisans, parce qu'elles lui foumissoient l'occasion de déployer son excellent caractèi'e, et de détruire ainsi des préventions injustes. Lorsque les Etats de la Ligue furent assemblés [avril ~i SgB] , il les empêcha de prêter un serment par lequel ils vouloient s'engager à ne faire jamais ni paix ni trêve avec le roi de Navarre j et il parvint à faire prévaloir l'idée d'une conférence

DBPI7IS i547 JXJSQuW i594* 3x

eotre les Catholiques des deux partis , conférence qui rapprocha des hommes qu on avoit jusqu'alors consi* dérés comme ennemis implacables.

La partie de ces Mémoires qui va jusqn^en i5Sg est peu intéressante, parce qu'elle roule principale-^ ment sur des faits personnels à Villeroy ; Fautre partie, qui conduit depuis l'avènement de Henri IV jus-* qu'à la réduction de Paris ^i594]> esttrès^attachante: elle répand beaucoup de lumières sur la véritable si* tuation du duc de Mayenne^ dont presque tous les historiens n'ont donné qu'une faussé idée; et Ton y trouve cette grande leçon pour ceux qui, se fiant à une vaine popularité , josent s'armer contre l'autorité légitime : c'est que ce chef de rebelles, en apparence à puissant, étoit constamment le jouet, et des étran^^ gers, qui ne feignoient de le soutenir que pour le dépouiller ensuite du pouvoir, et de ses confidens les plus intimes, qui ne cherchoient qu'à s'agrandir à ses dépens, et des ligueurs exagérés, qui, le regardant comme un trattre, conspiroient sans cesse sa ruine.

Les Mémoires de Pierre de L'Estoi tB , ou Journal de Henri III et de Henri IV, comprennent un espace de trente-neuf ans, depuis iS^ja jusqu'en l&ii. L'auteur, revêtu à Paris d'une charge importante dans la robe^ ne tient à aucun paili : il demeure Adèle aux deux roi| dont il écrit l'histoire ; et s'il se plaiint de la foiblesse de Henri III , dont il blâme sans ménagement les incertitudes, il paie aux vertus de Henri lY uii juste tribut d'admiration. Son horreur pour les factions ne l'empêche pas de rendre pleine justice aux grands hommes des deux partis, et il peint leurs caractères avec d'autant plus de vérité^ qu'il ne les juge que par

Sa INTAOBXTCTIOir ÀtJX MÉM0IR8S

leui^ actions. Fort instruit de tout ce qui se passe , il |oint au récit des évéaemens importans les anecdotes de la Cour et de la ville qui en indiquent souvent les causes y et qui^ racontées avec naïveté^ donnent une idée très-juste de Fétat de la société à cette époque^

Son journal y fertile en catastrophes pendant le règne de Henri III et les quatre premières années de Henri lY^ perd un peu de son intérêt lorsque la paix est rendue à la France : alors Tauteur s'occupe trop d'affaires particulières; on le voit recueillir avec un soin minutieux tous les bruits de ville, détendre sur les crimes que le défaut de police rendoitfréqueDs^ et raconter longuement les supplices des coupables. H parle aussi des maladies qui régnent dans les diverses saisons, 4es intempéries de Tair, et tient ezac* tement noté de ce, qui arrive à la mort des personnes de sa connoissance. Ces détails, qui conviennent à un journal , mais qui n'intéressent ordinairement que les contemporains, sont cependant .curieux pour les lecteurs qui aiment tout ce qui sert à caractériser les mœurs : on les parcourt avec satisfaction , lorsqu'on pense qu'ils tracent très-fidèlement la situation de Paris sous un règne dont oa recherche avidement les moindres particularités.

Après avoir passé en revue les principaux Mémoires relatifs aux règnes de Henri II, de François II, de Charles IX, de Henri III et de Henri lY, il nous reste à parler, d'une manière beaucoup plus succincte, des productions moins importantes qui complètent cette collection. La plupart ont. pour objet des événemens isolés qui eurent lieu dans diverses provinces, et loin du centre des affaires.

^spvis i547 jusqu'ew i5g4- -- 33

Les Miémoires de La Chastkbs ne rpulent que sur i expédition malheureuse du duc de Guise dans le royaume de Naples, et sur la prise de Calais et de TMonvîUe^ événemens qui se passèicnt en i556, iSS'j et i558. Ils contiennent quelques anecdotes intéressantes sur la situation de Henri II après la bataille de Saînt-Qttentin ; mais on regrette de n'y pas trouver assez de développemens.

Les Mémoires de Rocbechouaiid sont une histoire très-abrégée de la vie de ce seigneur, depuis i5i4 jiwqu'en i565, Api-ès avoir fait plusieure campagnes sous les règnes de François. I et de Henri II, îl devient, «DUS François H, capitaine du château de Vincennes! An commencementdes troubles, se sentant vieil, îl ne veut pas y prendre part, « Je commençay alors, dit-il, « à me retirer à ma maison , pour regarder à mon « petit ménage , bastir et édifier comme ont fait les « anciens* «

Les Mémoires de Mbrgeï", gentilhomme protestant attaché au comte de La Rochefoucault, roulent sur les dernières campagnes du règne de Henri II , et sur les trois premières guerres civiles. Jls contiennent une anecdote très-curieuse sur la Saint-Barthélemy. Ces Mémoires ne se distinguent point par l'élégance du style. « Je ne suis, dit l'auteur en les terminant, ni « historien ni théologien ; je suis un pauvre gentil- « homme champenois, qui n'a jamais fait grande dé- « pense au collège, encore que j'aye toujours aimé û « lecture des livres* »

Les Mémoires d' Achille Gàmoit, avocat et consul d'Annonay, ne contiennent que ce qui se passa dans leVivarais depuis i558 jusqu'en 1 586. On y trouve

34 iNtnQDUCtlON AVX MÉMOIRES

des 4^tail$ si^r le$ éjUita de Languedoc de .iS6oy époque OU 1^$ ti:aublQ$ commencèrent.

Les Mémoires 4e Jis;^^ Pfliup?i, présideot à la coHr de$ aides de MontpeUi^r ^ sje boracnt de même à une çeule localité > eit fiQJSreAt que les.événemeDs qui entrent lieu: ea I»aE^y.e4Q0 depuia iSfia jusquen i59o> On y rema^rque j^ çomm6 dans ceux de 6aa%an, que la goerre commença , dans le midi de la France, avec beaucoup plus dV^Jt^^^^^^^^^ V^ ^^^ ^^ autres partie* du rQy^U0»Q*

Les Mémoire;! de Hiimi ns La Tour n^AuTERi^irBy depuis duc de Bouillon > renfermait la vie de ce prince depuis i565 ^^squ'en 1 586« Quoique Bôuillom ait joué im gi^aiid ri^e^ eurlout sous le règne de Henri I Y ^ ^es Mémoire , écrits par lui->méme , et qui ne s'ét^dent p£is jusqu'à cette dernière époque , o£fren<; en géaéiral peu. d'intérêt. L*auteur> dont Tédu^ cation avoit é^ négligée , mais qui avoit beaucoup vu la. couir de G^tb^riAfî de Médicis, a quelquefois de Va-^ gréoB^ept d^nsli? ^yle; mais il n'approfondit rien, el^ faute de d^v?loppemei;is , il est souvent dbseiir. Cest un grai^d ^^peiir, tellement rempli de tout ce qui le vegaide,^ qi^'iJt er0Ît que le lecteur doit le dévmer à demirmot. .^qn ou^srage porésente néanmoins , surtout dans le c.9jpime9icepnent^ des peintm^es demeeurs ami^ saQtiB^ et. ip^riiiQtivea.

Les l^^m^viirea de: Guiijb.au ve cacTAVÀiiirfiSy fils aîné du fao^eiiMl maréchal de ce nom » e^ontiennent ce qui se passa en Bourgogne depuis iSfio jusqu'en iSçS. C'esft Ifi flm intéxe^&wi de. tous, les ouvrages de cette Colieçtion qni , présentent des événemens particuliers à um proviaci^ Guillaume ^ ayant succédé à son père

DBPvis i547 JusQuW 1594. 35

en 1 5^73 y dans la lieptenance générale 4e la Bourgogne y déploie le plus noble caractère dans les troubles du règne de Henri III , et surtout pendant la guerrç que Henri IV eut à soutenir contre la Ligue. Au moment où la plus borrible guerre civile s'allume^ après Tassassinat des Guise aux états de Plois, toutes les yiUi^s de la province se déclarent pojar le duc de Mayenne, gouvemem* titulaire^ et il ne reste presque à Tavannes que ^on château de Çorcelles, près de Semur. ce Maifi, dit-il , oà le péril est grand, la gloire a en est plus grande : je n^s de costé tous les obsta- « clés, et je me jetay dans le labyrinthe. » Résolu de demeurer fidèle au Roi , il s*empare de Flavigny, oà sVtablît la partie du parlement de Bourgogne qui partage ses sentimens : de concert avec le président Frémiot ^ il fait la guerre à ses «dépens , et se trouve dans la tri^e nécessité de combattre son propre frère, le vicomte de Saulx, qui avoit embrassé le parti de la Ligue* Dévoué à Hemi lY, comme il Tavoit été à son prédécesseur , il se maintient , quoique privé de toute espèce de secours , jusqu'en i^gS, époque du tombât de Fontaine -Fr»içaise, qui soumit enfin la Bourgogne à Tautorité légitime* Ces Mémoires forment le contraste le plus frappant avec ceux du maréchal de Tavanqes, écrits par le vicomte de Saulx : ceux-ci respirent les passions les plus violentes ; ceux-là dé«t vdoppent les sentimens les plus généreux et les plus noUes.

Les Mémoires de Mbei^, capitaine pi^otestant, pré<^ sentent les comi^ts qui eurent lieu dans ]es Cevennes depuis i568 jusqa*en x58a. On y voit les honneurs iont les villes de Mende et de Marve^ols furent U

36 IlCTRODVCTIQlf AUX MÉHfOlK^S

théâtre. Ecrits d'un style obscur et barbarie, ils n'ont d'autre mérite que d-ajouter quelques traits au tablean des guerres civiles.

Les Mémoires de Jacques Pape, seigneur protestant attaché à Coligny, et qui «e trouvoit auprès dô lui lorsque , trois purs avant la Saint-Barthélémy , il fut blessé par Maurevert, contiennent quelques particularités de cette affreuse journée, où Fauteur courut les plus grands dangers^ Ils présentent aussi des détails sur les marches haidies que fit Tarmée protestante en i5d6 et i587, sous la conduite de Ghâtillon^

' tes Mémoires de Chari.es db Valois, duc d'Angouléme, fils naturel de Charles IX, et frère de la fameuse marquise xie Vemeuil, Tune des maîtresses de -'Henri lY , renferment un espace de trois mois, depuis le 3 X juillet i §89 jusqu'au 3 novembre suivant. C'est .une époque très-importante de notre histoire , puisqu'elle offre la mort de Henri III, assassiné à Saint- Cloud par Jacques Clément; la conduite que Henri IV tint pour attacher à lui l'armée royale; la défection qu'il éprouva, et ses premi^*s exploits en Normandie. Le duc d'Angouléme, tendrement chéri de Henri III, ^ui Tappeloit son fih^ raconte dans les plus grands détails les derniers momens de ce prince , qui expira dans ses bras. Témoignant au nouveau Roi un dévoue^ ment qu'il n^ conserva pas toujours , il le suit en Nor^^ mandie, et peint avec beaucoup de fidélité les combats d'Arqués. Le style de cet ouvrage, écrit par le duc d^Angouléme , lorsque ^ parvenu à un âge fort avancé , il tenoit . un rang distingué à la Cour de Louis XIII , se ressent des progrès que faisoit alors la langue; et s^ils manquent de cette naïveté qui feit

le charme des anciens Mémoires ^ on y trouve une élégance d'expression qui en rend la lecture très** agréable»

On- a vu que les vingt-six ouvrages dont nous ve-opns d'essayer d'offrir une idée ^ présentent d'immen**, ses matériaux sur Thistoire de France , pendant la se* conde moitié du seizièmç siècle ; qu'ils en renferment presque tous les détails^ et que^ soit qu'ils peignent les moeurs, soit qu'ils développent des caractères , soit ^'ils donnent la cl^f et le secret d'une multitude d'intrigues et d'événemens, ils excitent constamment l'in* térêt et Ja curiosité. Mais pour qu'une lecture aussi instractive ne devienne pas un stérile amusement ^ il est nécessaire de concilier ces divers récits ^ de rangier les faits sous les dates qui leur appartiennent , et d'ej^ former un^ensemble, sans lequel on ne pourroit éviter le désordre et la confusion* C'est ce résultat qud nous allons nous eiSurcer d'obtenir > eu traçant», d'à** près les Mémoires^ un tableau rapide des règnes de Henri II , de François 11^ de Charles IX> de Henri UI^ et des premières années du règne de Henri lY.

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