RÈGNE DE HENRI II
Lorsque Henri II parvint au trône \.Zi mars], une 154^^ révolution complète se fit à la Cour. François I, quel-* |]Qe temps avant sa mort^avoit disgracié tous.ceu^ qa'il soujpçonnoit. d'éti^e attachés à l'héritier de la Couronuj^. Le nouveau Eoi les rappela aussitôt qu'il fut le maîjtrec Le premier soin de Diane de Ppitieç^j^
3% UTTRODUCTIÔN AtTX MÉMOikfiS
]547> ^i exerçort un etnjrîre absolu sur le \etLtït monarque^ fut de fâtire exikr ht duehésse crEtain()es> sa rivale d'ambition, qui avoh; à se reprocher, non-seiliement d'avoir ûontSê dans le cœtir du fôii*^Roi les sêntimeas qu'il devoit au seul fils qu'il *eÔt conserva, mais de s'être lai^é gagnef , pendant la dermètè gtierre, par les euùéi&i^er FEtàt. Cet acte: d^rigneur ne fôt cependant suivi d^aucune perséciiUon. La dudiesse put youh-' die son immense fcwtunè , et s'en servir pour soutecdr le ^arli des'Plrotestans, auquel elle ëtoit depuis t&ng-temps attachée en* secret. L'^oigtiement de la dtichessê xfEtàtbpes fut suivi de celui du cardinaâi de Toumon et de l^amira) d'Annebaut, qui avaient eu tout le pouvoir dans les dethièrè^ années de François I ; et Yoti vît reparoltre à lai Oôor , pour y exercer la principale infhrence, le conttétable de Mo&tmx>rency , le duc Claude de Guise, et Sairtt-Andrèi quiftit presque aussitôt fait Inaréchal de Frilncel
Unis d'intérêt avec la favorite, îces seigd^rs , devefius tout-puissans, ne firent point eicuser leur élévation subite par cette modération qui pouvoit seule désarmer la jalousie de leurs rivaux. Les contemporains leur reprochent dé s'être emparés de tous les bénéfices et de toutes les [daces pour eu revêtir leurs parens et leurs amis, d'avoir eu partout des espions qui les instruisoient de ce qui se passoit dans l'intérieur des familles ,' et d'avoir poussé la cupidité jusqu'à gagner les inédecinsdes gens riches, afin d'obtenir par leur moyen d'importantes successions. Ces reproches, qu'on peut croire exagéré! , Indiquent cependant \eé défauts qui déparoient les qualités estimabtes de ces trois personnages; Montmorency , auquel on avoît dû
en X 596 le ^hvt de lu France , montrpit un naturel 1547. dur et seTère^ qui ne Vempâchott pi» d*em|dû]r«r à propos Cffitmoes souplesses pour augmenter sa fortux)e> d^àjbrèS'^-considerftblQ» Claude de Guise, dont Fâtti*bitioii' ayoit inspiré au feu Roi dea inqui^udes foû^ déesy parvenu alors à un â^ avanoi^, sacrifioit tôùl à ïélévation de sqa fils aîné François, qui, pnâudant à ses grandes et funestes destinées > de voit bientôt de*« venir le chef d'4in p«rti redoutable^ Le maréchal àù Saint-Ajadréy attaché dès son enfance au jeune Roi^ doué comme lui d'une valeur brillante, «'occupant plua de plaisirs que de pçiîtique, abusoit de Tascen^ dant qu'il «voit acquis fiur son maître^ pour savoir à ses prodigalités la plus ^ande pari pessibbi* Les chau-» geniens qu ils firent dans les emplois militaires et ci-^ vilsr, inapirèrent de TeiTrc»^ et de tous côtés on leur présesila d'humbles supplications;' Le seul Gaspard de Tavaanes , dont nous verrons par la suite se dévelop« per iexaractère inflexible, l[ie «'^baissa point devant eux. ff Ma fortune , leur dit^^ il fièrement, n^ dépend ftpaj5:de VOUS) elle est dans^ma tétô e^dans mon ft bras; ^ et cependant il conserva une compagnie d^ gendarmes dont il avoit le commandem^t.
Henri II, dominé par une femme ^us âgée que lui, et dontresprit adroit et séduisant Tavoit subjuguépres*^ queau sortir delenfance, possédoit plusieurs des belles qualités de sOa p^. Bme dans les combats, sage et habile dans les ^^onseils , accessible, aiiable et popu* l^re-, il n^avoit à redouter que son goût pour le» plaisirs, qâi le détournoit trop souvent des occupations sérieuses* Epoux depuis quatorze ans de Catherine'd^ Médicis , pour laquelle il n*avoit jamais eu d'amour i
4o IJ^THODUCTIOir AUX HÉMOIKXff
attaché depuis pluslong-temps à Diane de Poifiérg, qu^tt i547* ^t Tannée suivante [octobre i54&} duchesse de Yale»-* tinois^ il s'efForçoit de maintenir utie certaine balance entre ces deux femmes, obligées de vhrre ensemble^ quoique ayant toutes les raisons de nourrir Tune contre l'autre une haine implacable. Diane ^ avec l'appareil du crédit et de la puissance , n'étoit pas admise à la taUe du Roi dans les occasions d'éclat et dans les voyages; elle étoit seulement chargée de tenir la table des darnes^ qui y. habituées à la domination de la duchesse d'E3iam« pes, se trouv oient honorées de former la société de la maîtresse du £.oi. Catherine ne joutssoit qu en appatence d'une conGance plus «intime. Lorsque son époax voutoit donner quelque audtencei secrète , il alloit passer la nuit avec elle, et le l^odemain, k son lever ^ il admettoit dans la chambre de cette princesse ceux qu'il avoit fait appeler. Instruite ainsi des searels de l'Etat y la Reine n'influoit néanmoins sur aucune des décisions qui se prenoient par le conseil, composé des pantisanfr déclarés de sa rivale.
Les méc^ntenSy donj; la Cour étoH remplie, obtins rent, dès le quatrième mois de ce règne , un triomphe qui y en flattant leur vanité y augmenta l'aversion que le monarque leur portoit Jarnac, beau-frère de la duchesse d'Etampes, ayant été bien traité par Fran<* çois I f se trouvoit dans la disgrâce du Roi régnant, distingué par sa valeur, il étoit peu aimé des femmes; qui lui reprochoient d'être indiscret. A peine son maître fut-il mort y qu'on renouvela contre lui une atcusation qui avoit déjà transpiré sous le règne précédente On prétendoit qu'il s'étoit vanté d'avoir été bien avec sa belle-mère , femme encore jeune et séduisante, et
sspiTis ' i547 jusQu Vjn 1 Sgié 4 ^
é'étk avoirUré des somme$ .considérables (0. Ce bruit, i547« d^onorant pour lui, fut appuyé par Henri II , qui le faaïssoit> et causa^ bientôt à la Cour le plus grand scandale. Jarnac, indigne^ nia le fait, et menaça de sa vengeance ceux qu'il appeloit ses calomniateurs» La Chàteignerayè, jeune gentilhomme, comblé des Êt^ veurs du Roi, qui venott de le nommer colonel-géné« rai de rînfanterie françai$e, craignit que le monarques ne fût compromis , et se porta hautement comme ac-^ cusateur, soutenant que c*étoit à lui que Jarnac avoil fait cette honteuse confidence*
U fallut , suivant les moeurs du temps, que ces deu!sc seigneurs vidassent leur querelle par un combat singulier, et Henri ^ qui ne doutoit pas que son champion ne £àt vainqueur , voulut donner à ce duel l'appareil le plus pompeuxv Le champ fut ouvert à Saint-Ger« main, oh résîdoit la Cour, et le peuple de Paris y ac-' comrut comme à une fête. Le jonr du combat [ lo juillet], La Ghâteîgneraye, se croyant très-supérieur à son rival, emprunta beaucoup d'argenterie, et fit pi?eparer un magnifique souper, auquel il invita ses nombreux amis^ afin de les &ire jouir de son triomphe. Mais sa présomption fut cruell^nent trompée. A peine la lutte s'engagea-t-elle, que Jarnac lui porta dans le janet un coup imprévu qui le renversa. Accablé de dépit et de honte , il refusa de se reconnoitre vaincu ; et, malgré les soins que le Roi fit prendre de lui, il expira bientôt dans des accès de rage et de désespoir* Uétonneinent que causa ce dénouement, auquel on étoit loin de s^attendre, changea la fête qu^on avoit préparée^.enune scène de confusion et.de désordre.
(0 Idadeleine de Puiguyoïi, seconde femxae dû £pre de Jamaç.*
4^ INTJlODVeTlOir ÀVX MÉMOlEfeS
i547» Le festin et Targent^ie forent pillés par le fiéuple^ et Fimpresfiion qùî resta â*ttn ëVénenient doM là Cour et la ville fûrtsnt long-teBaps occupées > tk donner proterbialement le nom de €ùup de Jurfiue à- toute espèce, de ttise qui^ enrayprenimt uVi adversaire^ décoiicerte fiussitèt tou» ses moyens de défend.
Seifce jours après , le- Roi ftit Sacré à feheims avec là pompe accoutumée. On % vu qu'il avoit protest<$ en 1 544 contre le traité dé C^py ^ pei* lequel soi» père avoir abandonné ses dft>!!» de suiiereinctlî s^r la Flandre (0. Persistant d^ns le pro|ei de venger 1^ France des humiliations qu'elle atoît épt^utées à cette époque, il <«a sommer' Gh^les-QtiTiât 'de se trouver à son sâcre y comme' comté ^ Flandre : bra« vade à laquelle FEmpéreur répondit en #sà4it qu'il y viendront accompaghé de • cinquante «atlle h<»nmes. Cependant la crainte d'une attaque de U part de& Turcs, avec lescp^ls la France négodoit, et la lutte qu'il avoit k soutenir contre l'électeuir de Saxe àp^ puyé de presque tous les princes protestaaB d'Aile* magne, empêchèrent l'Empc^etir de commencer sur* le-champ la guerre. U s'y préparoit, en augmentant ses domaines en Italie , où ses intrigues lui acquerraient'en même temps et sans conp férir, le duché de Parme , dont le duc Louis Famèse > fils 4e Paul III^ venoit d'être assassiné. '
n ne restoit à la France de toutes ses vncie^aineB con'* quêtes dans ce pays, que le Piémont > soumis en i535 par François I. Le Boulonnais lui avoit été enlevé dans la dernière guerre , et appartenoit à l'Angleterre, livrée, sous Edouard YI, aux troubles d'une minor
(0 lauoduction aiyL Mémaircs dvdu 6«llajr.
1^. Henri II ^ r^éohissant suât revers que les armes 1547; françaises avoîent ctmstâmmeût éprouvées en Italie depuis Fim^asioA de Obarles YIII , ne ^teïierit t]ue foi-* Memeni à la consenratiou du Piémont : il touloit re^ CMirrer d'abord le Boulonnais, et profiter ensuite des troubles de FÀUemagM pour agrandir son royaume de ce côté. Tellte fut sa politique, qui concourut puis- vieiUevillc, samment à Finflueiitpe que la France exetçai sur r£u- ^v* ^ et 3. rope pendant le cours du siècle suitant , ot ^ui , loin ^^^^^^^3 ^ d'être comprise paï* les contempot*ahis, devint Tobjet de leurs rq|ir6ches et de lem^ déclamations (0.
Oetle politique lui fit former des alliances qui pou- 1548. voient être d'une grande utilité' pour la réussite de ses projets. La tégence d' Aingleténre vouloit faire épouser Marie Stuart/ reine dTxosse, âgée de six ans, au rôi Edouard; ce qtii auroit donné beaucoup de force à cette puissance, en réunissant deux royaumes jusqu'alors divisés : mai^ Henri , maître en quelque sorte de la coin? ' d'Ecosse^ dont la régenté étoit fille du duc (Saude.de Guise, fit venir en Fraa<;e la jeune princesse, et la fiança au dauphin François. Il forma presque eu même leïnps les liens qui unirent Jeanne d'Mbret,' héritière de la Navarre, avec Antoine de Vendôme , chtef de la maison de Bourbon : il renouvekifr ain»i les droits de la France sur une» principauté enclavée dans TEspagne , et préparoit, à son insu , la prospérité dont le royaume étôit destihé à jouir, après dWroyables calamités, sous Henri IV, qui dévoit naî* tre de ce mariage. '
Après arou: terminé ces arrangemens , Henri II ré-
(0 On a mis en marge, à la fîn de pliacjoe aniiée^ Tindicatioa des Mémoires dons lesc^ucls ou a puisé.
44 I9TXODUCTION AUX HÉM01RE5
i548» $olut de visiter la partie orientale de sod royaomej où il prévoyoit que la guerre éclateroit bientôt^ et de passer ensuite les Monts pour jeter up coup-d'œil sur ses possessions dltalie. Il parcourut d'abord la Cham-. pagne et la Bourgogne , où il fut reçu avec Tenthou-* siasme qu'inspire presque toujours un nouveau règne; puis il entra en Savoie, et arriva en Piémont, dont le prince de Melphe étoit vice-roi. Ce pays avoit été fort négligé depuis la paix de Crépy» et le peu de guer-7 riers qui restoient des vainqueurs de Cerizoles, livréj^ à toutes les espèces de besoin, tombés dans^le décou-», ragement, se croy oient oubliés de leur Roi et de leur patrie. Leur état toucha profondément le monarque, qui donna des récompenses à ceux qui étoient encore en état de servir, et envoya les invalides en France ^^ pu ils furent placés dans des couvens d'hommes, dont les abbés eurent ordre de les entretenir pendant le reste de leur vie. Montmorency et le jeune François de Guise, déjà très en faveur, avoient suivi le Roi, qui permît que le dernier demandât la main d'Anne d'I^t| encore à la fleur de l'âge , et contractât ainsi une al* liance avec l'une des familles les pins illustres et les plus puissantes de l'Italie. Pendant les fêtes au:i;quelles les fiançailles donnèrent lieu , on apprit qu'une révolte terrible avoit éclaté en Guyenne, en Ângoumois et en Saintonge. Ces provinces, qui n'avouent pas joui de la ^ :i j présence de leur Roi, irritées des vexations exercées
Gaspard de ^ . '
Tavannes. par les préposés à la levée des impôts, s'étoient livrées Vieillcville, couti^e cux aux demicrs excès ; et Tristan de MonneinSj^
lieutenant* général de Guyenne ^ avoit été massacré à
Bordeaux.
t54g. Henri tint conseil- sur les moyens de réprimer cette
Bfi^tfis i547 JvsQx;*EN i594« 4^
révolte. Ce if étoit plus le temps où y comme à Tépoque ft549* de l'insurrection des Rochelois, sous le règne précé* dentales ministres d'un roi long -temps" malheureux etoient disposés à la clémence. Montmorency ne craignit pas de proposer d'exterminer la population de ces provinces, et d'en substituer une nouvelle : Fran-* çoîs de Guise pencha vers cette opinion ; et le mo** narque, malgré les sentiraens cruels que ces deux seigneurs venoient d'énoncer, leur confia le soin d'aprpaiser ce désordre, en leur recommandant seulement de laisser un libre cours à la justice : ils partirent , décidés à interpréter cet ordre vague dans le sens le plus rigoureux.
A leur approcke, tout s'etoit calmé: mais cette sou^ mission ne les désarma point. Etant entrés dans lé pays par ^eux côtés diflTéretis, ils se réunirent à Bor-» deaux, oiliL ils établirent le siège de leur puissance. Au lieu de se borner à punir les chefs de l'insurrection^' et d'accorder ensuite un pardon général , ils cherchèrent partout des coupables» Après l'assassinat de Mon4 neins, le principal crime des révoltés étoit d'avoir fait périr sous le bâton deux fermiers du grenier à sel d'Ângoufême, et de les avoir ensuite précipités dans la rivière, en disant : Allez , méchans g(ibehsurs, saler les poissons de la Charente. Les représailles furent terribles : cent quarante personnes furent livrées à divers suppliées, tant à Bordeaux qu^'à Angouléme, et les cendres de ceux qui périrent dans cette dernière ville sur les bûchers, furent jetées à l'eau, avec ces paroles ironiques etcitielles : Allez ^ canaille enragée j, rôtir les poissons de la Charente ^ que vous ayez sa** lés des corps des officiers de votre Roy e$ souverain
46 iiTTiiQDircTioH kvx hlAmloxw»
ji 549» ^eignem"* C^ i^écutions se tArinmèreoit p^r^ine amende bociorable 4{fie tous les hftbitans de Cordeaux fhren^ obligés de faire à genoux devant le corps de JVfoihr néins qa on avoit déterré ; et les privilèges de toutes les villes qui avoieot pi^is part à la révolte furent anéantis. Au milieu de la désolation qu'occasiounèrent ces act^s pgoureux» François de Guise^ beauisoup plus jeune que le connétable, et n'étant en quelque sorte que son lieutenant , montra quelques sentimens d*hu* manitéi et Vieilleville, qui les avoit accompagnés^ lit beaucoup d'efforts pour sauver les innocens , exposés a 4tre coi^ondus avec les. coupables, h^ Roi, naturel* lement indulgent, fut affligé des maux qu'avoienl f^oufferts des furoviuoes jusqu'alors soumises et fid^es; il leur rendit bientôt leurs privil^esi mai$ il.se ^arda bien d0 donner gain de cause fOx isé^eux^^eo pvms* sant celui qui les avoit châUés: MMitmoreucy continua de jouir de toute sa faveur*
A son i^tour de PiémoRt, VkwA II fit. à Paris un« entrée solennelle [16^ juin].: on le reçut co^ximè un conquérant^ quoique ses armes n'eussent enoc^» éié toura^esque centre ses sujets» Daiirat lui présenta des pdes en grec et en latin ; et, si l'on en croit les con* temporainS) le ^m Ronsard obtint» dans cette. cir«> (constanoe> le tits^ de^ prifice des poètes français.
L'entreprise de Boulogne ^ok résolue : elle ne fut différée que pendant le tempa nécessaire pour assejn* bler dea troupes ; et ce délai fut employé h des fêtes magnifiques que donnèrent à l'c^ivi Tune de l'autre Catherine de Médipis et la d«Qliesse de Valen^ooiau Le Roi se mit en .q^arcbe au commencemmt de Van* toD^e; mais à peine étoitril entré dans le Boulonnais»
Mtpuis i547 'v^Qu'cv 1^94* $7
qa*ttn héraut vint lé défier de la part de TEmpëreur, 2'â49* et osa. lui dire «{ne ce furioce /e traiteroit en jûunM homme: bravade qui n intimida point Henri ^ ^ à la«' qadUe il ripoiita en disant ^uU trmiuroit Ckàrles'^ Quin^i en vimu: rêveur. Il sMtoit emparé de tous les forts qui.entauroient Boulogoei lorsqu'une honible Vieilleyille, lempâle le forç^ de lever le siège de cette viUiiî. Elle ^T; ^' , ,
'i • ri 1 • 1» ^ • t ^ ■•« * Gaspard de
lui fut rendue 1 année suivante par la régence d An- Tayannes. gleterre^,. moyennant une somme de oènt mille, écus^ payable en deux termes»
Le due Claude de Guise et le cardinal Jean de Lor* i55o. rainé ^ mn frère, étant moits presque ei) id^me lemps, leur perte ne produi^t aucun changement 4 la Courv parce ^B^*fiireQtsiii>Ie«cbamp remuées, par les deuic princes, destinés ^ hériter de leurs dignités. François etCharleSy fils de Claude , prirent le titi^e^ l'un de due de Guise^ l'autre de cardinal de Lorraine : leur âge^ plus rapproehé de celui du Roi, leurs qualités brîllanles, Id dévouement quUs montroîent pouFkfc4uchesse de Yalentin^ûs, les rendire^ eftoore plus puis^ sans que n^avôit été leur père; et ils commencèrent à former les plans ambitieux qui dévoient biehtôt bouleverser H France. Le premiier emploi de leur crédit fat de £aire retirer les sceaux au célèbre chancelier Olivier, qui^ comme nous Tavons vu, avoit eu tonte la confiance de François 1 9 et ils obtinrent qu'ils fussent confiés à BertraiMli, leur créature^ Olivier avoit témoigne de rindulgence pour les Proteslans : Bei^trandi étoit disposé à leB poursuivre avec vigueur.
Quoiqi|ie la guerre ne fût pas déclarée, quelque hostilités avoient eu lieu en Italie. Octave Paiiièse, dont le père avoit été assassiné, voulant recouvrer le
^8 IBTRODVGTIOir XVX MÉMOIUm
ji5So» dachë de Parme qui étoit occupé par les troupes de l'Empereur^ et n'étant pas suffisamment secouru par le Pape Paul III, son aïeul , avôit obtenu quelques^ l^nforts du prince de Melphe, vice-roi du Piémont: inais Paul III étant mort en iS/^g^ et Jules III ^ soa successeur, s'étant bientôt déclaré contre la France et contre Octave, il étoit à présumer que les hostilités prendroient bientôt un caractère plus sérieux. Le Roi avoit remarqué, dans son voyage de Piémont^ que le
V prince de Melphe, vieux et infirme, étoit peu propre
à soutenir la lutte qui se préparoit. La duchesse de Yalentinois, qui avoit des vues sur ce gouvernement ^ se chargea de décider le- vice-roi, qu'on ne vouloit pas mécontenter, à donner sa démission ; et l'ayant obte-* |iue, elle présenta pour le remplacer, le beau Brissac^ général fort estimé, qui passoît pour être plus que son amir Montmorency auroit voulu procurer cet emploi important à Ghâtillon, soii neveu, qui fut depuis 1q fanieux amiral de Goligny : mais la maîtresse Fem-» porta facilement sur le ministre ; et Ton prétend que Henri II, jaloux des assiduités de Brissac auprès de
vaiars, liv. Diane, ne fut pas fôché de trouver une occasion de
I el 3.
Rabatm l'élpigner honorablement. Brissac, partant jiour Tltaliv. I- lie, étoit loin de soupçonner que le Roi avoit le pro^
vieiueyuic, j^^ d'employer toutes ses forces du côté de l'Allemagne^ et ne lui foumiroit en Piémont que les secours abl^o-* lument nécessaires pour ne pas succomber.. x55i. Tout se préparoit pour l'exécution des grands pro-»
)ets que Henri II avoit conçus dès les premiers jours de çon règne. Quatre ans auparavant [en 1^4-1^ Charles- Quint avoit remporté sur les princes protestans d' Allemagne la victoire de Mulberg, et il retenoit prison-
DEPUIS i547 jirsQu^EN i594* 49
niers depuis cette e'poque, Jean Frédéric, électeur de i55i. Saxe y et le landgrave de Hesse. Leurs partisans, convaincus que rintention deTEmpereur étoit de détruire toutes les libertés de FEmpire, résolurent d^implorer les secours de la France. Ils nommèrent pour ambassadeurs le duc de Simmeren et le comte de Nassau, et ces princes arrivèrent i Fontainebleau au mois d'octobre i55i. Le Roi tint un grand conseil composé de trente et un seigneurs. Dissimulant adroitement ses desseins, il représenta que le recouvrement de Boulogne lui avoit occasionné de grandes dépenses, et que les fonds qu'il venoit d'envoyer à Brissac, pour le mettre en état de secourir Octave Farnèse, avoient épuisé son trésor. Il observa que , malgré les hostilités qui avoient eu lieu au-delà des Monts ^ la guerre n'é^toit pas encore ouvertement déclarée; et il demaudà si la situation du royaume permettoit d en courir les chances, en embrassant la cause des princes allemands. Des avis entièrement opposés furent donnés dans le conseil : le connétable proposa de temporiser, et se fonda sur ce que les troubles de l'Allemagne ' présenteroient bientôt une occasion plus favorable t .Yieilleville, plus babUe, et pénétrant mieux les inten-^ tiens secrètes du monarque , opina pour que la guerre fût aussitôt déclarée, et pour que le Roi, profitant de la situation critique de Charles-Quint, s'emparât des évêchés de Metz, de Toul et de Verdun, où il avoit des intelligences :.il offrit sa vaisselle pour les frais de l'expédition, et il engagea les autres seigneurs à en faire autant. Cet avis prévalut par une majorité dé. dix-sept, voix contre quatorze, et Henri II, en faisant une entreprise qui étoit depuis long-temps l'objet d« 20. • 4
50 l!îTE0DVCTIOH ATT X MÉMOIRES
1 55 1 • ses spéculations , exit Fair de céder au vœu de ses sujeti» Il fut décidé qu on Se mettroit en campagne au mois de mars Suivant > ^ qu On passer oit T hiver dans lea fêtes et dans les plaisirs»
Lorsqu'on eut ti^aité avec les ambassadeurs , on leur donna un festin magnifique^ « Le dtner fini y disent les ce Mémoires de YieiUeviUe, le bal commença ^ oîi ia ce Boy ne et toutes les dames, filles de la Roy ne > ^ ce aultres damoîselles se trouvèrent ornées , parées , et « si richement accoustrées, avec tant de grâces et de Gaspard de <( beautés ^ que ces Allemands demeurèrent comme ra^ nr^— «"*Mi « vis de chose si rare» si admirable, et non accoustu*-
VieiUevule, ^ ' '
liy.4. te mée en leur région* Après la danse royale, que le
Rabutin, „ j^py ayoit comfDent)ée et menée, on leur sonna des a allemafides, parce que c'est leur danse ordinaire, et « qu'ils entendent le mieux. 9 . .
1 552, Henri , après avoir imphnré la protection divine pour
la prospéi^ité de ses armes, et avoir, à l'exemple de ses ancêtres , visité les tombeaux des saints martyrs ^ * se mit en marche avec une armée nombretise. Les in^telligences qu^il amt pratiquées depuis long'- temps dans les villes impériales de Me$tz , de Toul et de Ver^ dun^ lui rendirent facile la prise de ces places. Les officiers municipaux , mécontens de qa^elques abus qui s'étoient glissés dans legouvememefit de ces évéchés^ lui avoient concilié ia feveiir du peapie> et ses troupes n'eureiat en quèl<}tt<s aoite qu'à se présenter pour en faille ouvrir ies portes* Les émissaires firançais avoient promis 'que ces villes conserveroienit leurs privilèges , et qoe .l'administration en serok confiée ^ comme par le passé, à des homûies du pays. Mais quand le Roi «n ittt maître^ et lor^q^^il eut appris que Charles*-
QuînC iaisoit de grands préparâtes pour les recouvrer, x55sl il craignit rkiQoostoiice naturelle dee peuples, et sou« , mît à SQU conseil 1^ qu^Uon de savoir si Von tien* droit cette proiziesse, Les avis farent partagés : le connétable, toujours eticliu aux mesures rigoureuses, soutint qu il $efoit iuipossible de conserver ces places , si elles n'étoieM pas soumises à toutes les règles de Tadministratiou française : YieiUeviUe, plus habile, observa qu'eu mauquaut si promptement k im engagement solennel > on dégoikjberoit les princes allemands de ralliance de la France p et qu'on répaudroit Teffroi en Alsace y dont le Roi avoit aussi Fintention de s'emparer. Il prouva qu'il (âtoit posûble de conserver dan$ ces villes une grande autorité, en ayant lair d'en con* fier l'administration aux officiers mujaicipaux ; et il demanda du moins que les gouveme]u*s qui seroient chargés de les défendre » u'eusaent que le titane de lieU" tenans pour le saint Empire sous la protection du Roy^ Cette proposition, qui coQoilioit la sûreté des places con<piises avec les égards qu'on devœt aux alliés , ne fut pas adoptée^ J^e Roi, enivré de ses succès, crut qu'il n'avoit plus besoin de garder aucun ménagement, et il dé<Àla ique Jes U^ois évêcbés létoiest réunis au royaume : laute majeun^e, d(»ot il ne tarda pa3 à se re»pentir.
Pendtot cette <:ampagne , dMH les oommencemens étoient si heureux, Catherine de Médicisel la ducfaeââe de Valeiitinoisf'étoîeot avancées jusqu'à Jéânville, afin d'avoir {Ans pronqitemcnt des nouvelles de l'armée. La Reine , déjà entourée d'un oortége nombreux de demoiseUes aimables et galantes, ee piaisoit à dissiper « l'ennui que leurcansoit l'abi^uce de tpiii les seigneurs,
Ça IITTRODITCTION- ÀUSL MÉMOIRES
i55a, en leur faisant faire de longues pi:omenades à cheval-. A la suite d'une de ces courses fatigantes , elle fut 2|ttaquée d'une esquinancie qui mit ses jours en danger. Âloi*s ce ne fut pas sans étonnement qu'on vit la duchesse de Yalentinois^ sa rivale, lui prodiguer les soins les plus empressés , veiller constamment auprès d!elle y et témoigner les plus vives inquiétudes jusqu'à ce que le péril fût passé. On attribua ce dévouement inattendu de la duchesse > à la crainte que, si la Reine mouroity le Boi ne prît une épouse plus jeune,, et assez aimable pour lui tenir lieu de maîtresse. ' Henri, avant de compléter l'exécution de ses projets, voulut s'assurer de la Lorraine, gouvernée alors par l'une des nièces de l'Empereur, la duchesse douairière Christine, dont le fils Charles III n'avoit que neuf ans; il craignoit avec raison que cette princesse ne penchât pour son oncle , qui la pressoit de se déclarer. Il€n$ra donc dans ce pays, oïl il n'éprouva aucune nésistance» S'étant rendu mattre de Nancy, il dépouilla Christine de la régence, émancipa soti fils, et l'emmena; sous prétexte de lui procurer à sa Cour une meilleure éducation que celle qu'il . recevoit près de sa mère. Tranquille désormais sur la Lorraine, il marcha vers l'Akaçe , qu'il espéroit conquérir avec àulant de facilité qUe les trois évêchés.
Mais la manière dont il venoit de traiter des villes qui ne lui avoient ouvert leurs portes qu'à des conditions dont il n'avoit tenu aucun compte,- lulavoit aliéné les peuples qu'il youloit soumettre. A son approche, les habitans quittoient leurS demeures, et: fîiyoi^nt dans les bois en emportant toutes leurs pro- • vicions. Il fstllut permettre le pillage pour faire subsis*
BEPTTIS l547 JI78QU*Eir i594* 5)
1er les troupes, et cette resisource ëfarit insuffisante, iSSa. les maladies commencèrent à consumer Farméè.
Strasbourg refusa de recevoir le Roi ; et les autres villes, à l'exception d'Hagueneau, âiénacèfent d*opposer la plus forte résistailce* Le changement su-^* bit dans les dispositions des Alsacien^, changement , que le Roi df voit prévoir , et qu'il lui eut été si aisé dé prévenir, ne Tauroit point découragé, s'il rfeût ert même temps appris la défection des princes allemande ses alliés, qui, après avoir manqué de s'emparer à Inspruck de la pei^sonne de Charles-Quiht, venoiént de conclure avec lui le traité de Passau, qui le mettôit ^ en état de diriger toutes ses forces contre la France. D'un autre côté, les troupes de la reine de Hongrie» gouvernante des Pays-Bas , sœur de l'Empereur , fai-' soient une invasion en Champagne, après s'être emparées de Stenay. La retraite devenoit nécessaire; elle se fit avec difficulté, mais sans désordre. Le Roi, ayant forcé les troupes flamandes à évacuer la Gham* pagne, les poursuivit dans le Luxembourg , et conserva intacts les trois éviSchés. Le bruit courut alors que l'Empereur venoit de mourir. On y crut trop • légèrement, et l'armée fut dispersée dans les garnisons.
Cependant ce prince, qui probablement avoit fait répandre à dessein la nouvelle de sa mort, rassèmbloit une armée de cent mille hommes pour assiéger Metz; dont la prise lui eût assuré le recouvrement dé TôuL et de Verdun. A peine le bruit de cet armemient fiit-il parvenu à la Cour de France [août 1 55a], que François de Guise fut chargé de défendre une place si importante. Il partit aussitôt,, et plusieurs, princes:, ainsi
54 INTRODUCTION ÀtTX MÉMOIRfiS
t55^ qu^uné foule de jeunes seigneurs, s'etnpréssèrent de le suivre. Son premier soin fut de fortifier la ville, qui , ayant jîoùi d'une longue paix , ëtdit hof s d'étâft de soutenîriim »^ge. Malgré son Ecle ardent pour la religtoii eatbolîqrtte > il fût obligé de fftire détruire quelques églises qui étoient dan» les faubourgs : mais il prévint l'agitation qtie cette mesure it^ti^pensâble pouvoit exciter , en faiifiani porter en procession les reliques dans la cathédrale, et en accompagnant le cortège une torche à la maîn^
L'armée impériale né fut prête qtt*au mois d*oclobrei Alors quelques personnes représentèrent h. Charles- Quint qtt*il était imprudent de faire un siège dans, une telle saison, et lui conseillèrent de remettre cette entreprise au prinleiï>ps de Tannée suivahte. Il rejeta ce conseil salutaire , non-seulement par Timpatience qu'il âfVoit de s'emparer d'une place danS laquelle étoit enfermée la fteur de lâ noblesse française, mais par rimpossibîlité où il se seroit trouvé de pourvoir pendant long^femps à l'entretien de la formidable armée qu'il vendit de réunir. Il fit donc investir la place • parlent mille hommes, et promit que, malgréles infirmités dont il étoit accablé, il viendroit bientôt luimême partager leurs périls.
Le duc de Guise, ayant achevé de fortifier la place, y établit une police a^lmirable , et montra, la première fois qts'i} commandoit en chef, tous les talens d'un grand général. La distribution des vivres fut réglée de manière à ée qu'ils pussent suflire aux besoins d'un siège de plusieurs mois ; des hôpitaux furent préparés po^r les malades et les blessés ; on prit des précautions propres à piévenir la contagion ; et les
fiErvi$ i547 JvsqvEN i5g^ 55
habitansy diqpeosés de se mélei^ de la guaré, exempta i55x de contributioos y libres de disposer de ce qu ils avoient, s'aperçurent à peine qu^Us étoient dans une ville blo^ quée.Le duc de Guise , sur désormais de rendre vains tous les effotts de TEmpereur^ fit dire au Boi qu'il pouvoit tenir pendant dix mois sans être secouru ; ce qui décida le monarque ii faire continuer le siège d'HesdiUy entrepris par Coligny, qui venoit d'éti^ élevé au rang d amiraL
Tandis que Metz se défendoit ainsi contre toutes les forces de rEm^ûre , et que des combats sanglans se livroient chaque jour sous ses murs^ il arriva un évé*^ nement qui n'aqroit aucune importance, s'il ne donnoit pas une idée trè^-juste du respect qu'on avoit alora en France pour la liberté des personnes. Un esclave de don Louis d'Avila y général de l'armée impériale y s'échappa , et parvint à se réfugier dans Metz. Son maître le fit réclamer ,, ne doutant pas qu'il ne lui fàt aussitôt.livré. Guise lui répondit que cet esclave s'étoit retiré dans l'intérieur du royaume : « Mais fc quand bien^ ajouta-t-il, ilseroit encore dans la ville^ « la franchise qu'il y a acquise , selon l'ancienne et « bonne coustume de France qui donne liberté aux « personnes y ne permettroit pas qu'on le pust rendre. » Ces principes étoient depuis long-temps reçus en France ^ et nous verrons un autre exemple de leur application sous le règne de Henri III.
Charles-Quint y suivant la promesse qu'il avoit donnée à ses troupes y arriva devant Metz le ao novem-, bre. Sa santé étoit déplorable; il ne pouvoit aller qu'en litière ; et , ayant voulu passer une grande revue | il ne put rester à cheval qu'un quart d'heure.
56 IITTKODUCTION AUX MÉMOIEBS
x552. Cependant la haine qu'il nourrissoit contre le fils de son ancien rival remportant sur la foiblesse de ses organes, il parut à la tranchée le 26 y et chercha» par $a présence^ à ranimer le zèle de son armée. Ce fut en tàin; les vivres commençoient à devenir rares , et les maladies , causées par les rigueurs de la saison, moissonnoient déjà un grand nombre de soldats. Ses soùf^ frances le forcèrent à se retirer au château de Horgue y peu éloigné du camp ; et pressé par ses généraux, qui ne se dissimuloient pas toute Tétenduedu danger, il leur laissa entrevoir que, si Metz n'étoit pas pris au premier janvier, il ordonherpit la retraite. Il cachoit en même ten^s sa détresse aux assiégés , auxquels il faisoit dire que, si son armée périssoit sous les murs de la ville, il paroîtroit bientôt à la tête d'une seconde, et que, si celle-ci se perdoit encore, il en auroit facilement une troisième plus redoutable et plus nombreuse. Ces fanfaronades n'inspiroient aucune inquiétude au duc de Guisé , qui connoissoit parfaitement la situation des choses.
Le moment oii l'Empereur fut obligé de renoncer entièrement à son entreprise, précéda de quelques jours l'époque qu'il avoit fixée. Dès le lendemain de JVoël, voyant les ravages affreux des maladies, et manquant de munitions et de vivres, il commença sa rev m '1 ^>^^^^^y q^^ se fit lentement , et ne fut terminée que dans liv. 4. les premiers jours de janvier i553. Outré de dépit,
Gaspard de observe uu Contemporain qui faisoit partie de sa Rabutin, suite, il auroit voulu être 'mort. « Je vois bien, disoit* liv. 3,3 et 4. ce il, que la fortune est femme; elle préfère un jeune li 2* "^ ' " ^^y ^ ^^ ^^^^ empereur. » Cette armée , réduite Saiignac. .des deux tiers, se retira près de Thionville, harcelée
pisfvu i547 ivsQxi*Eif x594* Sq
par le duc de 6iii3e , qui fit un grand nombre de pri- i553* sonniei-s. Ce géoéral, quivenoit dese couvrir de gloire par sa prudence et sa valeur, visita le camp impérial , rempli dé malades et de mourans. Il les consola , les secourut y leur fit prodiguer les mêmes soins qu^aux Français y et montra que y au milieu des horreurs de la guerre, son cœur étoit accessible aux sentimensles plus nobles et les plus généreux.
Dans cette occasion, il donna aux Catholique3 une preuve de Tardeur qu'il mettroit un jour a défendre leur cause. Après avoir célébré la délivrance de la ville, par des processions et d'autres cérémonies religieuses , il découvrit qu'il existoit chez des particuliers un grand nombre de livres de doctrine réprouvée.jlX ordonna de les saisir; on en fit un monceau sur la, place publique, et ils furent brûlés. Cette exécution, qui effraya les Protestans , ne compromit cependant la sûreté d'aucun d'eux. On fit alors plus d'attention à cette marque de zèle donnée par le duc de Guise , qu'au sei^ice important qu'il venoifde rendre à la France , en lui assurant pour l'avenir la jpossession tranquille des trois évéchés.
Lorsque le duc eut quitté Metz , la garnison , privée du chef qui "^avoit sii maintenir la plus exacte discipline , commit plusieurs désordres, et le Roi ne trouva, d'autre moyen d'y remédier, que de confier le gouvernement de cette place importante à Vieilleville, qui depuis long -temps possédoit sa confiance. Ce jseigneur justifia parfaitement les espérances du monarque, et son administration, qui dura plusieurs années, peut passer pour un modèle de modération, de justice et de prudence. Quelques capitaines avoient
5^ IKTAODUCTIOir kV± MÉMOI&Ei
1553. eu Taudace d'enlever des jeunes femmes , des denuM-* selles et même des religieuses , qu'ils tenoienl renfermées dans leurs logemens^ et un petit nombre d'entre elles s'étoienty dit -on y habituées à des liràs formés d'abord parla plus odieuse violence. Le gouverneur^ dès les premiers jours de son arrivée , prêta Toreille aux réclamations de leurs pères ^ de leurs époux et de leurs parens. Il punit sévèrement les coupables^ ren« dit les victimes de leurs désordres à Tétat auquel elles avoîent été arratliées^ et ne négligea aucun moyen dé couvrir les fautes ^quelles avoient pu comîn^tli^e» Il s'occupa ensuite de former une administration municipale sur la fidélité de laquelle il put compter. Sous l'ancien gouvemement^ l'écheviuage avoit éié exclusivement affecté à quelques familles nobles : d&ormai& il fût confié aux plus riches bourgeois ; ce qui ne manqua pas de concilier à la France la cla"^ qui avoit le plus d'influence sur le peuple.
Cependant la guerre continuoit mollement^ pendant rhiver> sur les fi^ontièr^s de Picardie ; le connétable, qui y commandoit» tomba dangereusement malade en revenant du Quesnoy. Le Roy étant accouru > il lui conseilla de ne point donner sa place à un ' prince du sang, qui pouiToit en abus&*, mais d'efi revêtir Brissac, dont il n'auroit rien à redouter^ et qui, n'ayant en Piémont qu'un foible corps d^armée, luttoit avec avantage contre toutes les forces de l*Empire et de l'Espagne. Henri goûta ce eonseil, et dé|à Sarret, son secrétaire particulier éloit parti peur annoncer à Brissae cette grande nouvelle, lorsque la santé du connétable se rétablit comme par miracle. Cette maladie de Montpiorency avoit retardé les
las^vts i547 JiTSQu^Ew 1594. 59
pr^paratiTs dont on s'ëtoît occupé pour la campa- iSHX gne de i553. Ils ne se firent ensuite qu'avec plus d'activité. Des impôts extraorfinaires furent levés, et n'occasionnèrent aucun murmure. « Tel et si grand « heur, dît un contemporain , a donné Dieu aux roys « de France, d'avoir en obeyssance le meilleur et le ♦
« pins fidèle peuple qui soit au inonde; car si, en la K nécessité, après l'exposition dé* tout bien , leur ft prince se présentoît, requérant pour son salut de tt leur propre sang, il n'est rien plufe certain , que de « leurs mains se saigneroient pour lui en départir. »
Ce dévouement si noble et si absolu, n'eut pas cette année les résultats qu'on pouvoit attendre. Char- * les-Qoiiit fit attaquer Terouane, défendue d'abord par d^ssé qui y fut tué , ensuite par Taîné des fils du connétable, qui ne put empêcher qu elle ne fàt prise d'assaut et rasée. Puis il s'empara d'Hesdin, et n'é-* prouva qu'un foible échec sur la rivière d'Authie, oà ses troupes eurent un engagement avec l'armée franr çdise. Henri essaya de compenser ces avantages de son ennemi en occupant Camhray , ville impériale à laquelle il promit de conserver ses privilèges. Mais le souvenir de ce qui étoit arrivé l'année précédente, lorsque les trois évêchés avoient été réunis à la France, empêcha les habitans de se fier à ces propositions; et le monarque n'obtint de dédommagement, qu'en emportant sur la fin de la campagne la petite ville de Cateaû-Gambrésis.
Petidant que cette lutte entre le roi de France et TEmpereur se prolongeoit sans qu'on pût en prévoir l'issue, une grande révolution avoitlieu en Angleterre. Edouard VI venoit de mourir à la fleur de lâge , et
6o INTRODUCTION AUX MÉMOIREfi
i553. Marie, fille de Henri VIII et de Catherine il^Arra*' gon, dont la naissance avpit été déclarée illégitime , étoit parvenue au trône , avec l'intention pien prononcée de rétablir la religion catholique, Cette vue n'étoit pas de nature à donner deTombrage àHenrilI, Yiefllevîlle ^*^^ Marie y ayant joint le desseia d'épouser Iç? liv. 5et6. prince Philippe , fils aîné de l'Empereur ^ il étoit k Rabutin , craindre que cette» Union n'ausmentât le noml)re des
liv. il et 5. • t^
Salignac. ennemis de la France» En effet ces deux époux se li^ Villars, guèrent bientôt avec Charles-Quint, auquel cepen-? ^'•^' dant ils ne purent , à cause des troubles, qu'ils eurent
à réprimer, donner tout de suite de puissans secours* 1554. Henri, ayant augmenté son armée, espér^^ répare»
les fautes qu'il avoit commises l'année précédente*» Tandis que le duc de Nevers faisoit uae invasion dans le pays de Liège, le connétable s'emparoit de Mariem^ bourg, ville bâtie par Marie, gouvernante des Payis^ Bas. Les Français, glorieux de cette conquête peu impoitante, rappelèrent Henriembourg^ nom qui ne lui resta point, parce qu'elle retomba bientôt au pou» voir de l'Empereur. L'expédition du pays de Liège n'ayant pas réussi , le duc de Nevers revint à Givet^ oîk il fut joint parle Roi , qui, outré de dépit, ordonna la dévastation du Hainault, pays riche et fertile qui n'avoit pas encore éprouvé les horreurs de la guerre* Les ravages eurent lieu sôus les yeux de l'armée impériale, sans qu'elle fit aucune tentative pours*y opposer. Mais Charles-Quint, qui venoit d'y. arriver, et dont la santé étoit meilleure, espérant que les ennemis^ gorgés de pillage ,. seroient plus aisés à vaincre^, préparoit tout pour une action meurtrière et décisive^. Ce fut par cette raison qu*il laissa les Français sacca*
61SPVÏS ï547 ««qu'eiï i594^ 6i
ger encore tout- le territoire de Cambray. Henri , i554. croyant que rennemi tfoseroit quitter ses positions, réunit toutes ses forces, et attaqua le château de Renty,qui inquiétott le Boulonnais. Alors l'Empereur, sortant de Tassoupissement dans lequel il avoit paru plongé, manifesta ses véritables desseins, et présenta la bataille. Les deux armées étoient nombreuses ; une égale ardeur les animoit; et, du côté des Fran* çais, on voyoit dans les rangs le duc de' Guise, Tamirai de Goligny, le duc de Neyers et Gaspard de Tavannes.
Charles, afin de faire passer des secours dans le' château, voulut s'emparer d'jin bois qui y tenoit. Le Roi défendit ce poste avec obstination ; et îl s'ensuivit un combat où des deux côtés on fit des prodiges dé^ valeur. Henri chercha l'Empereur, br&lant de se mesurer avec lui; mais le vieux monarque , entouré de ses généraux, auxquels il donnoit froidement ses ordres, évita une lutte, dont la force corporelle auroit seule décidé. Cependant l'impétuosité française finit par remporter. La victoire se déclara pour Henri, et n'eut malheureusement aucun résultat. Le château de Renty ne put être forcé; et l'Empereur, avec les débris de ses troupes, recula vers Saint-Omer, tandis quele Roi, afToibliy se retiroit à Montreuil. Cette cam- * pagne se termina ainsi sans qu'aucune action fût dé* oisive^ mais Henri avoit eu l'occasion de remarquer le parti qu'il poun*oit tirer de ses troupes dans une entreprise inieux combinée. Il admira surtout le courage brillant qu'avoit déployé Tavannes , auquel il donna son propre collier de l'ordre.
Depuis le commencement de la guerre, Brissac,
6a I5TRÛDUCTIOK ÀUX MÉMOIHEa
1554. vice-roî de Piémont, n'avoit reçu aucun secours. Loi-squ'il en avoit sollicité, le connétable lui avoit répondu, au nom du Boi, qu'il devoit se teoir sur la défensive, et vivre aux dépens du pays. Ba^issac s'étoit en vain eObncé de faire sentir le danger d'une telle conduite dans une province récemment conquise, et où il étoit nécessaire de ménager le peuple, pour l'habituer à une domination nouv-ellë. Henri, qui n'avoit aucun déaii* de conserva: le Piémont, étoit resté sourd aux plaintes d'une armée qui , se voyant en quelque sorte sacrifiée, ne montra cependant, sous l'influeoce de son digne chef, que plvis de coostance et d'héi*oïsme*
Cettearmée parfaitement disciplinée ^ toujours occupée de sièges et decombats^^étoit une école où la jeune noblesse alloit apprendre l'art de la guêtre. L'his* torîen de Brissac remarqua qu'elle y arnvoit pleine d'ardeur, mais que bientôt les fatigues, les veilles, les privations la décourageoientj et il raconte , à ce sujets une anecdote qui montre .combieii le général qui passoit pour l'homme le plus aimahle de ia Cottr^ étoit sévère et inflexible lorsqu'il étoit à la guerre.
Un feune gentilhomme , qu'il ne nomme pas , après avoir rempli pendant deux mois les fonctions de ca* pitaine, supplia Brissac de lui donner un congé* Ayant éprouvé un refus , il quitta l'armée aans aotorisation* Aussitôt le général assemble un conseil de guerre, et le déserteur est déclaré /»riVé d'armes, d'honneur, et Je condition taûlabh: jugesnmt qui est bientôt confirmé par le Boî. Le condamné avoit des protections puissantes, surtout parmi Les dames de la Cour, qui avoient beaucoup d'empire 6ur son juge« Il
.i>EFtji8 1^47 JtJSQuBîr iS94« 63
les conjura de le servir; et leurs lettres les plus près* i554. santés n'eurent aucun effet. Lorsque , trois ans apràs^ le viceHTOî revint à la Cour, elles redoublèrent d efforts; et uft soir, lorsqu'il entroit dans rappartetneat de Ca* therîne de Médicis, elles l'entourèrent , espérant le contraindre à prier le Roi de pardonner à leur pro* kégé. U ne falloît qu'un ffiot de sa part ^ car le monar* qite Tavoit rendu maître du sort du coupable. Il r^usa de le prononcer y et résista ainsi aux sollicitations les ^^^^ y plus séduisantes y persuadé que l'indulgence, dans cette Gaspard de occasien» détruiroit entièrement la discipline militaire. Tayannes.
On ne dit pas cependant si la belle duchesse de Valen-* j^ ^^^^^ ' tinois fut du nombre de celles qui s'intéressèrent en feveurdu gentilhomme dégradé. • .
T^ffîdîs que Brissac luttoàt avec courage en Pié- x555. mont y contre les généraux de Chaiies - Quint ^ qui recevoient continuellement des renforts , une autre armée française ^ commandée par Stroizi et également abandonnée, fatsoit la guerre aux environs de Sienne^ qui, en i5S2 , avoit recouvré sa liberté , et s'étoit mise sous la protection de la France. Cette armée avoit été complèteiaent défaite ^ en i554y par le. marquis de Marîgnân, près de Maixtano ; et Biaise de Montluc^ en ayant rassemblé les débris , s'étoit jeté dans Sienne^ résolu de défendre cette place jnsipi'à la dernière extrémité. Une maladie , dont il fut subitement atta^* que,, et^iuon crut mortelle^ mit quelque temps Mont* lue fa^rs d'iétat de remplir ses courageuses résolutions* Le découn^^ment étoit à son comble parmi les Sien-» n<HS, et Ton 0e parloit que de rendre la ville au mar-^ quis ^ Marignan , qui se préparoit à l'assiéger. Mais le génâral français^ $e trouvant soulagé^ piit^ à peûie
64 INTRODTTCTIOV AUX MÊMOIRIS
x55S. convalescent , toutes les mesures propres à préserva la place d'une surprise.
Il rassura les habitans par les discours lés plôs énergiques, leur montra quel seroit leur sort, si, pefdaât leur liberté nouvellement recouvrée , ils retomboient sous le joug de Charles-Quint, leur rappela les téinoi^ gnages d'attachement quHls avoient donnés à la France sous les règnes de Charles VIII et de Louis Xll, leur promit de ne pas les abandonner, et porta bientôt leur dévouement jusqu'à l'enthousiasme. Les femmes ^ admirant son héroïsme, partagèrent les sentizûeùs qui animoient leurs pères et leurs époux : elles offiîrent leurs services pour les travaux des rempaits, auxquels •les hommes, destinés à combattre, ne pouvoient suf* firè. Séparées en trois troupes , qui prirent chacune un uniforme particulier , elles mirent à leur tête des dames du premier raïig. La signera Forteguerra commandoit les plus âgées , qui adoptèrent le violet ; la signera Pic-» colomini, celles qui prétendoient encore à la beauté^ et qui choisirent l'incarnat ; la signera Livia Faustà , leis plus jeunes, qui préférèrent le blanc. Elégamment vêtues, dit Montluc, elles avoient l'air de nymphes. On se£gure quelle ardeur un tel spectacle dut inspirer aux assiégés.
Marignah, qui avoit d'abord résolu de donner un assaut, y renonça: se fiant ^ d'un côté, aux intelli* gences qu'il avoit dans la ville, et convaincu, de l'autre , que les Siennois ne pouvoient espérer aucun secours , il forma un blocus complet. Les complots ourdis par les partisans de l'Empereur furent décôu* verts et punis par Montluc, auquel on.av(»l donné les pouvoirs de dictateur -, mais les précautions pleines de
VBPvn 1S47 JtrsQtrW 1594. 65
inradeiice que ce général avoit prises, avant que la i55S. place ^t entièrement fisrmée , ne purent préserver les babitans de la famine, qui fut affreuse,, et qui, jointe aux maladies, moîssomia un jgrand nombre d*habitans de toutes let^ classes. Ces fléaux n'ébranlèrent point Montluc, déterminé à tenir ses promesses, en périssant avec ceux dont il avoit embrassé la défense. Enfin les magistrats, voyant q^*U n*y avoit plus aucune ressource , lui demandèrent la permission^ d'écouter les propositions de Tennemi [ avril i555 ]. Il la leur accorda, en exigeant qu'il ne fût fait aucune mention de lui dans le ^traité* Obligé ensuite par eux de se mêler des oégociaticms , il Voublta entièrement , ne songea quà leors^intéréts, obtint que ceux. qui ne voudroient pas ^e soumettre à FEmpereur , pussent se retirer à Montalcin , ville voisine , et sortit de la place sans avoir fait aucune capitulation pour lui-même.
Cette résistance, qui fît autant d'honneur à Moiithic que celle qui avoit été opposée dans Metx, par le doc de Çrnise , à toutes les forces de l'Empereur , montra que les Français, qu'on accusoit alors de n'avoir qu'nne ardeur impétueuse et paâ|sagère , étoient aussi propres, lorsqu'ils servoient sous des chefs habiles, à soutenir patiemment des sièges qu'à bvi'er des batailles rangées.
Montluc, en quittant Sienne, se rendit à Rome, où il fut témoin de la mort de Marcel II , qui , ayant succédé à Jules III, n'avoit régné que vingt -deux jours. Rabutin prétend que ce pontife avoit été «npoisonné^ « parce qu'il estoit, dit-il, trop homme de « bien , et qu'à son nouveau advenement et création, <t il avoit cassé tant de superflaités de gardes et bon- . do« 5
6Q tV^RÔDUCTION kVX MÉMOIRES
i555. ccneurSy que les premiers saincts papes n^voient ce point f et que les modernes ont voulu avoir quand ce ils se sont vus riches des biens que les empereurs c( et roys leur avoient donnés. » Paul IV , qui rem* plaça Marcel y n'eut pas sa modération. Désirant d'é;* lever les GarafTe, ses neveux ^ il se rapprocha du roi de France y quil espéra déterminer à envoyer de grandes forces en Italie , pour y soutenir ses projets gigantesques. Il autorisa donc le cardinal Poole^ son légat en Angleterre ^ à ménager la paix entre Henri II et Chaiies-Quint ; et un congrès fut ouvert au mois de mai y dans le village de Marc y entre Ardres et Calais. Cette négociation n^ayant pas réussi, la guerre recommença. dans les Pays-Bas; mais elle se fit mollement, tant à cause- de l'épuisement des deux puissances qui avoient perdu beaucoup d'hommes dans la campagne précédente , que parce que Charles- Quint , accablé de maladies et fatigué des grandeurs, se disposoit à abdiquer.
Ce grand spectacle y que le monarque le plus ambitieux de son temps alloit donner au monde , fixa l'attention générale, et suspendit les ressentimens qu'il avoit excités. Voulant adopter un genre de vie. entièrement opposé à celui qu'il avoit mené jusqu'à-^ lors, et terminer dans une solitude religieuse et paisible une existence livrée à toute sorte d'agitations , Charles-Quint avoit choisi pour retraite, dans le climat le plus doux de ses vastes Etats , le monastère de Saint-Just^ situé près de la ville de Placentia, au fond d'une vallée charmante , sur les frontières de la Castille et de l'Estramaduré. Pressé d'exécuter cette réso« lution, il parut le a3 pctobre i555, gu milieu des
l>CTUï« i547 JtîsQu*Ew 1594. ©7
Etats des Pays-Bas, etse démit en faveur de Philippe i555. son fils ^ de toutes ses possessions en Flandre , en Es* pagne et en Italie. Quelque temps auparavant ^ il a voit fait donner à Ferdinand, son frère, le titre de roi dés Romains, et c'étoit à ce prince que FEmpire étoit des<* tiné. Cette cérémonie , oit Ton vit le monarque le pluis puissant deFEurope abdiquer volontairement le pouvoir, et s^efforcer, par des conseils pleins de sagesse^ de préserver un fils chéri des fautes dans lesquelleli, il étoit tombé, fut des plus nobles et des plus touchantes. •
Les deux sœurs de Ckarles-Quint dévoient raccompagner dans ^a retraite. Marie, reine douairière de Hongrie, femme d'un caractère audacieux, et qu'on ^ avoit mal à propos soupçonnée d'être galante (0, sem-» hla quitta* avec regret le gouvernement déà Pays-Bas^ qui lui ^tok confié depuis vingt^six ans> et qui fut donné à EmmanueUPhilîbert <fc Savoie. Eléonore, Mq^^Iuc veuve de François I, princesse douce, aimable et trés^ liv. 3. attachée à son frère, se monira au contraire disposée . ï^al>«tiii , à le suivre partout, et à lui prodiguer les soins les plus tendres.
Cependant la reine d'Angleterre, femme de Phi- i556, lippe II, éprise de son époux, désiroit vivement là paix, dans la crainte que la continuation des hostilités ne tînt pour long-*tempâ ce prince éloigné d'elle. Pai^ ses oixlres, le cardinal Poole, son parent, renoua des négociations qui eurent lieu à Vaucelles^ et l'on côn« vint d'une trêve de cinq ans, durant laquelle chaque puissance conserveroit ce qu'elle possédôit [5 février
(')Oft atûît fait Contre elle en France des cbansons trés-malîgnes; et elle étoit fort irritée que Henri II n^en e&t pas fait punir les auteurs.
^8 jÎ7TaODIT£T)0]f ATTX MÉMOIRES
i556. j556], Philippe 11^ nDuvellenafinï parvenu au trône 4'£^agiie, et dont lâs finances étoiait épuisées par le^ pnodigâlités de son pêne, afvoit besoin de cette trèvje*Xe roi de France, quoique égalemem obéré, f ouvoit encore souieiiir la lutte : mais le connétable, ieu*ai^afit que son rival, le duc de Guise, n'aequit Mne trop grande réputation si la guerre eontinuoit, p'avjoit rien négUgé poup aplanir |es difiicultés qui is'étoiejit élevées dans le icours des négociations. - Sendapt cistte pacification, qui, malgré le». engage* mens solennels qu on avoit pris, ne dura que quelques mois, rhumeiir de Catherine de Médicis contre Diane de Poitiers, se manifesta par des discoui^ qui répand direi|t À 1^ Cour beaucoup de trouble. Les cpurtisans se p^rtagèresit : mais les plus habiles, à la tête desquels étiH^Dt le connétable et le duc de Guise , con« . poissant l'eq^pire absola que I^iaiie avoit acquis sur le {loi, se rangèrent d^^^bn côté; iet la Reîue n'eut pour elle que ceux ^qui, éloignés de rintiqEiîté du monarque , pe. )<Hiissûîent d'aucun crédit , et n'avoient aucune p^rt aux grâces, Gaspard de Tavannes, l'un des plus audacieux de ces derniers, et affichant depuis long-i temps une airersipn très^prononcée contre les fayoris, queb qu'ils fiassent, ^Ua présenter se^ services à Ca-^ th^riilu9, et lui ofiHt^ si elle y copsentoit , de couper le ne% à jR» rivale; moyen qui lui paroissoit infaillible p^r £|ire cesser Ici passion du Koi. On se Qgure aisément qu^ la Beine avoit in»p d'habileté pour accepter ^ette oiTre ; mais elle tint compte à Tavannes de son 4évaiiem^nt ; et Ton veq^a . que ,. lorsqu'elle devint toute-puisçante, il fiit l'ua de se^ plus iptimeir con- Êdep§. ^ .
AEfuis i547 iusqijW i594*' 69*
Pfaîlip{Mf II, qui avoit pénétré tes intentions de t556.- Paul ly, et qtii sàvoît qti'îl vcmloit se sei^ir des Français pour élever Sa fanutUe^ lui siiscka un grand non»^ bre d'ennemis ; et bientôt les cardinaux: partisans de TEspagne Torniirent uile coùpxration contre lui. L^ Pape, instruit à tiemps' du danger qu'il couroh, ras-' sembla des trompes dans sa capitale^ fit mumr le château Saint- Ange, et implora le secours de Montldcy qui, entoyé pour soutenir les Siénnois réfugiés h Montalcin, se trouvent par faasarà à Rome. Ces pre^ cautions n*étoient pas âuperflttés^ car le duo d'Albd menaça quelques jours après cette ville^ à laquelle • Mtontluc, si reiiomitie pom- la défense dds places, es^ saja d'inspirer l'énthottsiasme qu^il avoit y Tannée pré^ eédente , fait naître dans Sienne. Mais le pontife comp^ toit sur une protection plus efficface» Il avoit envoyé en France son neveu, le cardinal Charles Caraffe, chargé de présenter au Roi une épée bénite, et de lui faire les offres les plus brillantes^
lie cardinal étant arrivé à Fontainebleau vers la fin du mois de juin, se borna d'abord à demander des se* cours: mais, s'apercevant que le duc de Guise, indigné d'être oisif, d&itoit ardenunent de se voir à la tête d'une expédition lointaine , il proposa au monarque la ockiqnête du royaume de Naples.
Cette proposition , si contraire au plan que Henri avoit adopté dès le commencement de son règne > excita de grands débats dans le conseil. Lé connétal^le, £t Brissac, qui avôit quitté mommtanément l!armée de Piémont, y mirent rdppositian la plus forte, et s'appuyèrent sur les désastres quàvoient autrefois éprouvés Charles Y III , Louis XII et François I. Le
n O I19TR0DUi:T10ir AUX Jf ÉMOISXd
1 S56. . juc de Guijse^ et toute la . jeune noblesse^ avide d^afobition et de gloire^ conjurèrent le Roi de ne pas négli-* ger cette occasion unique de faire valoir les droits de la maison d'Anjou. Henri balança quelque temps sur le parti qu'il devoit prendre; et il auroit probablement persisté danssoa système^ si le connétable^ à. qui la faveur des Guise portoit ombrage, n'eût à la fin paru entraîné par leurs raisons y et n'eût sacrifié les intérêts de son pays au désir d'éloigner un rivaL Le duc de
M niluc ^^^^y laissant à la Cour le cardinal de Lorraine , son liv. 3 et 4. frère , qui étoit aimé du Roi et de la duchesse de Ya^
Villars , lentinois , crut pouvoir lui confier, pendant son ab-
Rabutin ^^^^j 1^^ intérêts de sa maison. Déjà très-célèbre par
liv. 8. la défense de Metz, il partit pour l'Italie au comment
Gaspard de ^enigm- ^jg l'hiver, et le bruit de son expédition ralluma
Tayanneflr ' *
la guerre sur les frontières de la France qu'on avoit imprudemment dégarnies* i557» La Reine d'Angleterre, qui avoit formé des vœux si
ardens pour la paix , fut alors forcée par Philippe II ^ son époux ^ à faire à la France une déclaration de guen^e ; et bientôt douze mille Anglais se joignirent à l'armée espagnole de Flandre,, commandée par le prince Emmanuel-Philibert de Savoie^ gouverneur des Pays-Bas. Ce prince, très4iabile capitaine^ fit d'abord une fausse attaque sur Rocroy, et alla ensuite mettre le siège devant Saint-Quentin, place importante , et qui étoit cependant demeurée démantelée. L'armée française, très^aifoiblie par les détachemens qu'on en avoit tirés pour l'erpéditidn du duc de Guise, étoit commandée par le connétable, à qui l'amiral de Coli- ^ gny servoit de lieutenant. Ce dernier, ayant appris le XQOuvement que yenoit de faire le prince de Savoie >
DEPUIS I&47 JI^SQu'eN 1594. 71
quitta Pîerrepont , où il se trouvoit , et alla se jeter dans i557. Saint-Quentin, qu'il fit aussitôt fortifier avec une acti>vité extraordinaire» '
Le connétable , suivant la promesse qu'il avoit faite à Coligny, marcha bientôt au secours de la place , et présenta la bataille aux ennemis [10 août i557]. Cette action, si désastreuse pour la France, et qui eut lieu le jour de Saint- Laurent (^), dura plusieurs heures. Le connétable, qui n'avoît pas bien disposé son plan, fit vainement des prodiges de valeur : obligé enfin de céder à la force, il fut fait prisonnier avec le maréchal de Saint-André ; et le comte d'Enghien perdit la vie en combattant. Le duc de Nevers, échappé au carnage, €e retira sur Laon , où il donna rendez-vous aux débris de Tarmée française; et il pourvut avec une intelligence remarquable à la défense de toutes les places voisines. Coligny, abandonné à lui-même dans Sainte- Quentin , mais secondé par le brave JÂndélot son frère, employa, pour retarder la prise de cette ville, les ressources dont il donne le détail dans ses Mémoires : il s'y maintint , après avoir soutenu t>nze assauts, jusqu'à la fin d'août; époq^ie à laquelle, n'ayant plus de munitions, ne pouvant être secouru, voyant la gapnison et les habitans décidés à ne plus combattre , 21 fiit contraint à se rendre prisonnier.
Philippe II étoit arrivé à soii armée après la bataille de Saint-Qùehtin : il délibéra s'il devoit marcher aus^ sitôt sur Paris, résolution qui, suivant les contempo^ rains, lui auroit assuré tous les^ fi^its de la victoire^
(0 Les Espagnols rappelèrent la. hataiUe de Saint- Laurent. Phi-* lippe II fit, en mémoire de cette yictoure, bâtir le superbe monastère de rEscurial > dédié à ce saint.
•^-c'Tsr
•^a IKTllODTJCTIOH AUX IféMOIRlS
i557. en occasionnant la ruine entière de la France. Mais sa prudence y^q.ui ^Uoit quelquefois jusqu'à la timidité^ le fit céder aux observations d'un vieillard français devenu son prisonnier^ Ayant fait appeler La Roche du Maine y il lui demanda combien il pouvoit y avoir de journées de Saint-Quentin à Paiis 7 « Sire > lui ré- « pondit le vieillard , on appelle les batailiesbien tour- « vent des journées : si vous Tentendes comme cela, ic vous en trouverez au moins trois ^ la France n«$tant « point si dépeuplée d'hommes , que le roy mon maisce tre ne puisse mettre encore ensemble de plus grandes <c forces que celles qui ont ébé défaites. » Cette ohserw vation hardie fit abandonner à Philippe Je projet de marcher sor Paris, et il résolût de s'emparerdes places ^ui couvroient encoi^e cette gi^ande ville«
Henri II étoit à Compiègne lorsqu'il apprit par d'Efr* cars la nouvelle dé la bataille de Saint-Quentin : ce revers imprévu ne Tàbattit point , et il montra dans cette horrible crise autant de courage que de résigna*tion. CL J'espère y dit-il, qu'après avoir fait tout ce que « les hommes peuvent faire , Dieu fera le reste. » Pres^ que tous ceux qui avoiènt joni de sa confiance étoient ou éloignés ou prisonnieis, et il ne restoit auprès de lui que le cardinal de Lorraine, dont il fit son uniqtte ministre. Aidé de ses conseils , il prit d'excellentes mesures pour la défense du royaume : tandis que le duc de Neversy exerçant les fonctions de général en dbef^ continuoit d'occuper Làon , il chargea le fils du con-^ nétable de défendre poissons, il envoya Boùrdillon à La Fère, Sancerre à Guise, Humière à Péronne, et il fortifia Compiègne, qui devint pour quelque tempi une place fi:ontière. En même temps il ordonna des
DEPUIS l547 JtrSQU EN 15^4' 78
levées cob^dérables en Allemagne^ et il fit venir six i557« mille Suisses qui avoient été destinés pour TJtalie. Sentant le besoin de mettre à la tête des troupes un homm^ dont la brillante réputation pût leur rendre Tespé-» rance et le courage ^ il rappela le duc de Gui^e, au-^ quel il donna le titre de lieutenaùt-général des armées*
Douze gialères de Marseille durent aller chercher ce prince; et Scipion, écuyer du monarque ^ chargé de porter ses ordres > partit en tonte diligence pour Borne. Les ennemis des Guise ne virent pas sans dépit que rien ne pourroit désarmais balancer leur puissance , et que toutes les forces du royaume alloient tomber en** tre leurs mains. Ils insinuèrent que le cardinal dé Lorraine , entièrement étranger au métier de la guerre f ne pourroit sauver TEtat dans des circonstances si diF^ ficiles : mais leurs discours malins ioumèrent^ sans . qu'ils s*y attendiss^eut, au profit de la cause commune; car les succès qu'on obtint furent attribués au Roi seul^ dont la conduite y aussi sage qu'héroïque^ inspira le plus vif enthousiasme. Cependant ces dispositions n'em*^ péchèrent pas les troupes de Philippe de s'eUiparer de Ham y de Noy on et de (^hauny^ qui furent le ferme de leurs conquêtes.
Tandis que le Roi formoit h Compiègne une nou-velie armée, Catherine de Médicis^ restée à Paris^Te^ kvoit le courage des habitans, qui , ayant appris la nouvelle de la défaite de Sainte Quentin ^ s'étoient figurés que l'ennemi atloit être bientôt à leurs portes. ^ Cette princesse, jusque là sans crédit, sans puissance, et sacrifiée à une maîtresse qui possédoit entièrement le coeur de $on époux, profita de l'impossibilité o& étoit sa rivale de se montrer décemment au peuple dans
ij4 lîîTRODTJCTIOTf AUX MÉMOIRES
1557. ^^ P^^^ ^^ détresse, pour essayer d'acquérir dans lé gouvernement l'influence qu'elle crayoil lui être due. Elle parut en public avec une suite peu nombreuse^ parcourut les rués d'un air tranquille et serein, et vint à l'hôtel de ville , où les principaux citoyens étoient assemblés. « Elle leur parla, dit un contempo- « rain, avec tant d'éloqueuce , et leur fit si bien et si « dignement entendre ce malheur, et le grand besoia « que le Koy avoit de Fayde et secours de ses bons et « féaux serviteurs, qu'ils, lui accordèrent trente mille (c livres pour souldoyer dix mille hommes trois mois fc durant. » Cette démarche laissa une profonde im* pression dan& l'esprit du peuple, qui^ frappé du caractère que déployoit l'épouse légitimé de son Roi^ pnt en aversion la maîtresse qu'il lui préféroit; et tel fut le premier échelon par où. Catherine de Médicis parvint dans la suite au faîte de la puissance.
Lorsque l'écuyer chargé de porter au duc de Guise les dépêches du,Roi, arriva à Rome, ce prince se trouvoit dans la situation la plus critique. Paul IV^ ayant changé de réscdution^ s'étoit rapproché du roi d'Espagne; une tentative sur Civi^lk avoit échoué^ et le général français ^ se croyant trahi par .le cardinal Carafiè, neveu du Pape, s'étoit oublié jusqu'à le frapper: violence qui avoit accéléré la conclusion du traité qu'il redoutoit (0. Ainsi les nouvelles désasti^uses qu'on lui. apportoit, le tirèrent d'un embarras qui n'âoit pas sans danger ; et, très-flatté d'être appelé à la première place du royaume, il se hâta de partir pour lai France: Tavannes, qui le suivoit, s'arrêta en Rour«
(0 Le traité entre Paul FV et les ambassadeurs de Plûlippe fut sigfké le t4 septembre 1557.
DEPUIS i547 jusqu'en i594« 75
gagne y et fortifia la ville de Dijon^ où Falarme s'étoit 1557. i répandue.
Le duc de Guise, devenu Tespoir des Français , re* cueillit sur son passage les applaudissemens et les acclamations des peuples. Il salua le Roi à Saint-Ger-main vers le milieu d'octobre, et désormais il fut uniquement chargé des aOaires de la guerre, tandis que son frère le cardinal dirigea seul toute Tadminis* tration civile. Un conseil fut tenu pour déterminer le plan qui seroit suivi dans la campagne d'hiver qu'on alloit ouvrir. Le lieutenant-général représenta que le pays étant ruiné autour des places nouvellement prises par les Espagnols, il seroit imprudent de s'y engager, et que du reste on ne devoit pas craindre qu'ils fissent des progi^ès. de ce côté, puisque leur roi Philippe, craignant la mauvaise saison, venpit^ de se retirer à Cambray. Il observa que les choses que les ennemis tenoient les plus asseuréès, seraient probablement les Gaspard A moins gardées, et mettant en avant le projet hardi ^leJigYillc d'essayer une conquête au montent où une partie de liv. 7. la France étoit envahie, il proposa d'attaquer Calais, Ji^^s, qui appartenoit aux Anglais depuis le règne de Phir Rabutin , lippe de Valois. L'ascendant dii duc de Guise, la l»v. 9-, confiance absolue qu'on avoît en lui firent adopter La^^^tre. cette proposition ; et le secret en fut religieusement gardé.
Le premier janvier 1 558, le lieutenant -général se i558. mit en campagne avec ujie armée plus :nombrei;Kse que celle qui avoit été défaite à Saint-:Quenùn. Il feignit d'abord de se porter vers la Champagne , puis il tournai tout-à-coup du côté de la Picardie. S'étant approché de Calais sans éprouver presque aucune résistance, il
ng' IjrTRODtJCTION AUX MÉMOîKfiS
i558. s'empâta de deuxforts, doûtruniiïtênoinpoïtlc^dôîft-i munications de la place avec l'Angleterre, et dontl'aa* tre l'empêchoit de pouvoir recevoir aucun secours par la Flandre. Le lord Weutvorth, gouverneur de Calais, voulut en vain se défendre: sa garnison étoit peu nombreuse, et les munitions lui madquoiént. Il se trouva obligé de traitei*, et Gaspard de Tavàimes, chargé de négocier avec lui, dicta une capitulation extrêmement f igoureuse pour les vaincus; car la populatioo entière de la ville fut obligée d'en Sortir. Giiise y établit une colonie tirée des provinces vc»sinea^ et cette ville de-* vint toute firançiaise^.
Une entreprise si hardie ^ exécutée six mois après une délaite, et au milieu d'un hiver rigoureux,, rélevd le courage des Français, leur inspira une confiancé^ qui ne d^énéra point ea présomption,, et le duc dé^ Guise fut considéré comsie le libérateur de s(m pays-
Au moment oh cette expédition comménçoit, le Rot avoit convoqué les- états-généraux à Paris, afin d'ob^ tenir des secours èxtFa(»*dinaices^ Daii& cette assemblée, dont le gouvememeni voulut augmenter Tinfluence par 1# concours des parlemens, la magistratureforma, pouv la première fois, un quatrième ordre. Par l'organe du cardinal de LcH-raine, le fioi autorisa sel sujets à lui faire deâ doléances», et exposa les Besoini^ pressans de l'Etat^ qui exigeoient un emprunt de troii millions d'oF;. Les quatre ordres, anknés du patriotisme le plus pur, s^abstinrent , dans lin moment si crt^ tique,, de parler di^ abus, et répondirent avec en* thousiasme aux désivs du monarque. H fut conventi que les trois preiniers donneroient les deux tiers de lat somme , et que le reste seroH fourni par les communes*
-DEPUIS l547 JUSQXJ^EN i594* ^7
Le mode de répartition de ce troisième tiers excita x558. quelque discussion dans le quatrième ordre t on a^oit d'abord pensé que les villes pourroient présenter deux mille personnes qui déposeroient chacune mille écus : mais leurs députés firent judicieusement <d)server guil étoit impossible de pouvoir oognoistre les facultés des particuliers^ et que tel a réputation d'avoir argent^ qui nen^ a point. On délibéroit avec chaleur sur cet objet y lorsque la nouvelle de la prise de Calais aplanit toutes les difficultés. Chaque ville adopta un mode particulier de cotisation; et le tiers-^tat déclara en se séparant u que si les trois millions ne suflisoient pas ff pour contraindre Fennemi à faire une bonne paix, il 0 exposer oit tout le demeurant de ses biens et personnes K pour le service du Roy. » ' .
. Le crédit du duc de Guise étant parvenu au plus haut degré y il en profita pour faire conclure le mariage de sa nièce Marie Stuart, âgée de seize ans, avec le jeune dauphin François : on a vu que cette princesse avoît été amenée eh France dix ans auparavant, et fiancée dans le même temps à Théritier de la Couronne : mais le Connétable de Montmorency, craignant l'ascendant des Guise, s'étoit constamment opposé à ce que cet engagement fût rempli ; son éloignement^ causé par sa prison, fit oublier au Roi les sages représentations qu'il lui avoit autrefois adressées; et le lieutenant-général des armées devint Toncle du Dauphin [&4 avril].
. Animé par tant de succès, le duc de Guise alla mettre le siège devant Thionville, dont la garnison lavageoit s^ns cesse les environs de Metz. Il étoit ac« compagne du maréchal de Strozzi, parent de Cathe-
•^8 INTRODUCTION AUX MÉHOIREd
,1559. rine de M^dicis, guerrier célèbre. Les attaques furent dirigées avec autant d'ardeur que d'habileté; mais La défense fut opiniâtre. Strozzi, qui commandoit l'ar— .tillerie^ fut blessé à mort d'un coup de mousquet; et à ses derniers momens il montra une impiété. froide, qui,. très-rare à cette époque, excita Tétonnement et l'horreur de l'armée ; enfin la ville se rendit [28 juin] , et, comme à Calais^ on en fit sortir toute la population.
Cet avantage, auquel 00 navoit osé s'attendre, fut balancé par un revers. Paul de Thermes venoit d'obtenir le bâton de maréchal de France, laissé vacant par. Strozzi : chargé du commandement important de Calais, il en sortit à la fin de juin, et s'empara sans beaucoup de peine de Bergues et de Dunkerque. Au moment où il menaçôit Gravelines, il fut attaqué à l'improviste par le comte d'Egmont , général de Philippe II. Les Français eurent d'abord du succès; mais, s'étant ti'pp avancés, ils furent accablés par une réserve ennemie ; et le maréchal , après s'être défendu avec courage, fut blessé et fait prisonnier [i3 juUlel]« Cet échec , qui ranima l'ardeur des Espagnols , ne compromit pas néanmoins les conquêtes qu'on avoit faites sur eux : il rétablit la balance que, depuis le commencement de cette année, le duc de Guise avoit fait pencher, en faveur des Français.
Cependant des négociations avoient été entamées pour la paix. La duchesse douairière , Christine de Lor« raine, dont le fils avoit été enlevé à Nancy en iSSa, pour être élevé à la cour de France, la désiroit vivement, ,et ofTroit d'en être médiatrice. En même temps, un moine de Metz avoit été secrètement envoyé par>
DEPUIS i547 jusqu'en 1594. 39
Viellleville à Philippe II, dont il étoit parvepu à éveil- i558. 1er les scrupules sur une guerre qui désormais ne pouvoit avoir d'autre résultat que de faire couler inutilement le sang des Chrétiens. Henri II étoit disposé à traiter : mais la reine Marie d'Angleterre, épouse de Philippe, ne vouloit entendre à aucun airangement, si préalablement Calais ne lui étoit rendu. Cette oppositioB n^empêcha pas que des conférences ne s'ouvrissent dans l'abbaye de Cercamp. Le connétable, mis en liberté sur parole, vint trouver le Roi son maître, et jaloux des succès qu'avoit obtenus le duc de Guise, il ne négligea rien pour lui inspirer des sentimens pacifiques.
La mort de Marie, qui arriva le 1 7 novembre, aplanit la principale difficulté qui s'opposoit à la paix; et Elizabeth, sa sœur, qui lui succéda, se trouva trop occupée dans ses Etats pour insister sur la restitution de Calais. Le congrès quitta Cercamp un mois Gaspard de après, et se réunit au commencement de janvier i SSg , Yj^iikville à Cateau-Cambrésis, pour terminer promptetnent une liv. 7. lutte dont tout le monde étoit fatigué : les plénipotenr . ï^«l>«*™ » tiaires français furent le connétable, le maréchal de Saint-André et Vieilleyille.
Le Roi, dès le commencement de son règne, avoit xSSq* adopté la résolution d'augmenter son royaume du côté de TAllemagne, et de recouvrer les places que les Anglais conservoient encore sur le territoire français, plutôt que de défendre ses possessions d'Italie. Il n'avoit dérogé qu'une seule fois à ce système , en adhérant aux propositions trompeuses de Paul IV, et en chargeant le duc de Guise de faire la conquête de Naples, ^Qtitprise qui avoit été suivie des plus grands désastres.
80 IlTTRODtrCTION kVX MÉH0IRE6
iSSg. Maintenant l'occasion Aoit très-favorable pour ex^o» ter ce plan ; car U France , à la suite d'une guerre dont les chances s*étoient souvent montrées fort incertaines, avoit acauis les trois évéchés^ et s'étoit emparée de Bpulogne et de Calais. Philippe ^ prenant peu d'intérêt à FEmpire qu'il voyoit avec regret entl^e les maitis de son frère Ferdinand , et n'ayant plus aucune influence en Angleterre depuis la mortv de Marie ^ étoit fort disposé à traiter sur cette base, pourvu que les Français évacuassent l'Italie.
Mais le. duc de Guise et ses partisans s^élevoient avec indignation contre un arrangement qui leur sembloit déshonorant pour leur pays. Ils furent fortement se-, coudés par BrissaCy qui ^ presque abandonné dans son gouvernement de Piémont , ne s'y étoit maintenu que ' par des prodiges de constance et de valeur. Aussitôt que ce gâiéral eut appris quelle tournure prenoient les négociations y il fit partir Villars^ son homme de confiance y pour présenter au Roi les remontrances lés plus vives; et le monarque en parut si frappé ^ qu'il autorisa cet envoyé à prendre part aux conférences. Villai-s ne put empêcher l'exécution d'un dessein arrêté depuis long-temps; et le traité de Cateau-CambrésiSy par lequel la France cpnservoit les trois évêchéSy ainsi que Boulogne et Calais , en rendant^ au prince de Savoie ses Etats , à l'exception de quelques places et du marquisat de Saluées , fut signé par les plénipotentiaires français , espagnols et anglais ^ le 3 avril i559 (0.
(>) Les places retenues au prince Emmanuel Philibert de Savoie , lui furent rendues, partie en i56a , panCliarles ÎX , partie en 1674 9 p«r Henri III. Le marquisat de Salaces fut reeou?sé par son Sh^ Gbarlee
DEPUIS l547 JI7SQU*£]I iS^i» ,Sl
Cette pacification remplit le peuple de joie^ mais x55g. désçspéra les principaux officiers des arniees ^ qui espéroient faire sous le duc de Guise les expéditions les plus brillantes. <iQ misérable France , s'écria Brissac^ « en en recevant la nouvelle; à quelle perte et à quelle « ruine f es-tu laissé ainsy réduire, toi qui triomphois «par sus toutes les nations de TEurope! » Brissac n'eut que deux mois pour démolir les places qu'il avoit défendues avec tant de courage pendant neuf ans j et il se plaignit surtout de ce que le ministère avoit poussé riosouciance jusqu'à ne pas faire comprendre dans le traité les Piemontais qui avoient eiïibrassé le paiti de la Frappe.
Cette paix fut cimentée par des mariages. Quelques jours avant qti'elle fût signée [i 5 février] , la princesse Claude , seconde fille du Roi , épousa le jeune duc de Lorraine , Charles , dont la mère avoit beaucoup influé sur les négociations : Elizabeth, son aînée, autrefois promise à don Carlos, fils de Philippe II, fut destinée à ce monarque, devenu libre depuis cinq mois, par la mort de Marie ,. reine d'Angleterre; et Marguerite , sœur du Roi, âgée de. quarante ans, dut aller régner en Piémont, après Avoir donné sa main au prince Emmanuel-Philibert de Savoie, qui avoit remporté U victoire de Saint-Quentin.
Des conventions secrètes furent faites en même temps entre les rois de France et d'Espagne,*«t elles eurent pour objet la religion. Pendant la dernière
Emmanudy pendant les troubles de la ligue; ce qui occasionna, ^elipies années après , une guerre , à la suite de laquelle Henri IV échangea ce marquisat contre la Bresse , qui, depuis cette époque > a été réonie à la fVanoe.
8^ iHT>ODtJÈf ION AtJS nIÉMOIREë
i5S^9' gù^rre'^ te {)i^oteâlâfi|tiÉ»taé s éidt étendu eiî France et dans lés Pays-Bas : lé£( deux lâdtiàr^tiea^ 0(k:iipe$ uoiqtieiiietit de leurs eitpédilidus iAi\kàite$f li'avoient pu le téprlmer que foiblettiént^ et il tôâsmefiçoit^ se glisser datnsles hautes classes de la mciéiéf qm^ (aurmen*tées par le fnécoutenteiiïeut et rambiiioti y en faisoiént un objet de spéculation purement poliiique.' La reine de Nararre, Jeanne d'Âlbfet) dont k Qh, qui fut depuis Henri lY^ étoit alons âgé de neuf ans, avoit en-^ traîné dans et parti Antoine de Bourbon^ ioh épout. Le prince de Gondé f frère d'Antoine ^ s'y étoit livré aii^ed chaleur ; et d' Andelotavoit.osé déclarer à Henri II qu'il ne tenoit plus à la religion de ses pères; tj|inérité qui loi eût coûté la vie, s'il n'avoit été prot%^^paf le connétable, dont il étoiti neveu. Lès d^uië monarques^ lâenaoés égâ^eàieni par une faction qui acquéroit chaque jour de nouvelles forces ^ s'engagèrent réciproque** tnent à prendre des mesures quils né croy oient que sévèi*es ^ et le duc d* Albe ^ a^ent ennemi de la nou-^ Telle secte ^ vint en France au mois de mai , en qualité d'dmbassadeuk*^ afin de concertèi' la marche qui s^'oit suivie*
Cette fésolutidn^ qui fut communiquée au duc de Guisé'^ qu'oïl f eg-afdoil en France comme le plus ferme appui de la religion catholique^ lé eoàsdla du ehagrii» qu'il avôit épYoUvé en se Vdyant ari'été dans le cottrs de ëes exploits} et il se flatta, non sans raison , de jouer tiQ grand rôle au milieu des ti'Oubl^s qui se prépa-^ roient. Le cardinal de Lorraine, aussi habile et plus emporté qUè lui , pressa ïe Roî d'exécuter promptement les engagemens qu'il avoit contractés; et le monarque, se trouvant à Ecouen, publia un édit par4e-
i>ipuis i547 Ju»Qu*EN 1594. 83-
quel il était "of^onlfKf aux pàrlemens de condamner à . i^^g-^ lûdrt toate personne eonvamcue d*avoir embrassé la rel^on nouvelle.
Cet acte, quoique enregistré sans i^emontrances ecu parlement dé Paris, y fit naître beaucoup de mùrmtireis, tant parce que les personnes modérées trouvoient la loi trop rigoureuse , que parce que ce corps coiftptoit quelques 'membres attachés secrètement à rhérésîe. Il résulta de Celte disposition, que*les magiistrats montrèrent pour presque tous les accusés une indtdgence qui excita le ressentiment du Roi. Conseillé par lé' cardinal de Lorraine, il résolut d*àller au palais, et d'y faire arrêter sous ses jpeux les juges qu'il àceusoit de prévarication. Ce projet, quoique combatla par Viéilleville, qui représenta en vain qu'un rdi ne devoit pas s*abaisser au rôle d'inquisiteur, fût exécuté dans les premiers jours de juin. Henri parut au pëflemeni dans tout l'appareil de la royauté, et, ^h&woir adressé aux magistrats des reproches amers, ï donna T^^rdré à sa garde de se saisir de six conseillers <|ui lui avoient été dénoncés comme les chefs de Topposkion. Parmi eux se trouvoit le fameux Dubourg, homme instruit, magistrat intègre, mais poussant jus- ^'au fanatisme son enthousiasme pour les nouvelles doctrines. Ce coup d^tat,qui sembloit contraire à la douceur babituelle du Roi, répandit la terreur parini les Protestans , mais les avertit en même temps qu'il failoit plus que jamais songer à former entre eux tme confédération capable de résister à l'autorité qui voU-' feit les accabler.
Ce fiit au milieu de la fermentation excitée parTar-' l'eâation des miagistrats, que se célébrèrent avec une
.84 ïîftllÔpXJCTîON AUX MÉJtOIïlÈS
xS5g. gçande magnificeace les noces d'Ëlizab^th^ fille .du Bpi, avec Philippe II : cette princeçse^ dçstiaée à.de grands malheurs, fut conduite à Tautel pajr le duc d'Albe [26 juin]. Quelques jours après, le prince Emmanuel-Philibert de Savoie arriva dans la capitale ^ pour épouser Marguerite , soeur du Roi, quî lui avoit ^té promise par le dernier traité. On prépara de nouvelles fêtes, plus brillantes encere que celles qui avoient éuHieu pour le mariage d'Ëlizabeth , et le Roi troulut figurer lui-même dans les tournois. La mort Vy attendent ; s'étant obstiné ^ malgré les prières de $on épouse, à lutter, la visière ouverte, contre le comte de Montgommery, l'un de ses capitaines des gardes ^ il fut frappé <l'un tronçon de lance au-dessus .du sourcil de l'œil droit [3o juin]. Sa blessure ne lais$oit aucune espérance ^' cependant: on parvint à prolonger sa vie durant pnze jours, et il ne mourut que le, 10 juillet. Tandis :qu'il Inttoit contre la .mort, sa sœur, dont il étoit tendrement aimé, mais qui craign<3|it que les troubles du nouveau règne ne rompissent, les .ar* rangemens pris avec le prince de Savoie, épousa ce prince sans aucune pompe, et partit avec lui aussitôt que les. yeux du Roi furent fermés.
Henri II posséda toutes les qualités d'un grand prince; mais des défauts essentiels l'empechè^^ent presque toujours d'en faire usage. S'il put exécuter de çpn vivant la grande pensée d'agrandir solidement çon i^oyaume pai' des conquêtes et des acquisitions faciles a conserver, il prépara, par sa complaisance aveugle pour sa maîtressie et ses ministres, par ses prodigalités excessives, et par. la licence qu'il laissa régner à sa cour, les désastres qui dévoient ensanglanter les rè-
BBfûis ï547 J^*Q^*EN ^Sgif. 85
gnés de ses trois iSls, et tx>n sommer la ruiûe entière i55g« de la branche des Yallois. Oubliant lès sages conseils que François I lui avoit donnés en motirant^ îi éleva les Guise et les Montmorency, et mit presque entre leurs mains les arfnes dont ils dévoient se servir con« tre ses enfans. Ayant, à Tégard des mœurs de ses courtisans, rindulgence donf; il sentoit quil avoit besoin pour les siennes, il soufirit que les hommes et les femmes de sa' coût se livrassent à une dépravation qui, sous raj^rénce delà mollesse et de- la volupté^ s'allie, quand Toccasi on i^'en présente, aux passons, les plus féroces; enfin, ne' sachant rien refuser aux personnes qu'il aimoit, il répandit avec pirofîision les trésors du royaume, et l'endetta de quarante -deux nûIUons/ Son administration fpible et violente, dé^ pourvue d'^semble et marchant presque au hasatd ; étoit une énigme pour les étrà;igers, qui He pouvoieni ' concevoir que la France eût pu non seulement se re^ Tavannes.
lever de ses revers, mais obtenir des succès éclataiis; Vieillevillc^
et cJest ce qui faisoit dire à Charles -Quint : « 11 n'y a yi^^s liy. le nation au monde qui fasse plus^pour sa ruine que la' 7, lo et n. «française, et néantmoins tout lui tourne à salut,' .. ^^^^' « Dieu ayant en protection particulière le Roy et le Castelnau> t royaume. » l»v» i.