REGNE DE CHARLES IX
Charles IX avoit dix ans lorsqu'il parvint au trône* iSgi. Catherine de Médicis, sa mère, qui ti^aitoit depuis quelques joui'ç avec le roi de Navarre , s'accorda bientôt aveclui, et parut lui accorder une portion consi^ dérable.du pouvoir. Il fut fait lieutenant-général, du royaume, et eut à ce titre le commandement des trpupes : mais Catherine, s'étant réservé la direction des affaires ecclésiastiques et civiles , possédoit réellement lessentiel de la puissance. Elle s'assura d'ailleurs de ce priiiçe foible et volujptueux,. en favorisant son pân-
^ IJfTRODtJGTIOV AUX BlÉMOIllEé
1 56i • chant polir mademoiselle de Rouhet y Tune de ses Glies d'honneur; manège avec lequel elle attira souvent depuis les princes et les sei^éurs dont elle rédontoit Topposition.
Le connétable arriva bientôt à Orléans^ et congédiai les troupes qu'on avoit rassemblées : alors te pouvoir des Guise sembla renversé pom* jamais; ils quittèrent le ministère; et les états, qu^ils avôient rassemblés pour- Texécution de leurs projets ambitieux, devinrent les^ instrùmens de leurs ennemis. Mais Catherine^ ne vou-lant pas être dominée par les Protestans qu'elle avoit soutenus dans leur disgrâce , ne laissa pas tomber en-' tièrement les ministres que les Catholiques recotinoissoient pour leurs chefs. Ils conservèrent à la Cour une' grande influence, n'eurent d'aufre sacrifice à faire que" celui de leur nièce Marie Stuart, veuve du feu Roi,* qui partit bientôt pour l'Ecosse, et purent, grâce à la politique adoptée parla mère de Charles IX, attendit dans une position favorable l'occasion de se remettre à la tête des affaires.
Le prince de Condé, irrité des persécutions qu'il venoit d'éprouver, ne se contenta pas de sortir de prison : il voulut que sa cause ftut plaidée devant le {Parlement de Paris, et sa justification complète fut pour son parti un triomphe décisif. Il feignit ensuite , aux sollicitations de Catherine, de se réconcilier avec lé duc de Guise : mais ces deux rivaux laissèrent,' même en s'embrassant , éclater les sentimens de rage dont ils étoient animés.
Tandis que la politique de la reine mère pfepàroît l'es désastres dont le royaume devoît être désolé pendaat trente ans, la Cour de cette princesse of!roit une
magmiicâliçe . et on luxe dont on n'avoît pds encore x56i. eu d'idée^ et qui se maîntiûrent jusqu a sa mort ^ au miUéa des calamités les plus horribles. Les plaisirs s*y méloîent k des intrigues sanguinaires ; les projets dé trahison et d'as^ssinat se concevoient dans des con^ versatioDS galantes, et la corruption profonde qui ré* gnoit semf>loit ajouter à la violence des passions politiques dont toutes les téteS étoient exaltées. CTest surtout par les fêtes données dans des circonstances oh il importent de séduire quelque chef de parti, qu'on peut juger avec quel art ies pièges les plus dangereux étoient tendus.
Il y avoit deut espèces de danses, exécutées par les filles de la Reine, et qui réutiissoient tout ce que la Yolùpié peut avoir d'attraits. L^une, appelée la gaiU lérde, développoit parfaitement les grâces de ces jeunes personnes; et un contemporain s'étend avec complaisance sur leurs cabrioles^ tours et détours J fleurettes drues et menues j bonds et saults fort legiers et adtùits. li'auti'e, nommée la volte, produisoit sur les sens un efièt encore plus sûr. ce Car, ajoute le même « auteur, Thomme et la femme, s'estant embrassés toute \6iàt^ de trois en quatre pas, ne faisoient que tourner, ' « virer, s'entre soulever et bondir. »
Catherine ne se bornoit pas à exercer cette sorte dHufluénee sur les hommes de sa Cour ; elle vouloit encore s'emparer par le même moyen des' enfans qui tenoient à de gtàndes familles : à peine entroient-ils dans l'adolescence, qu^elle leur' choisissoit des maU tresses parmi ses filles d'honneur; et ces personnes^ fort expérimentées, sous le prétexte de donner à leurs jeunes amans Fusage du monde, s'emparoient de leurs
96 IJNTRODUGTION AUX MÉMOIRES
i56i. cœurs y et les disposoient à suivre aveuglement les volontés de la Reine. Il y avoit cependant plus d'un mécompte dans ce calcul ^ car il arrivoit souvent que ces seigneurs, parvenus à l'âge où Ton réfléchit , s'indignoient du joug qui leur avoit été imposé, et saisissoient la première occasion de le secouer.
Les enfans de Catherine de Médicis étoient élevés dans cette école funeste. De dix qu elle avoit eus^ il il lui en restoit six. Ëlizabeth Tainée avoit été maiiée deux ans auparavant à Philippe II ; Claude, qui la suivoit, étoit devenue duchesse de Lorraine, et résidoit presque toujours auprès de sa mère; Chailes IX , qui entroit dans sa onzième année , annonçoit un caractère violent, et les personnes chargées de son éducation, admirant ce défaut, si dangereux dans un roi, ny voy oient que des marques de la force de son caractère; le duc d'Anjou et le duc d'Âlençon, encore dans leur première enfance, étoient formés à une yie molle et efféminée ; et Marguerite de Valois ^ à peu près du même âge qu'eux, montroit déjà un goût très-prononcé pour l'intrigue, joint à un esprit vif et brillant.
La faveur dont le prince de Condé et Coligny, chefs du parti protestant, paroissoient jouir à la Cour, n'empêchoit pas la Reine d'avoir l'air de vouloir réprimer ce parti, qui se montroit fort entreprenant dans les provinces méridionales. Biaise de Montluç, célèbre par la défense de Sienne, et dont le frère, évêque. de Yaleuce , penchoit vers les nouvelles opinions , fut envoyé en Guyenne avec des instructions rigoureuses; mais on eut soin de lui adjoindre deux conseillers au parlement de Paris, anciens partisans d'Anne Du-
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botttg» ^i, contru'iajlt sans cesse les ojpératic»i& du lâÇi, général^ aigrinent, son caractère , au point <le Feu* traîner par la suite aux plus horribles excès.
Lies Protesians , enhardis par leurs succès « demaii^ dèreiO; Tentière liberté de religion ^ ^t la faculté dV voir des temples. Cette requête , qui fttt renvoyée au parlement, y e&cità les débals les plus vifs, et la faction des BOvaJieufs s'y montra plus nombreuse qu^dU ae Favoit jaiAis été ^ ce qui détermina le chancelier ^ dont le caractère généreux et tolérant' ne pénétroit pas les vues secrètes de Catherine de Médicis , à pré«* vernir la guerre civile pi^r un rapprochement entre les deux partis. Ce fut dai^ cette vue qu'il publia Fédit de juillety qui provisoirement déroboit les Protesians aux persécutions y et qu'il indiqua, une conférence entre les évéques et les ministres de la réforme. Ces palliatiÊ ne calmèrent pas les Protestans , et donnèrent aux Catholiques les inquiétudes les plus sé^ rieuses. Le connétable de Montmorency, fidèle à là foi de ses pères, s'indigna de ce qu'on mettoit les deux religions sur la même ligne ; et jusqu'al(Mrs lié d'in-» térét avec le prince de Condé et Coligny, il se sépara d'eux pour contracter les liaisons les plus intimes avec le duc de Guise, son ennemi : il entraîna dans cette démarche le maréchal de Saint André, ancien, fevori de Henri II; et leur a^ociation, qui prit le nom de trmmyirat , devint puissante et redoutable.
EUe n'empêcha pas cependant que la conférence indiquée par le chancelier, ne s'ouvrit à Poissy, le 9 sept^nbre, dans le réfectoire de l'abbaye. LesPro^ testans, qu'on savoit.favcMrisés par la Cour, voyoient chaque ^our s'augmenter le nombre deleurfr partie 20. n^
qS I«TIU>DVGTiOM AUX IkiÉMÔIttCS
i56i. sans. Leur doctrine, déjà séduisante par Tatta-ait de la nouveauté; le devenoit encore davantage par Fart avec lequel ils savoient la répandre. « Ils preschoient «en françois, dit Castelnau , sans alléguer aulcun « latin , et peu souvent des textes de l'Evangile , et <c commençoient ordinairement leurs sermons contre te lès abus de l'Eglise, qu'aucun Catholique prudent te ne voudroit défendre. Mais de là ils entroient, ponù « la plupart, en invectiver, et à là fin te leurs pres- « ches, faisoià[itdes prières et chantoient des psaumes €c en rimes françoises , avec la musique et quantité « de belles voix , dont plusieurs demeuroient bien ic édifiés , comme désireux de choses nouvelles ; de 4c isorte que lé nombre croissoit tous les jours. l Bussjr te se parloit des abus et d^une réformation , de faire <( des aumônes, et choses semblables, qui occasion- « nërent plusieurs Catholiques dé se ranger de ce « party. » Cette espèce de vogue qu'obtenoient les idées nouvelles, rendoit fort dangereux pour l'ancieiine religion un colloque oh les ministres ne manqueroient pas de faire valoir tous leurs avantages* " Théodore de Bèze , ami et disciple de Calvin , y parut avec douze de ses collègues. Là, en pi'ésence de Catherine de Médicis, du Roi, des jeunes princes ses frères, de toute la Cour, et d*un grand nombre de prélats , il prononça du ton le plus recueilli un dis» cours artificieux qu'il termina en disant que le corps de Jésus-^Christ est autant éloigné de l'hostie, que le ciel l'est de la terre : proposition qui excita un grand tumulte dans l'assemblée. Le cardinal Se Toumon , ancien ministre . de François. I , ne put contenir son iadignaûon ; ce vénérable vieillard se jeta aux genoux
DEPUIS 1 547 '^sQ^'s^ 1^94* 99
de Charles IX, et lui dit : « Qu'il ne devoit plus ouïr i56f «c tant de blasphèmes contre Thonneur de Dieu et de « son saint Evangile. » Il le conjura j au nom de tous les prélats présens , « de ne croire en des propos si «scandaleux; au contraire , que Sa Majesté ne se ce devoit départir d'un seul point de la foy catliolique^i « où tant de roys ses prédécesseurs avoient honora^ « blâment et heureusement vescu, et y estoient morts- «constamment. » Le cardinal de Lorraine, .très-ha^ bile théologien, réfuta Théodore de Bèze d'une manière victorieuse; et il sut profiter des aveux qu'il venoit de faire , pour le mettre en contradiction avec les Protestans de la confession d'Augsbourg. Ce fut Tunique fruit que les Catholiques tirèreilt de cette conférence, qui, au lieu de calmer les esprits, ne fit que les enflammer davantage^ Gaspard de Tavannes disoit malignement qu'en ce débat les éi^esques et les ministres protestans a%^ient été parties^ et que Ides enfans s'étaient troui/és les juges.
Le colloque de Poissy ayant été clos le â 5 novembre, des troubles afireux éclatèrent à Paris et datisles provinces. Les Protestans, protégés en secret par le gouvernement, eurent des tetnples dans la capitale, et une foule considérable y courut, plutôt par curiosité que par conviction. Au milieu de ce désordre, une ([uerelle s'éleva entre les paroissiens de Saint-Médard, et les disciples d'un ministre qui venoit d'ouvrir un oratoire dans le voisinage» On se battit à outrance^ le sang coula, et les Protestans, soutenus par le guet, remportèrent Sur les Catholiques une victoire Complète.
Ces excès n'approchoient pas de ceux qui se com^
i56i, mettokht à Montpellier et à Ntmes^ à peu près dans le même temps. Dès le mois de juillet i56o^ Jean de La Chaume y célèbre ministre de Genève , étoit arrivé dans la première' de ces villes^ oh son éloquence fou* gueuse et entraînante lui avoit fait un grand nombre de partisans. Ces sectaires ^ réprimés avec sévérité parle ministère des Guise, sous François II, s^étoient relevés avec audace , aussitôt qu'ils avoient vu <:e ministère k-enversé; et les feunes gens se montroient sun* tout enthousiastes forcenés de leurs opinions. Tous lés soirs , ils se promenoient dans les rues, armés de gros bâtons, auxquels on avoit donné le noia d'Espous^ Gaspard de ^^^^^^ j^ Montpellier y et ils en frappoient les wêlres
Tavannes. i- • • . • * i t:*
Vieilleville, Gt Ics rcligifeux qui Se trouvoient sur leur passage. EnliY.4et6. fjjj^ peti contetis de commettre impunément cesvîo- Marsuerite l^^^ces , ils attaquèrent Ouvertement les Catholiques, de Valois , les battirent, massacrèrent quarante chanoines dans le liv. I. foj,). Saint-Pien^e, et abolirent entièrement Fancienne
U^ 5 ' religion [19 octobre i56ï]. * Le peuple de Montpel- Castelnao, « liei^ et de Nismes, dit un contemporain, porta sa Phà' * haine jusqu'aux bonnets carrés > et les gens de justice
t( furent obligés de prendre de$ chapeaux ou des to<« « ques rondes. »
1S62. Le chancelier de L'Hôpital, persistant dans ses pro-
jets de pacification, fit publia, malgré l'opposition de presque tous les patiemens, l'édit du 17 janvier i56ïi , par lequel les Protestans purent célébrer publiquement leur culte hoi^s des villes. Cette concession importante ne les contenta pas, et ils ouvrirent partout impunément des temples. Les Cathpliques, consternés des succès de leurs ennemis ^ employoient tous les moyens pour leur résister. Les évéques et les curés
JDEPVIS i547 XUSQu'cif l5^. lot
ievinrent plus éloquens etplus persuas^s; ils pré-' 1^2.
chhtmi plas fréquemment , et s!attachèrent à ^claîrect
learsi troupeaux sur Jes erreurs dont on cberchoit à le»
iofecter» Des jeûnes extraordinaires , àio^ pèlerinages
furent ^ordonnés pour fle<^ir la colère divine. Le Pape
accorda des indulgences à tous ceux qui rempliroient
ces pieux devoks. Plusieurs J&uites, plusieurs moines
prêcheurs . parcoururent les provinces ^ y firent des
missions, et réveiUèrent le zèle religieux des pieuples/
Le concile de Trente^ interrompu depuis dix ans, fut
repris, parce que. Pie IV.craignit que le chancelier ne
véunk ai France un concile national. ^ . , .
Le roi de Navarre , à qui ses fonctions de lie«itepant^
général ne donnoient presque aucune autoiité, fol
amené par les triumvirs à prendre la défense de la
religion catholique. Us lui firent sentir quil n^auroiê
point d'influence dans la faction opposée, dont son
frère, le prince de Condé, et oit le chef. Us Téclai**
rèrent sur les artifices de Catheriile de M^icis; et^
Bidgré Tinclination qu'il conservoit encore pour ma-*
demoiselle de Rouhet, il se décida, quoique avec hér
sitation, à protéger un ailte dont son épouse, Jeanne
d'Albret, qui étoit dans le Béarn avec.son jeune (Us,
tenoit de se déclarer l'ennemie implacable^
Cette défection fit pencher entièrement la reine mère vers les Protestans, qu'elle n'avoit encore protégé$ quen secret, et elle s'empressa d'appeler le prince de Condé àPaiis : démardie qui effraya le roi de Navan'e et le connétable , et qui les détermina à faire venir aussitôt le duc de Guise, retiré alors à Joinville.
liés ordres envoyés par la Cour aux gouverneuFs des provinces, étoient souvent contradictoires. Hseé
lOa MîTRODTJCTION AUX MÉMOlKSS
i562. réduisdîent presque toujours à leur recommander dé ne prendre aucun parti, et de réprimer également les Catholiques et les religionnaires. De là un défaut absolu d*ensemble dans les melsufes, et des violences commises dans des sens divers, suivant le caractère des chefs, Tavannes en Bourgogne empêcha que l'édit de jianvier ne fût enregistré au parlement de cette province, ^sutsi bien contenir les Protestans, qu'aucun p'osa en réclamer Texécution. Montluc en. Guyenne embrassa le parti des Catholiques avec toute Timpé* luo^té de son cai*actère. Les Protestans ayant voulu le séduire par des présens, il n'en eut que plus d'hor-» reur pour eux. Il prétend, dans ses Mémoires, que ces novateurs, ne cachant point leurs sentimiens républicaine, annonçoient hautement l'intention de fouetter le jeune roy Charles JX, et de luy donner un meslier y afin, qu il gagnast sa vie comme les autres» Il ajoute que, cherchant à trpmper le peuple par de grossiers mensonges, ils lui promettoient qu'il né paie-» roit plus de taille au Roi, ni de redevances aux sei-^ gneurs. Ces torts, exagérés peut-être par Montluc, lui inspirèrent une fureur aveugle, et ilse livra contre |e$ Protestans.k d'affreuses cruautés, avant même que la guerre fût déclarée.
Cependant le duc de Guise avoit quitté Joinville pour se rendre à l'invitation du roi de Navarre et du connétable* S'étant arrêté àVassy le premier mars, ses gens prirent dispute avec des Protestans qui alloient au prêche : on se battit avec fureur : le duc pa* rut pour rétablir le calme ; il fut blessé, et ses domestiques, voyaDt couler son sang , massacrèrent inbuinainemeftt leurs adversaires. Les premières causes
DEPUIS l547 lUSQu'jBN. l594* ^o'i
de cet événement y qui fut le signa). d*une guerriç i56a. allumée déjà sur plusieurs points ^ n'ont jamais été bien connues , quoiqu'il en existe une multitude de relations écrites par des hommes d'une opinion opposée ; et. cependant le chancelier de L'Hôpital; prér veau contre les Guise ^ donna le tort aux Catholiques, Peu de jours après [le ao mars}, \s duc de Guise fit soa entrée à Paris, où se trouvoit le prince de Condé: il y fut reçu avec acclamation* par un peuple entiè* remeôt revenu de l'enthousiasme qu'il avoit témoigné l'année précédente pour les opinions nouvelles ; et son rival ^ presque abandonné, fut obligé de se cantonner .au faubourg Saint- Jacques , d'où il partit bientôt dans l'espeir d'ei^ever le Roi, à l'aide des intelligences qu'il avoit à la Corn*.
Cette Cottr, qui se trouvoit à Fontainebleau , étoit plus divisée que jamais. Catherûie agissoit presque ou^ vertement en fs^eur des Protestans, tandis que le ik>î Àe Navarre, le connétable et le duc de Guise se pré* paroient à leur faire une guerre terrible. Sur ces entrefaites, on apprit qu'une troupe considérable, commandée par le prince de Condé, menaçoit Foi>tainebleau , oùt l'on n'avoit pris aucune, mesure de défense. La reine mère rassura son jeune fils-, et montra une sécurité qu'elle n'auroit pas eue, si elle ne se fût pas entendue avec le prince. Mais le connétable, naturellement emporté,, et disposant dans ce moment de toute la fi^ce militaire, soas les ordres du roi de Navarre, ordonna que la Cour partit sur-le-champ |>oùr.Melun ; et comme les domestiques de Catherine Aontroient quelque hésitation, il menaça, dit uAConr iemporain^ de donner des coups. de bâton «ta ceux qui
I04 INTRODVCTIOir AlTX MÉMOIILSS
1 5&»* « refuseroieBt de détendre le Ut du Roy ^ ponr la crainte fc qu'ils auroient de sa mère» »
Les triumvirs, arriva à Melun, ne s'y trouvèrent pas en sûrçté, parce qu ils apprirent que la Reine avoit formé le projet de s'échapper de leurs mains» Ils con* duisirent la.Cour à Paris , b& le jeune Roi fut vmçvk avec des transports d'allégresse. Le lendemain i4^vril}^ le connétable alla saccager les temples que les Protestans avoient ouverts dans les faubourgs. Tout sembloit conspirer en faveur des Gathc4iques : mais Ca* iherin^ écrivoit à ses afiidés qu'elle étoit prisonnière > et l'on apprit bientôt que les villes de- Poitiers, de LyoU) de Bourges, de Romans et de Valence s'étoient soulevées, en vertu, dit Tavannes, <2e ses lettres se-^
crcles et commandemens. Les puissances étrangères prirent part à cette querelle; et, tand^ que l'AngleteiTC et qudiques princes d'Allemagne levoient de^ troupes pour le prince de Gondé, Philippe II, roi d'Espagne, faisoit aux Catholiques les plus belles pro^ messes*
* Les gouverneurs de province, ignorant quel parti 1^ Roi approuveront lorsqu'il seroit majeur, se trouvoient dans la position la plus embarrassante et la plus pénible* Voyant les Protestans ne plus cacher leurs me* nées > ils ne savoient s'ils dévoient les diâtier sévèrement , ou les traiter avec indulgence. « Les lettres de « messieurs de Guise, dit l'un d'eux, portoietot qu'il kc failoit tout tuer, et cdles de la Reine tout sauver» » Montluc , devenu l'objet de la haine implacable des Protestans, leur fatsoit une guerre furieuse. Secouru par un corps d'Espagnols, appuyé de presque toute la noblesse du pays, il les traitoit en rebelles; ^t ne
DEPUIS 154*7 J^fiQV'E^ ^594» to5
letir accordoit aucun quartier", ci^ qui donnoit liôu à i5ft&. d'horribles représailles. Tavannes ^ moins impétueux , maintenoit^n Bourgogne upe sorte de tranquillité : il ne coufioit les emplois qu'aux «Catholiques y ^et par une surveillance continuelle ^ il parvenoit à prévenir et à étouiler tous les complots. Dans une lettre qu il écrivoit à la Cour, il se plaint « des différentes depesic ches et commandemens contradictoires ^favorisans ce et soudain disgracians les Huguenots : il admoneste « leurs Majestés de parler franc, avec promesse de les « faiie obéir en son gouvernement ^ et d'y exalter le f( parti qui l^Hr plairoit ; il ajoute qu'il ne faut pas « que les souverains dissimulent^ et qu'au cmitraire « ils doivent commander ouvertement et al)solument^ « sans qu'il sott besoin de tant d'artifice. »
Quoique la guerre fût allumée de fait dans presque toutes les provinces, elle n'étoit pas encore déclarée» Le prince de Condé avoit publié un manifeste dans ' lequel il disoft que les triumvirs tenoient le Roi prisonnier; et ceux-ci répondoient en faisant déclarer au jeune Charles IX qu'il étoit parfaitement librev Catherine , comme mère du monarque j- avoit encore une grande influence; et c^étoit elle qui, dans l'espoir qu'un arrangement quelconque lui remeltroitle pou-» voir- entre les mains, empêchait que l'armée royale> rassemblée à Paris, ne se mit en campagne^ Mais les Protestans s'étant emparés d'Orléans et de Rouen, le vœu général tles habitans- de la capitale la força de feindre un ^rand zèle pour la cause des Catholiques.
L'armée royale se partagea en deux coi'ps , dont l'un devoit agir dans l'Orléanais , et l'autre dans la NormatMlie. La Cour suivit d'abord le premier, et la Reine,
I06 ÎKTl^ODUCTIOlf AUX MÉMOIRES
1S62. toujours empressée de négocier, obtint que des conférences auroient lieu à Toury, à Talsy et à Beaugency. £lles n*eurènt aucun résultat : mais celle de Beaugency, dans laquelle on convint d'une trêve de huit jours, fut remarquable par l'embarras où l'adresse de Catherine de Médicis sut mettre les chefs des deux partis. Le désir de gouverner seule , qui tourmentoit cette princesse, lui faisoit constamment proposer pour base d'un traité, l'éloignement des chefe catholiques et protestans : c'étoit , ^après son opinion , l'unique moyen de rétablir la paix.
Un jour le prince dte Condé, entra!)né par ses re*montraoces artificieuses, offrit imprudemment de-quit^ ter le royaume si les triumvirs étoi^it écartés des affaires, et iîit très -étonné de se voir 8ur4eH^amp prendre au mot. Catherine se croyoit triomphante: mais le connétable, le due de Guise et le maréchal de Saint -André, qui n'osoient substituer ouvertement leur intérêt au bien de l'Etat, ne pressoient point leur départ ; et les Protestans exhaloient leur rage d'être soumis à des conditions qu'on auroit à peine osé exiger d'eux après- une défaite complète. Les gentilshommes destinés à suivre le prince de Condé dans son exil, se frouvoient dans une position qui a été peinte par un contemporain de la^ manière la plus naturelle et la plus piquante.
Mc Les uns, dit-il, se grattoient la téte^ qui ne leur « démangeort pas ; les autres la branloient : cestuyfc cy estoit pensif; et les jeunes gens se moqueient tes f( uns des autres, s'attribuant chascni» un mestièr à <c quoy ils seroient contraints de vaquer pour avoir fi moyen de vivre en pays estrangenUa d'eux ,. nommé
DEPUIS 1 547 jusqu'en 1594. 107
« du Boucard, leur dit : Messieurs j Urne faéieroîi fort i5Si.
« dé me voir hors de moripays^ me pourmener ayee un
« curedent h la bouche, et que cependant quelque petit
« affété mon voisin fist le maistre de ma maison, et
« s* engraissast de mon ret^enu : qui voudra s*en aller
fc s'en aille. Cette observation fixa leur inçeii;ituâe»
« Tous s'écrièrent <jue la terre de France les avoît en-
« gendres^ qu'elle leur serviroitde sépulture, et que
te tant qu'ils anrOient une goutte de sang, ils ne répar^»
ce gneroieiit point pour la défense de leur religion. »
Catherine «ut 1« désagrément d'être désavouée des deux côtés ; et les armées , qui n'étoient pas encore complétées, se séparèrent presque sans- Cmâbaftre. La nouvelle qui arriva peu de temps après, que les Protestans avoient livré le Havre aux Anglais, dont ils attendoient de grands secours, décida les trium^ virs à porter le fort de la guen^e en Normandie, et le roi de Navarre prit le commandement de l'armée royale*
Pendant que cette expédition avoit lieu, et que là Reine suiv oit l'armée avec ce cortège nombreux et brillant de jeunes femmes et de demoiselles qui l'accompagnoient toujours, on se battoit à outrance dans tou^ testles provinces, et les deux paitts se livroient aux fureurs les plus monstrueuses. Tavannes tentoit sur Lyon une entreprise mal concertée, et interceptoit une lettre de Catherine à sa belle-sœur la duchesse de Savoie, oiï elle déclaroit qu'elle continuoit de favoriser le prince de Condé ; Montluc, abandonné à luimême, saavoit Toulouse et Bordeaux. du joug des Protestans, mais souilloit ses faits d'armes par sa cruauté.
loS INTRODUCTION AUX MÉMOIRES
i562. Cependant le roi de Navarre mit le sië^e devant
Rouen, oîi commandoit Montgommery, qai, ayant eu le malheur déporter involontairement un coup mortel à Henri II , ne craignoit pas de paroître en armes coa^ tre Tarmée dans laquelle se^trouvoient sa veuve et son fils. La résistance fut opiniâtre, et le roi <le Navarre reçut une blessure, qui parut d^abord peu dangereuse^ Enfin la ville fut prise de force [26 octobre}, et saccagée pendant trois jours, malgré la {Mromesse que lea chefs avotent Ësiite 'au chancelier de L'Hôpital, d'arrêter la fureur des s(ddats« Antoine de Bourbon mourut peu de temps après [17 novembre}, entom*é des filles* (d'honneur de Catherine, empressées à lui prodiguer leurs soins, et qui, s'il eàt vécu, l'autoîent probable^ inent ramené sous le ),oug de leur^maitresse* La reine d^ Navarre, Jeanne d'Âlbret, son ^ouscf, étoil4sm& le Béarn, où. elle élevoit son fils, qui devait bientôt devenir rhéritier du trône, dans des principes eiAièrement contraires à ceux qu'Antoine avoit professés versla fin de sa vie.
La guerre continua mollement dafis la Normandie,, et laCôu):* revint à Paris avec une grande partie de son ^rmée :' alors le Parlement déclara les Prot^stàns qui ^avQient pris les armes ^ criminels de lèse-ma|esté, et •n'excepta que le prince de Condé, qui rejeta dédaigneusemeiit cette faveur apparenté , dont le but etoît d'inspirer de la défiance à ses partisans. D'Andelotr, qu'il avoit envoyé en Allemagne faire des levées, en .vamena un corps de troupes avec lequel il fut^charge <i^ défendre Orléans, tandis que le prince et l'amkal niarchèrent sur Paria, espérant surprendire cette ^nande ville, où du moins y porter la terreur. Catherine oh-
Dspuis 1 547 jusqu'en i594- Ï09
tiat encore qu'on négociât ; mais ses propositions ayant iSé^* également déplu aux deux partis^ le prince de Condé, dont les forces n'étoient pas assez considérables pour lutter contre celles du Roi , fut obligé de quitter les environs de la capitale.
Pendant qu'il opéroit sa retraite sur la Normandie, il lut harcelé par Tarmée royale, où se trouvoient lés triumvirs. Cette armée étoit commandée par le conné« table , et sous ses ordres par le maréchal de Saint- André : mais le duc de Guise , qui n'avoit voulu y accepter que lé titre de capitaine de gendarmes, en étoit le véritable chef. Elle se trouva, près de Dreux ^ en présence de Farmée protestante. Le connétable, voyant que Taction seroit très-meurtrière , eut quelque indécision, et il envoya demander à la Reine s'il fallott livrer bataille. Castelnau, chargé de cette commis* flîon, trouva la Cour à Yincennes, et son message y répandit l'étonnement et l'effroi. Catherine avoit dans ce moment auprès d'elle le jeune Roi, et sa nourrice, qui étoit de la religion nouvelle. Sachant que les or-, dres pacifiques qu'elle donneroit ne seroient pas exécutés, et craignant les ressentimens du parti qui triompheroit, elle regarda tristement la nourrice : « Le « temps est venu , nourrice , lui dit-*elle ^ que l'on de* «c mande aux femmes conseil de donner bataille : que « vous en semble? » Cette femme, ne comprenant pas les intentions de sa maîtresse, répondit brusquement: « Puisque les Huguenots ne se veulent contenter de « raison, )e suis d'avis qu'on les combatte. » Là Reine, feignant d'approuver cette décision imprévue ^ écrivit néanmoins au connétable de faire ce qu'il jugeroit à propos.
X10 UfTRODUGTIOUr AUX MÉMOIRES
xSfisu L'avis dé <}onner la bataille ayant prévalu au con-^
çeil de guerre assemblé par les triumvirs [ig décem-^ bre] y le premier choc fut terrible. Les Catholiques perdirent d*abord leconnétable, qui fut fait prisonnier ; alors les Protestans se crurent vainqueurs ^ et voulu -"^^ rent profiter dé la victoire: mais le duc de Guise, s*é* tant mis à la tête des Catholiques, dont il étoit Fidole^ rétablit Tordre parmi eux, les ramena au combat ,* obtint un avantage décisif, fit le prince de Condé prisonnier, contraignit Famiral, qui lui aVoit succédé dans le commandement, à prendre la fuite; et, comme ^i la fortune eût voulu le délivrer dans cette journée fie tous ses rivaux, le maréchal de Saint-André fut assafôiné, au milieu du désordre , par un ennemi parti* eiilier. Tel fut le résultat de la sanglante bataille de Dreux , qui rompit le triumvirat , et mit à la fête de$ deux partis leurs véritables chefs, le duc de Guise et. Tamiml de Coligny.
Le général catholique usa noblement de la victoire : il traita le prince de Condé comme un ami malheu^ reux : ils soupèrent ensemble, eurent Vair d'oublier leurs différends, et couchèrent dans le m^me lit. «Ainsy,^ « dit La Noue, ces deux grands princes, qui estoieât ç comme ennemis capitaux, Tun triomphant, Tautre ^ captif, prirent leur repos ensemble. »
Dans les premiers momens de la bataille , plusieurs Catholiques, la croyant perdue, avoieiit pris la fuite, vers Paris, y étoient arrivés dans la nuit, et le som-" meil des habitans avoit été troublé par des cris d'a-r larme. On croyoit à chaque instant voir arriver leà. Protestans, et Ton étoit convaincu qu'ils alloient mettre la ville au pillage. Le désordre étoit au comble ^
DHBirift 1 547 jusqu'en iSgi* <i<
aucan pi^paratif de défense n avoit été fait^ et le jour 1562. suivant poUvoit être terrible. Heureusement Vieilleville se trouvoit alors dans la capitale , chez un de ses amis qui demeuroit près de la Croix du Tiroir^ Sen-« tant la nécessité de calmer ce trouble^ il fait venir Tun des fuyards ^ et, sur ce c(ue cet homme lui annonce qu^om n^a aucune nouvelle du duc de Guise, il calcule aussitôt que ce général habile a ménagé des réssour^^ ces qu^on ne connoit pas, et ne peut se figurer qu il ait été tué dans la mêlée, puisqu'on n'en dit rien. Rem* pli de cette idée, il court à l'hôtel de ville ^ où. les principaux bourgeois s'étoient assemblés : « Messieurs^ « leur dit-il, puisqu'on ne peut resouldre des actions te de monsieur de Guise, je m'en vais de ce pas porter tt ma tête au Roy et à la Reyne,.et me rendre prison** « nier entre les mains du prévost de l'hostel , en cas u que, devant la minuit de ce jour, la nouvelle qu'ils « ont appoitée ne se trouve du tout renversée, et que A la victoire sera à l'honneur du Roy et de nostre «ccosté : et vivez en espérance, car je cognois mon* Castelmu» « sieur de Guise, qui n'a pais sans cause voulu accep-» ^^j ^f.'^* ce ter aulcun commandement en l'armée pour jouer Yieillevilie, « son jeu à part, et user d'un terrible revers d'arrière ^^- ^• « main sur son ennemy. » Ce discours calma toutes Tavannefi* les alarmes, et le matin à neuf heures on eut des nouvelles certaines de la victoire.
• La teireur qu'on avoit éprouvée augmenta l'en- i563. thousiasme du peuple pour le duc de Guise ; et Catherine, qui se vit obligée de consentir qu'il fût fait lieutenant-général du royaume, avec tous les pouvoirs qu avoient eus le roi de vNavarre et le connétable , fit dire en secret k Vamiral de ne pas se décourager. La
] 1 2 INTEODtTCTION XV% MÉMOIBES
i563, &)iir alla jusqu'à Rambouillet recevoir le triomphateur, et l'on s'occupa de la manière dont ou useroit de la victoire. Brissac fut d'avis qu'on poussât la guerre en Normandie, afin de chasser les Anglais dû Havre : mais, le lieutenant^général soutint qu'iLvàloit mieux faire pendant l'hiver le siège d'Orléans , qu il regardoit comme lé chef-lieu des Protestans. « Le terrier €c étant pris où les renards se retirent, dis6it-il, nous K les courrons à force par toute la France. » Son avis ayant prévalu, il se chargea de cette entreprise. D'Andelot commandoit à Orléans , tandis que l'amiral, son frère, qui s'étoit recruté dans la Sologne, marchoit vers le Havre, afin de recevoir un secours qui lui avoit été promis par les Anglais. Les espérances conçues par le duc de Guise parurent d'abord se réaliser : il s'empara sans beaucoup de peine des ouvrages exté* rieurs de la place : mais au moment où il croyoit le succès assuré, il fut assassiné par Jean Poltrot de Méré , protestant fanatique [i8 février].
Sa mort, qui fut courageuse et chrétienne, répandit la consternation parmi les Catholiques, et changea entièrement la face des affaires. Il ne laissoit que des enfans trop jeunes encore pour succéder à sa puissance; et sa veuve, Anne d'Est, princesse d'un caractère violent* et prononcé, mais n'ayant aucune influence politique, parce qu'elle étoit étrabgère, 'ne - pouvoit que leur inspirer les sentimens de vengeance dont elle étoit animée. Poltrot, appliqué à la torture, accusa d'abord Coligny, dont il prÀendit avoir reçu de l'argent -, ensuite il chargea Catherine elle-même ; et aulcunsj observe Tavannes, ont voulu dire quelle a9oit escrit à monsieur V amiral pour Ven despescher.
DEFUia l547 lUSQUBV i594« ii3
L'amiral attacha pea d'itnportaiice'à se justifier de cet i563. horrible attentat : il dit qu'il avoit employé Poltî'Ot ' comme espioo, mais non. comme assassin : il avoua que Facte esioiL méchant; maisil ajouta que^/iottr son particulier, iliia^oit grande occasion de plaindre la mort du duc de Guise. Catherine ne caehoit pas plus la satisfaction que lui donnoit cette mort ;' et /s'il faut en croire Tavannes, elle lui dit quelques mois après : « Ceux de Guise se voulôient faire rois, mais je « les. en ai bien gardés devant CH*lëans. » ' ' " .
Quoi qu'il en soit, elle ne parut animée que du désir de procurer une paix' dont la France ^ inondée de sang y avoit tant besoin. Le connâable et 'le prince de Gondé $':ennuy oient dé leur prison, et cela rendit le rapprochement plus facile. On traita dans la ville d'Amboise, théâtre des premiers troubles , et l'on convint d'un arrangement qui auroit pu être durable y si les parties eussent été de^ bonne foi [19 mars]. Une amnistie générale fut accordée v les frais* de la guerre durent être à la charge de l'Etat, et le culte protestant obtint encore plus de liberté qu'on ne lui en avoit accordé par l'édit de janvier de l'année précédente. Afin de subvenir aux dépenses immenses qu occasionnoit l'exécution de ce traité , on vendit pour trois millions de biens du clergé catholique ; aliénation dont on ne se souvenoit pas d'avoir vu d'exemple, et qui excita de grands murmures.
La Reine se flatta de pouvoir contenir par son adresse les chefs qui restoient aux deux partis. Lés ' Protestans se trouvoient alors les plus redoutables: Elle abusa le prince de Condé par dévalues promesses; et pai^int à lui faire goilter 1^ délices de la Cpur : 20. 8
X l4 INTRODUCTION AUX MÉMOlllES
i563. ea même temps elle sut nuire à propos à la réputation de loyauté de Tamiral^ en appuyant sans àfiectation les bruits sur la part qu'on le soupçonnbit d'avoir eue à l'assassinat du duc de Guise. Les Catholiques ^ dont le connétable accablé de vieillesse étoit resté Tunique chef y lui inspiroient moins d'ombrage : aussi eut -elle l'air dq se ranger entièrement de leur côté. Elle entama des relations avec Tavannes, qui lui ayoit souvent représenté qu'elle ne pouvoit dominer que par eux ; et y d'après àes conseils y elle ne négligea rien pour se faire des partisans indépendans des princes du 4$ang et des maisons de Guise et de Montmorency. Par cette politique, dont le résultat n'auroît pu être favorable que si Ton y avoit vu dé la franchise et de la bonne foi , elle devint momentanément là maîtresse absolue des afiâires.
Biaise de Montluc , qui s'étoit montré l'ennemi mor- ^Ides Protestans, exécuta ponctuellement en Guyenne l^s ordres de la Caur^ et contint les deux pailis avec 69. rigueur accoutumée. Tavannes, qui voy'oit plus ïok^y et s'entendoit peut-être avec Catherine, refusa d.'^^ccorder aux Protéstans de Bourgogne les droits qu'ils «^voient acquis par le dernier traité, et leur culte continua d'y être prohibé.
lies Catholiques reprochoient amèrement aux Prot!Ç$ians d'avoir, pendant la guerre civile, livré lé Havre à une puissance étrangère. Ceux-ci offrirent de se }oiiidre à leurs anciens ennemis pour reprendre cette 'place importante; et ce fut à qui montreroit plus dé zèle et plu& de courage. La Cour voulut assister à ce siège , dii'igé par le connétable et le maréchal de Brissac. On y vQy oit l'amiral; les jeunes fils du duc de Guise, et
les principaaic personnages dès deux partis, combat- i563. tant pour la jxiêiiie cause avec une émulation aussi ▼iveqtie la haine qu'ils se porfoient Warvick, chargé par EUsabeth de la défense de U place ^ n'opposa qu'une foible résistance : il capitula bientôt; et la Reine profila de cet avantage , le seul dont la France eût pu s'applaudir depuis la mort de Henri IJ ^ pour augmenter son autorité, en faisant déclarer Charles IX mafeur par le parlemeol de Rouen (0 : déclaration contre laquelle le parlement depuis réclama, se fondant sur ce qœ , étan* k cour des pairs , le droit d'enregistrer ces sortes d'édits lui appartenoit ayant toutes les autre» cours souveraines^
Catherine, se croyant désormais assurée du pouvoir absolu , ne pensa qu'à s'afiermir en occupant les Français d'objets qui pussent k& détourner de leurs ancienne discordes. Tenant des Médicis ses qïeux un goût éclairé pour les arts, elle jeta les premiers fonde* mens du palais des Tuileries, dont elle confia la constmcùon à Philibert de Lorme et à Jean Bullan , les plus <;élèbrefr architectes du siècle. Elle voulut en iB^nc' temps se concilier Tambur de l'armée , en fon-d&Dt un. vaste hospice oài seiroient reçus et soignés MonUuc peisdant ^ reste de le«r vie, les soldats estropiés, in- liv. 5. firmes ou accablés de vieillesse. Ce dernier projet fut j^'*®'*^- ,
, - ^ Gaspard de
généralement applaudî ; mais il n'est pas besoin d'ob-^ Tavannes. server que, suivant les goûts frivoles de la Reine , l'hos- Castelnau, pice fuli bientôt oublié, tandis^ que le palais s'éleypit *^ * avec des lî^ais.immenses.
Elle résolut aussi de commencer l'année suivante 1504. UB^ grGfn<l voyage dans les provinces, afin de montrer
* (0 Le fioi éloh âgé de treize ans e^^ un jour.
1 16 IHTRODtJCTIO» AtlX MÉMOIASS
f564. aux peuples le jeune Roi, et de profiter, pour accrpt"^ tresa puissance, des sentimens d'amour que sa. présence inspirerôit. Le prince de Navarre, âge de/onze ans, d«voit être du voyage. Elevé loin du luxe et de 1b mollesse par sa mère Jeanne d'Âlhret , qui ^embloit prévoir les traverses qu'il éprouveroit avant de. parvenir au trône, il faisoit déjà paroitre un esprit supé^ rieur , et un caractère plein de franchise et de cordUa-< litéf qui le faisoient chérir de tout le monde, sans que Catherine, mèr-e de trois princes brillans alors de santé et de jeunesse, en conçàt aucune inquiétude. La Coût passa l'hiver à Fontainebleau; des fêtes superbes y furent données, et l'on joua une tragircomédie, sur-, chargée d'événemens extraordinaires et.de cs^tastro^^ phes imprévues. Il étôit d'usage. que, après ces sortes de drames, l'un des acteurs en expliquât la moralité» Castëlnau,' négociateur très-distingué, qui s'étoit prêté par complaisance à ce divertissement frivole, fit.de la pièce une application fort piquante à la position oh pouvoient se trouver les personnes les plus importantes , dans un Etat livré aux dissen tions civiles : «Tel «c dit-il, représente aujourd'hui le personnage d'un ce grand prince, demain joue celqy d'un bouffe^!, c aussi bien sur le grand théâtre que sur le petit. »
La Cour partit dans les premiers jours du printemps. Elle alla d'abord à Nancy où étoit l'une des sœurs du Roi , qui avoit épousé le duc de Lorraine. Se trouvant à Bar-sur*- Aube, elle y reçut la nouvelle de la coaclusion de la paix avec l'Angleterre. C'étoit Castèlnaù qui avoit été chargé de la négocier : afin de la rendre plus durable , il avoit proposé à . Elisabeth d'épouser Çbaxles IX ; mais . cette princesse, avoit répondu fprt
sénsémèntV que le roi de France étoit h*c^ grand et i564. trop petit pour elle ; trop grande parce qu'il n'étoit pas à présager qu il voulût quitl<3r ses riches Etats pour ▼énir en Angleterre ;- trop petit, parce qu'il n'avoit que quatorze ans, et qu'elle venoit d'entrer dans sa trentième année. Cependant elle adoucit ce refus , en chargeant Gast^lnau de porter à Charles IX L'ordre de la Jarretière.
'^ Au mois demain la Cour entra en Bourgogne. Ta- Vannes, lieutenant-général dans cette province, alla aù-devant du jeune Roi^ et lui fit un compliment court et énergique. « Sire, lui dit-il, en mettant la main « sur son cœur, ceci est à vous; puis la ^portant sur son «épée, et voilà, ajouta-t41, de quoi' vous servin » La Reine s'entretint long-temps avec lui, ne témoigna aucun mécontentement de ce qu'il n^avoît pas exécuté le (dernier édit de pacification, et parut écouter avec c(Hnplaisrâ'ce les conseils qu'il lui donna confre leâ Protestans. Le Roi fut ensuite conduit à Lyon , où il prêta serment d'exécuter les Conditions de la paist > faite af ec l'Angleterre, et où il fit bâtir une citadelle. La peste sVtant déclarée dans cette ville et danis left provinces vmsincrs, la Cour aUa s'enfermer dans lé château de Roussillon en Dauphiné, où elle put se préserver de la contagioii. Ce fut là que-le chancelier de L'Hôpital, mettant à profit tous les instans , fit ren-^ dre lé fameux édit de RoussilloQ, qui fixe le commencement de l'année au premier janvier [4 août ïS&i:}. La Reine ^contre l'avis dé ce ministre. Voulut qu'un autre édit diminuât les avantages accordés ans Protestans par la paix d'Amboise. Cet acte, < auquel^ elle avbit tongrte&ips réfléchi, ne laissa^ pbis douter
11$ fJNTROlTDJCTIOir AVX MCMOlILISS
1 564- qu*eU« n^eût entièrement ckangé <le système. Les Protestans coKiçurent des So^uiétudeSy et les Cadioliques 66 ^livrèrent aux pins balles e6|)éFe«ce&. X>a conduite Castelnou, c[n'elle tenoît dans le voilage ^ seiyiMt à confirmer ces liv. 5. conî^dunes. Paitoiit oè elle .Varrétok;^ le cuLbe uour
Tay^es. ^ ^^^u étxxit interdit^ et Fordi^e éiok dpoAé de £ûre dé^ manteler les pJaoes des Proteatans 4fai se trouvoîenJ: dans le voisinage. ^
1 565. La, ferme^tatlioD , ^pti recotBmienÇoît d'agiter les es-
{srita^ se stgtnila |iar «tte sbèâe qui £ùllît plonger la ^ille de Paris dans un gMifl désor-dre. Le concile de Trente venoît d'êifpe Alos,, et ses.antes, adoptés en France, ^wmt k la .•dootrînei y avoient été xejetés^ qnant k la policé et à la discipline. Le cardinal.de Lorraine , <récem<oeifet ^rev^^i» de cette assamMee^ de^ S^ndoit -ai^c^ qbafear 4{u>on. pour^uiirît tong ceux <|u^ étc^ent soiqiçennés d!av^* pris part à l'assassinat de son £i^^^ ce qni.élof; aftta(|nei* directeaftent Tamiral de Cpli^ny ; et les démarches violentes da prêtai: ayoient irrité la makon de Montmorency , alliée des CUâtillon. Fmnçois de MionUnprency , Tun de^ fik*da connétabiei â.pit gouveitiew de Paris : le cardinal voulut entr^ dans ocfCte ville a^c des gardes> quoi* que MofitmfNPency lia «Àt Sait dire «qu'il < j^'ea aivoit pas le droit ^: le.gouv^^neur^ irrité de celite obstina^» tion, le fit attaquer dans la rae SaininDeaÎB, dissipa son cortège , et le (ovçà de se véfiigier fpte&fâe seul dans sbn liôtel. Cette querelle ija^ëvue efiraya Cob' thérine, qui chargea Ckeveray^ralocs iBÎmple .mallTe dé^. requêtes ^ de négoder ie^rappfocbeiMttt antre les deux maisoi^s. Cheverny téussit dans cette afiaîre fort délicate, et y. montra le caractère doux etconci«-
9EPU1S iS/f? 'usqii'en i594» 119
liant, qui devoit par la suite Féléver aux premiers i565* emplois.
Peu de jours après cet événement [3i janvier], la Cour se rendit à Toulouse , oii Biaise de Montlue , gouverneur de Guyenne y vint la trouver. Ce général, portant beaucoup plus loin que Tavannes la haine contre les Protestans, entretint long'-temps la Reine» de leurs menées. Il Tinstruisit que , pour s'y apposer ,> les Catholiques du pays ayoient formé une ligue secrète; et il lui proposa de rendre cette confifdéra^, tien ntile et légitime , en plaçant à sa tête le îeune Charles IX. «. Mais, lui répocidit Catherine , si le Boy « fait une ligue, nest*il pas à craindre qne les Pro- « testans n'en fassent une autre ? » Cette observation $ensée ne détourna point Montlnc de son prc^et : ac-^ compagne, de quelques amis ^ il se présenta devant le monarque* « Sire,, lui dit«<il, si quelqu'un est si fou « d'oser levfsr les armes, nous jurons tons de lui rom*< « pre la teste. Je vous réponds que f y mettrai si bon « ordre en ce pays , que rien ne branlera, que vous « ne soyez reconnu, pour nostre maidtre. Et par mesme « moyen, nous promettons par la foy que nous devons « à Dieu, que si quelque autre contre^ligue se faict» i( nous vous en avertirons. Faites signer la vostre aux « plus gi^andsde vostre royaume, car lafestenesepoan- « roit jouer sans eux. » Le Boi fut touché de ce tèle^ qui s^nbloitdésintéresi9é; et Catherine feignit d'adopter fin plan très*favorable. à la ca«se des Catholiques. On forma l'association ; mais il s'éleva plusieurs difÇcultés sur les artides qu'il fallut signer : chacun ne consul^ ;t(Ht que S€!S intérêts particuliers, et telpeuuétrej ob« serve IVf ontlnc^ faisoUJbimne minej qui estait emprunté
X,20 .IWTKODtTCTlOW AUX SIÉlffOlIlÊSr
i565. ailleurs. Cette confédération , fondée sur des bases si peu solides , n'eut alors aucun résultat. Le temps nVtpit pas venu oii des fautes plus graves , de la part du gouvernement, dévoient réunir sous les mêmes drapeaux presque tous les Catholiques.-
De Toulouse , la Cour partit pour Bayonne, où elle devoit avoir une entrevue avec l'infortunée Elizahetlt > sœur aînée du Roi y et épouse de Philippe II. I^e duc d'Albe s'y trouva, et, au milieu des fêtes ma-, gnifiques. qui furent données, il eut de longues conférences avec Catheiine de Médicis. Il est probable que ces conférences, très-mystérieuses, roulèrent sur le parti que les, deux puissances prendroient à Ti^ard des Frotestans , et qu'il fut résolu que, tandis que le duc ;d'Albe les soumettroit en Flandre, le gouvernement français enqploieroit tous les moyens pour les contenir dans le royaume. Mais il est contre toute vraisemblance, que la Reine et le duc y aient form^ liv. 6. - ' le projet de l'horrible massacre qui fut exécuté à Paris Castelnau, Sept ans après. C^e entrevue, dcmt le secret futpé- J^ nétré , répandit l'alarme parmi les Protestans , et leurs
cheÊ contractèrent de nouvelles alliances avec les |«jiices d'Allemagne.
1 566. Au commencement de l'année suivante , le Rot se
Irouvoit à Moulins, oîi une assemblée de notables avait été convoquée. Le chancelier de L'Hôpital y fit rendre deux, célèbres ordonnances, l'une sur le domaine, l'autre sur la réformation de la justice; et la JRdine, afin de calmer les inquiétudes des Protestans, ne ni^igea aucun effort pour obtenir que la veuve an duc de Cruise se réconciliât avec l'amiral. Tous les hommes éclaii^^s applaudirent au chancelier , qui , au
miKeu d^s discordes civiles ^ trou voit le moyen de cor- i566i
riger notre législation ; mais personne ne fut dupe des-
artifices de Catherine ^ qui ne fit qu'aigrir davantage
les maisons de Guise et de Cfaâtillon , en ayant Fair de
vouloir les rapprocher. Cette princesse, quinetrouvoit
pas assez de souplesse dans le caractère du Roi, dont
les emportemens devenoient plus violens à mesure
qu'il avançoit en âge, travailloit alors à Télëvation de
son secmid fils , le duc d'Anjou , qu'elle préféroit à
ses autres enfans. Elle lui donna pour chancelier le Ca«telnau,
maître des requêtes Chevemy , qu'elle avoit employé ^^chevcmy.
avec succès l'année précédente dans l'afiaire du cardi-<
nal de Lorraine et de François de Montmorency.
Cependant la paix sembloit régner dans les premier^ 1 567 . mois de l'année 1567. Au commencement de l'hiver. Aime d'Est, veuve du duc de Guise, encore jeune et belle, avoit épousé Jacques de Savoie, duc de Ne^ mours ; et ce mariage faisoit présumer qu'elle met^ troit moins d'ardeur à venger la mort de son premier époux. La Reine profitoit de cette tranquillité appa^ rrate pour faire des levées de troupes, et pour ap^ peler six mille Suisses , sous le prétexte qu'il fallolt surveiller le duc d'Albe, qui devoit passer avec une armée sur les frontières de la France, pour se rendre dans les Pays-Bas. En même temps Tavannes, qui passoit pour avcnr toute sa confiance , formoit à Dijon, sous le nom de Confrérie du Saint- Esprit j^ une espèce de ligue , quin'avoit pour but que d'empêcher la nouvelle religion de se propager en Bourgogne, mais qui iiéveiUoit toutes les inquiétudes qu'avoit fait concevoir l'entrevue de Bayonne.
' Les diefi des Protestans, efiirayés de ces disposi*
122 Ill^TIlODtJCTiaH AI7X MÉMOIRES
1567. tions /s'assei:u];)lèr«f|[it d'abord à Saint- Valéry, qui appartenoit au prince de Condé^ puis à ChâtîUon^sur- Loing y doitiaiuis de ramiral. Ils tinrent daus cette dernière yille un grand conseil , où les avis furent partagés ,sur le plan d^ conduite qu il falloit adopter^ au milieu de circonstances aussi graves. Coligny, se fondant sur ce que les religionnaires n'avoient rien de prêt pour faire la guerre, fut d'avis de temporiser jusqu à ce qu'où pût avoir les secoure promis par les princes d'Allemagne. D'Andelat , son frère, beaucoup plus ardent^ et s'exagérant peut-être les dangers de spn p^rti , prononça up discoui*s plein de vidieuce* . c( Je vous demande;, messieurs, dit^il, si vous at>^ *i. tepdez que qous soyous bannis esc pays estraugers ^ « lies dans les prispns, fugitifs par les forêts , courus à « force da peuple » ipi^prises des gens de guerre^ et » condamii/es par Tauthorité des grande, comme nous f< n'en sommes pa^ loin. QMe nous auront servy nostre f< patience et humilité passées 7 Que nous profitera <c alpi-s nostre innocence ? A qui nous plaindrons- «c nous ? Mais qui efit-ce qui nous vouldra seulement « ou\r ? Il est temps de nous désabuser , et de recourir « à la défense, qui n'e^t pas moins just« que nécessaire; <i ne uQus saucier .point si on dit que nous avous été <c les aucteurs de la guerre; car ce sont ceux-là i|oi « par tant de manières ont rompu les conventions et ce pactiôus publiques, qui ont jeté )usques dansr nos « entrailles six mille, soldats estrangers^ qui par efieot <c nous l'ont déjà déclarée^ Que si ik)ûs leur donnons « encore cet avantage de frapper ks premieis jccuf», « nostre mal sera sans remède. i> Ce discours produisit le plus .grand efhA sur les
i>BPui8 i547 iusqtt'en i594* m'i
Protestans, qviia {Aupart ne dâdroient que le reiKm-^ 1567. vellement de la guerre; et le prince de Condë, dont il ranima, les espéimnces^ témoigna qu'il partageoit leur ienthovfiiasme. 11 fut résolu , 4 la presque utidni*:mité 9 quW réuniroit sans bmit un corps nombreux de cavalerie y qu'on surprendroît la Cour, qui paroîs*- 6oit dans Ja sécurité la plus profonde ^ et qu'on enlè^ v&poU la famille royale. Ce coup de main si périlleux fiit fisé au a6 septembre , fêle de Saint-'Michel. ^
: Catherine passoit , .avec ses enÊins ^ les derniers joaiv de l'été à Monceaux , maison de plaisance délicieuse, peu âoignée de Meaux. Croyant avoir pris des 'préc3a;utions suffisantes pour la sftreté du Roi, puisque les troupes nouvcUement levées , et six mille ^ttisses^ commandés par Louis Pfiffer de Luoerne, occupaient les . principaux points de l'Ile- de^Pi'ance et de la Brie, elle se livrok k «es dâassemens ordi* paires, doonoit des fêtes ^ et prenoitsoin d'embettir ses .bâtimens et ses jardins. Cependant quelques ipdiscr^'' tiens commise» dans Les provinces éveillèrent ksaoupçonsr des cbefis catholtqiie& Biaise de Montluc, du fond de la Guyenne, transmit l'avis qu'un grand compbt étoit sur le poim d'éclater^ et la Reine ^ sans y ajoater foi, crut iiéainmoins qu'il étoit prudent de savoir ce qne fidsoit C(digny. Elle envoya un homme de confiance k Cbitillon; «t l'-amirai, qui avoit prévu ^ne tons les y eus seroient ouverts sur lui, futtrouyié, à la TeiUe d'une e^^plosiou si terrible, n'ayant pas pins de monde que scn train ordinaire j. soignant à S9n ménage^ et ^signant de travailler à ses vignes. Catherine, rassurée par le rapport de son envoyé, persista dans sa séourité, et n*aj^la point de troupe^
124 IlTTlîODUCTIOZr AVX MÉMOIKES
1567.. pour préseiVer la famille royale du coup qui la' me-* naçoit.
Dés avis plus alarmans et {dus positifs furent donnés quelques jours après. Castelnau> qui avoit été en-* V6yé à Bruxelles pour complimenter le duc d'Albe^ nouveau gouvei^neur des Pays-Bas^ y apprit tous les détails de la con^iratiou ^ et s^empressa/ d'enr venir lui-même avertir la Cour. Il ne trouva que des incré* dules : la Reine ^ se croyant sàre que-Coligny ne re-«mùoit pas, voulut à peine écouter* ce serviteur fidèle ^ le connétable le repoussa brusquement; et le chancelier de L'Hôpital lui fit une leçon sévère : « C'est un ce crime capital /lui dit-il^ de donner un feux aver* <c tissen^nt à son souverain ^ et de le mettre en dé«^ « fiance de ses sujets , sous le vain prétexte qu'ils fc préparent une armée pour luy mal faire. » Cet aveuglement inconcevable dura jusqu au moment ode ion apprit que le soulèvement éclatoit partout, et que le prince de Condé étoit entré dàns-là Briè»
Alors un conseil extraordinaire fut t^fiu , et Ton y fit parottre autant d*inquiétude qu'on avoit jusqu'alors montré de sécurité. Le chancelier seul soutint qu'on ne devoit concevoir aucune crainte, et prétendit que te prince de Condé et l'amiral n'avoient pas de Inau* Vais desseins. « Monsieur Iç cfaancelieir, lui dit Gathe* « rine, voulez-vous respon^ qu'ils n'ont d'antre but ic que de servir le Roi? — ^ Oui, Madame, réjpliqu» « L'Hôpital, sij Ion m'àsseure qu'jDU ne veut pas le» te tromper. ». L'obstination du chancdi^: né céd» qu'à l'avis certain que les Protestans venoîent de s'emparer de Montereau, et qu'ils alloient marcher sur la^rési-* âenoe de liEi Cour. U fut décidé qu'on pastiroit-^à Vin-^
D^puïs i547 JU8QVÏW ï594. ia5^
stantpourMeauXy ville voisine peu fortifiée^ mais où tS6j. il étoit possible de résister quelques jours à une troiq)e de cavalerie. Â peine y fut- on arrivé^ qu^on appela les Suisses et toutes les troupes cantonnées dans la Brie et dans File- de -France. Pour leur donner le temps d'amver^ la Reine envoya François de Montmorency négocier avec le prince de Gondé^ qui étoit déjà à Rosoy^ petite ville à cinq lieues de Meaux.
Louis Pfiffer, à la tête des Suisses, exécuta ponctuellement Tordre de venir au secours du Roi. Il parut, dans la soirée du â8, au moment précis où on Fattendoit, et rassura par sa présence cette cour, composée de femmes craintives , de jeunes princes inexpérimentés , de couitisans et de magistrats peu habitués aux armes, et de quelques chefs militaires très-braves^ mais qui n'avoient pas de troupes à. commander. Le conseil fut encore paitagé : le connétable vouloit qu'on restât dans Meaux, où l'armée royale avoit été appe* lée ; le duc de Nemours insistoit pour qu'on se rendît sur-le-champ à Paris , ville dans laquelle on trouveroit toutes les ressources nécessaires. L'intrépidité de P6f- 1er fit prévaloir ce \lernier avis : il conjura la Reine de se fier à la valeur et à la fidélité des Suisses, et lui promit ^'1/5 ou%f riraient au Roy-j à la pointe de leurs piçues, un chemin assez large pour passer au trauers de formée ennemie. Catherine alors déploya ce grand , caractère qui, après la bataille de Saint-Quentin, l'a- ▼oit rendue l'idole des Parisiens : elle conduisit ses enfans au quartier des Suisses, dont elle exalta le courage par un discours plein d'énergie. « Allez, leur « dit-elle eu finissant^ donner au repos ce peu de nuit * qui vous reste : demain je confierai à la force de
i567. « VOS bras le sftlut et la majesté de la courofine de « France. »
, Le 29 y à quatre heures du matin y la Cour sortit de Meaux^ et fut reçue au mdlieudes Susses/ qiii for- «toient un immense bataillon carre. Le prince de Condë essaya deux fois de les enfoncer avec, sa cavalerie; mais ils s'arrêtèrent aveo une froide intrépidité^ et se bornèreat à baisser leurs piques , dont ils jSrenik à la famille royale tin rempart impénétrable^ Un de liSurs ennemis 9 bien digne d'admirer ce courage, hé^ roïque, fait de leur maneuvre une peinture aussi frappante qu originale. « ils demeurèrent fermes, dit La a Noue y sans jamaisf s'estonner, tournant toujours la ^ teste^ comme a accoustumé de faire un furieux sah-* « glt^^que les aboyeurs poursuivent, jusqu à ce qu-on « les abandonna, voyant qu'il n'y- avoit apparence de « les forcer, »
. Charles IX, âgé alor» de ^x-sept ans, étott au. jnilieu d'un groupe formé par les ^licipaux officiers de la Couronne : irrilé d'être attaqué en personne, il vou- Ittt commandât une charge j. et déjà il s'élançott canèi e ses^ sujets révoltés^; te:Connéid)le flius. prudefit ^aîsH là bride de sOn cbewaL : « Sire , lui dît-il , ce n'est pas « ainsy qu'il &ut que votre Majesté bazarde sa per- « ÇQune : elle nous est trop chère pour la commettre ce à meiindre troupe pow vous accompagner, qu'à dix « fnille chevaux françoîs. n A peu de distance- de Paria!, les Protestans découragés se retir^ent ; alors le R€)ti,^wiipati^até d'a?7oic fait pendant cette journée une mmfche lente ^et pénible , -quitta les Suisses^ auxquels il devoit son sahiÉ, et, suivi d'une fott>le escorte, il se dirigea au grand galop sur sa capitale, oà il entra vers
DEPvia i547 jusqu'en iSg^^ 127
quatre heures du soir, aux applaudissetneus uuammes 1567. fl*i^n peuple qui Tavoit cru prisonnier. . Le^ prince c^ Condë, ayant reçu des reftfiorts de toutes les proTinces, et comptant sur Tarrivée prochaine Àja duc Casinûr^ secoad fils de l'âecteur palatin, qui lui asnenoit on secours considérable, résolnt de faire le siège de Paris. Il s'empara de tous les villages voisins, ferma les passages des vivres, et se flatta de pouvoir réduire cette grande ville par la disette. . Le connétable et oit d'avis de lui laisser dévaster la campagne, persuadé que, dans une saison pluvieuse, son arméç ne n>anqueroit pas d'être bientôt en proie aux ipaladi^; et il vouloit qu'on attendît que la no* blesse du royaume pût répondre à l'appel qui lui avoit été&it par le monarque; mais les l^arisiens, redoutant les souffrances d'un long siège, le forcèrent, parleurs murmures, à tenter le sort d'une bataille. Il sortît de . . Pans dsMïs la matinée du i o décembre , et attaqua Tarmée protestante, qui occupoit la plaine de Saint- Denis. Ce vieillard, âgé de soixante- quatorze ans, montra dans cette araire toute l'activité d'un jeune général : il combattit à la tête de la cavalerie, et renversa d'abord tofit Ce qui so présentoit devant loi; iiiais,.s'étant trop- avancé, il fut entouré et blessé' à mort. Les Catholiques sembloient déeouragés, lorsque' le due de Nemours. se mit à leur tête : ils renouvelé*' vesA l'attaque ayec foreur^ portèrent l|e désordre dans les rangs de- leurs en»eipi», et ^pestèrent maîtres du champ dq bataille. Le connétaUe mourut le lende* main : constamment fidèle à la foi de ses pères, il lui avoit sacrifié ses plu^ ehers intérêts.
Cette mort priva, le pwrtl catholique du dernier chef
ia8 INTRODUCTION kVX MÉMOIRES
^567. qui pût porter ombrage à la Reine : eUe résolut de laisser désormais vacante la charge de connétable^ et de nommer lieutenant-général le duc d'Anjou^ son second fils, âgé de seize ans, pour lequel elle avoît une tendresse particulière. Elle espéroit que ce jeune prince, qui, au milieu de la mollesse de son éducation, montroit quelquefois de la résolution et du cou- ' rage, seroit aveuglément soumis à ses volontés, qu'il pourroit éti*e opposé avec succès au prince de. Coudé ^ et qu'il rallieroit autour de lui tous les partisans de ^ , , l'ancienne religion ; mais elle oublioit que le jeune duc Tavannes. Henri de Guise, à peu près du même âge, promettoit La Noue, ^qus les talens de son père , qu'il . ne songeoit qu'à le lîv. 6. ^ ' remplacer et à le venger, et que les Catholiques fon- BAiillon. doient sur lui toutes leurs espérances. La rédaction des CMtelnau. provisions de la charge de lieutenant-général, donnée Cheyerny. ^^ ^^^ d' Anjou , fut confiée à Chevemy , son chancelier, qui ne manqua pas de lui attribuer les pouvoirs les plus amples que frère de roi eût jamais eus. 1 568. Après la bataille de Saint-Denis, le prince de Condé
feignit de vouloir continuer le siège de la capitale : mais son armée se trouvant considérablement diminuée , il prit la résolution de partir pour la Lorraine, / afin d'opérer sa jonction avec le duc Casimir, qu'il
croyoiten marche depuis long-temps. Ce voyage, entrepris au milieu de l'hiver , . aflfoiblit beaucoup 1^ Frotestans ; mais ils étoient soutenus par l'espoir de se réunir à leurs alliés, et de pouvoir ensuite tenter de grandes entreprises. Quel fut leur désespoir, lorsque, arrivés en Lorraine , ils n'apprirent aucune nouvelle de Casimir ! le découragement devint général , et l'ar* mée étoit sur le point de se débander. Le prince de
jDCPUis i547 Ji3r8Qv*£j»r i594» t^^
CoDdéy ^ui conservoit dans les plus grands pâils une 1 56& gatté pleine desprit et de sel , répoodoit aux plaintes par des plaisanteries y et Tamiral y aussi tranquille que si son parti eut été dansl'état le plus florissant ^ rassu* F(Ht ies foibles par sa fermeté imperturbable* Gomme ç'étoit lui qui inspiroit le plus de confiance , on Taocabloit de questions c k Que ferons-nous y lui dit un jour « un gentilhomme^ st Tarmée catholique vient nous it attaquer? — Nous irons joindre pos alliés. — Mais « si nous ne les trouvons pasi — Al ors ^ répliqua Ta^ fi mirai impatienté^ je pense que nous soufflerons dans « nos doigts; car il fait grand froid* » * Enfin on vit paroitre l'armée du duc Casimir^ qu'on avoit si long-temps attendue, et- tous les maux furent oubliés. Ceux qui avoient tém(»gné le plus de crainte et de foiblesse, montrèrent le plus d'ardeur; et ce se* cours, sur lequel ils avoient cessé de compter, -fit renaître toutes leurs espérances. Mais létu^ joie fut bien^ tût troublée par la nécessité où ils se tcduvèrent dé saqîfier leurs dernières ressources*' Le prince de Condé avoit. promis aux troupes de Casimir cent mille écus, «t il en avoit à peine deux mille à sa disposition* Il Êliat alors que tout le monde se cotisât afin de satis^faire les étrangei^, sans l'appui desquels il étoit impossible de rien entreprendre : l'argent, les bijoux que chacun avoit pris sur soi pour subsister quelque temps en Cas de revers, furent apportés , et les derniers soldats ne furent pas dispensés de contribuer. On parvint ainsi à former une. somine dont se contentèrent les Allemands, ce N'estrce pas là, observe La Noue, un « acte digne d'esbahissement, de voir une armée point « payée, dépomrvue de moyens , et pouvant à peine, ao.^ g
!> ^9 iilTiCQDi?€Î:icm aux mêicoiic»
k ^ubvetôr à ses mcessihés,^ ne les espargner pour éii fi l^ciQOmQ!(kr d ai«tr«8 , qui par.advehture ne leur en sa<4 ic yoij^nt^iAèrea ds gi:é% Il œrott impossible maintenant u de fa^ire k semblable^ parce que les choses gtfuéi^a« ^ sei$.$Q]M quasi bâr& d^usage. * . «r
. I^Q prinpe de Condé ^ plvs redoutable que jaimais > içiMiioe^^ SiOA armées ver& les environs dé Pa^is : maià I^V^ijtnf;^ ËiH e de nouvieau le sîége de cette grande ville; H e^saj^ dje seiinpai^^j: de Gliartres. Le duc df An jo« V j^t ^mper ^dim U voisinage avec Farmëe royale : sa jpoète laciçoii^p^^gn^y eb elle entama de& négociations; dont les difficûUéa sa^bnirent. par le besoin que les J^ro^estanfi avcpejiktdie r^cis> après une campagne d'hi* yex; des^ pJjUSi p4nib^$v Fr^^sqiifte tous les gentiléhbmmes 4e ce:parti diâsiiHÂi^ airdomvMnt de revoir leurs mai^ sonsic Q^d^ réparer les pertes énoârmea qu'ils iaVoienI Eûtes : Çetb^rinQ profita de ces dispositioni ponr léS amener à un a^ocord^ dont les cooditionsne forent paa rigeure«3(9S.^ imaî^ auquel eUe avoit résolu de n^tré paa fidèle. « iSl^ vonjbit la paix > dit nu cooitempôrain^ ce pour laisser Qroiâi^ sea enfans, dissiper k» forcée c< éim Ibigucsnote,. et lee attraper^ espérant de rompre » sa foy y çQfnmé wx avoi^ii bàct la kur à Meanx. » O liit.d^api^às ites. combîaaisoas qu elle conclut aveà h^ P«Qtesibiaft.Ie,taradté de LaDgpimean [ ^7 mars }. Il« |:ecowv>r^nt les. avantages qui leur avoient tflé aecor^ dé^ p^ V^^tde ^n^ôen i562 ^ mais ûs furent ob&gâ de- rwdra toubia les pl»Qe& dont ik s*étoiônl empara; lA ^m^ de Condé A Kamiral^ contraireft à eel ar^ rang^ffirat^ représentèrent en vain à^ kur» amis k piège qw.kinr étoàt tendu : ih furent obligés de céder jpi vœu général^ (p»i ^toit pciur la paix« C^peadaQl ik
èfe^ms i547 'vsqv'eh i&d4* ^^^
différèrent tant qu'ils purent la reddition des places. s%68t
Les ' Protestans^ ne tardèrent pas à reconnottre la! fmtè qu'ils aV^ent faite. Tandis que leurs troupes étoient licenciées, et qu ils reiournoient de'sarmés dan^ leurs provinces, la Couraugmentoit ses fbfces, et prénoit une attitude menaçante, «r Nous avons fait la foie lie, disoit l'un d'eux, ne trouvons pas estrangé'st (c nous là buvons : toutefois- il y a apparence que lèf ft breuvage sera amer. » Cette armée du duc Cashnir , pour laquelle ils avoient fait tant de saaîfices , fut reconduite sur là frontière par Gastelnau, cbarg? d'exécuter les conditions faites avec elle : ils purent espérer un tidoment qu'elle ne^ortiroit pas de France, parce que les fonds manqnoient pour la payer; mais l'adressede Gastelnau fit disparottre tous les obstacles; et cet habile négociateur, dont la vie fut quelques jours en danger au milieu d'une troupe mutinée, par^ vint à lui faire accepter des arrangemens raisonnables!
Tandis que les chefs pro^eslans étoient retirés dans leurs châteaux, Catherine les JFaisoit surveiller avec soin, intercepitdit leurs communications, et n^attendoit que le moment favorable pour exécuter le granci projet qu'elle .avoit formé.- Vers ïa fin de l'été, prenant pour prétexte qu'ils conservoient encore lès pla^ tes dont la reddition avoit été stipulée par le dernier . ^ toité, elle donna ordre k Tavannes de feire arrêter lé prince^ Condé, qui babitoil Noyers , petite ville de Bourgogne. Tavannes, ignorant le plan général adopté par la Reine, et se figurant qu'elle avoit donné cet' ordre dans un moment d'humeur, lui répondit « qu'elle « estoit conseillée plus de passion que de raison ; » et,' n'osant cependant lui désobéir entièrement, il résolut'
1 32 lll^TfiODUCTION kVH )if ÉMOIRES
a368& d'avertir le prince du danger qui le menaçpit. Quel* ques messagers y porteurs d'un billet conçu en ces fermes^ le cerf est aux toiles, la classe est préparée ji furent chargés par lui de roder autour de Noyers : on, les arrêta, comme il s'y étoit attendu, et le prince de Condé ne douta plus du sort qu'on lui preparoit* Au même moment, l'amiral, qui,avoit reçu un avis semblable^ vint trouver ce prince : ils donnèrent surlerchamp les ordres pour que tout le parti reprît lesî armes, et ils partirent pour La Rochelle, oà ils arri^* vèrent presque sans suite, après avoir couru mille dau<% gers ^ [ 1 9 septembre] .
^ Aussitôt la guerre se raUama dans le rayaume : Jeanne d'Albret, qui jusqu'alors avoit gardé une sorte de neutralité, embrassa ouvertement le paiti de la religion qu'elle professoit : Catherine, noyant pas prévu cette explosion soudaine, ne put empêcher que la Saintonge et le Poitou ne fussent occupés par les Pro- Tavannes. testans^ et ce parti, dont elle avoit cru qu'il ne restoit . -11 ^^' plus qu'^ châtier les chefs, se releva en inoinç.de deux liv. g, piois, avec plus d'audace qu'il n'en avoit jamaisi montré.^
Castclnau, ^'amiral, admirant ce retour de fortune, répétait sou-»
liv» n» • ^
yent comme Thémistocle: iVbi^ estions perdus sinou^ n eussions esté perdus, xSÔQ. . I^ chancelier de L'H^ital, dont 1,'espriit pacifique pe convenoit plus au système a49pté par Catlierine ^ rendit alors les sceaux, qui furent. confiés à Morvilliep» JuC duc d'Anjou, comme lieutenant-général, prit le commandement de l'armée catholique , et marcha vers le Poitou, accompagné de Tavannes, chargé de. lui apprendre le métier de la guerre. Le gouvernement,, quoique très*prononcé contre les Protestans, ne you*»
ftÈPUTs i547 jusqxï'ew i594*^ i33
lôit pas fermer la voie aux négociations^ et il gardoit s 56g. avec eux dans cette guerre certains ménagemens qui leur dônnoient de grands avantages. Il étoit déféndii aux gouverneurs des provinces de poursuivre ceux de cette religion qui avoient Tair dese tenir tranquilles; et il en ré^ultoit qu'ils pouv oient sans difficulté , non^ seulement instruire leurs chefe de tout cequi se pas-^ soit y n^is leur faire parvenir des secours en hommes et en argent* Les. zélés Catholiques blâmoi^nt cette tolérance , qui faisoit échou»* presque toutes les me-* sures prises contre leurs ennemis; les amis de la paix faisoient des vœux pour qu'elle servit à càl^ mer les sentimens de haine dont les deux partis étoient animée , ./
Le duc ^ Anjou ^ contrarié pendant quelque temp^ par les rigueurs de l'hiver, se trouva , près de Jarn'ac, en présèâce de l'armée protestante , dans les premiers jours de mars 1 56g. Il étoit incertain sur le paiti qu'il prendroit, lorsque Ghevemy, son chancelier, armant ie la Cour, l'avertit que Charles IX concevoit contre hiidé la jalousie, et lui. représenta « que l'on com-^ « mençoit à avoir opinion- de luy qu'il vouk>it tenir «la guerre en longueur, pour continue? toujours* (tL'àuthorité' qu'il avoit au commandement des ar-^ ft Bdées* » Cet avis lui fit prendre la résolution de livrer bataille [i3 mavs]. Aidé par Tavannes, et payant tiès4âen de sa personne , il remporta une victoire^ Complète : mais son triomphe fut souillé , malgrélui ,. par un assassinat commis de sang-froid sur le^ prince de Gondé, au moment où l'on ne se battoit plus.; et Montesquieu- eut la cruauté de brûler la^ cervelle à uneqnemiqui^ hors d*état de sç défetidréy
134 IKTllODI^CTIOSÏ AUX MÉ|aOZIlE«(
i56g; venoit de faire preuve^ la valéuv là plus brillante; Ce prtiïce^ mais^on^ eiicore |eune^ ne partageoi^ pas le fanatiâm^ de ceux qm le suivoient : cIqu^Ji^u ca« ractère le plos aimal)le , aimant la Cour et les plai^ 9iFs y il ne voyoit 4am lés guerres relîgi0ii$es qu'unet carrière ouverte à. ^ gloire et à son ambition.. « Aal^ ic cun du siècle» dit La Noue l'un de ses plus aélés; fç serviteurs^ ne Ta surmonté eu hardiesse ny en cour-» te toisie ; il parlditfort disertement »• {dus de nature que ic d'art y estoit libéral et très^affable à toute personne^ ek c avec cela eiLcèllent chef de guerre; neantmoins, ama-* <c teur.de paix ^. plus grand dau3 Tadv^^sité que dans lo d. bonheur. » Le duc d'An|ou ne profita p^nt de sa vicAoire , et Coligny, devenu chef unique des Pvotesi tonsy put se l'étirer h Cognac sana éts'e env^mé» . A IVpoque de cet événement , qui remplit de* joi^ ks Catholiques y la Cour fut le théâtre d*une intrigue tramée par une {H^inoesse de treize ans. Marguerite do yaloisy dernier enfant de Henri II, douée, de toutes I^s grâces de la figure et de l'esprit , passoit » quoique à peine sorlie.de lenfance, pour. avoir inspiré une passion au jeune duc de Guise , et pour là partager^ §oit qu'elle eÀt un goût précoce pour rintrigoe, soil quelle voulàt servir son amant, ^elié avoit noué, à linsude sa mère , une correspondance secrète avee son fràre le duc d'Anjou, quiiouoit alors le premier i^àle dans le royaume : elle l'instiruisoit de tout ce qui $e paaaoit dans le cabinet, etprenoit probaUemenl avec chaleur les intérêts du due de Guise, qm venoit de faire avec éolat ses i premières armes ;à h bataille 4e Javnaic.Caâierine.ne. tarda pas à découvrir oettf intrigue, qui teudoît à. rendic lindépendant le duo
d*ÂD)OU| et h relever la puibs^noè -ie ht inafison de i56gi Giûse : elle fit à sa fille la moioqgc la plus sévère , et jparvint à la brouiller avec le Bot ^ avecle lieutenant^ génerali en la-leur peigtiaiit doâ plusAOÎreiQiouleurd) ce qui porta Margu^ite à oantrebter plus tard la li^i-^ son la plus intime avec le. duc d'Aleûçon^sloi troi<* sièine frèri?. Quoique œtte jeuue princesse eût Ufi ca« ractère fort., çutreprenaut, eUe trembleit devant la Reine ^ qi^i avoit açq\iis sur àea en&ns Tempiréie plas absolu > et dont il paroit qu'un seul regard sifffisoit pour les confondre : « Non-Séuletndnt^ ^11^116 dans- « ses Mémoires y je. ne lu^ osais parler, mais quand « elle me reg.ardoit^ je trahsissois de peur d'avoir fait a quelque chose qui lui.deplût^ » Cetie soumission entière à laqiieUe Marguerite étoit assujettie , »e faisoit qu'irriter son penchunt. pour l'intrigue et ponr la ga**lanterie* .
CpUgny^ se trouvant en sâretéà Gognae, ct^devcdi^ afferQi.ir Sja pniisiaiiçe sm l'artnée protestante , en bit donnait ^n chef appai^nt> dont la haute naissanoe e| les dcpft^. à. la Çoutonne^pussent garantir lU' fidi^lité d4 (C€Ux ^qui se.^^^aîent lait scrupule d'obtfii: & un simple p^Cutt^ : il pria Jeanne d* Albret , qui <toit à La iRochisUe , . de . lui amener le jeune prince^ de Na^ varre, devenu^ depuis la mort d'Antoine^ sot» pèro'^ ehaf de la n^aisôn dkl Bourbdn. Henri> âgé tàe seize ianS) parut pour la première fuis devant une dr^ laée qid devoit vaincre tant .defods sous ses ordres t ayant re(u dam les montâgnea dn Bétm uiië ^duca>> |ion mâlie et guerrière , plein ,de franchise^ de naïveté et d'esprit, il transporta les soldats par son air martial et sa douce afiabilUé. On joyoit à ses oôttfè^ An
<3€ isTaoDOcnoir avx MÉUom^
iSCo» cousin le jeune prince de Condé, dont le père venoit de, mourir si tnalheureusement à Jdmac; etFaspect de ces deux princes inspiroit tour à tour Tenthousiasmé et Tattendrissement. Jeanne d'Albret, ayant annoncé aux troupes qu^elle étoit décidée à faire tous les sacrifices,. et à ne traiter qu'aux conditions les plus favo-^ râbles pour sa religion , voulut conserver la mémoire de ce grand événement /eh faisant frapper une médaillé qui portoit ces mots : Paix assurée^ victoire entière, pu mort honnête (f). , . . »
Son espoir étoit fondé sur un puissant secours que lui amenoit Wolfgand de Bavière, duc de Deùx- Pônts: ce prince, qu'on ne put empêcher de pénétrer •en Bourgogne, se dirigea vers la Loire, et passa cette jivière en surprenant la petite ville de La Charité it mais une maladie causée par les fatigues l'enleva dan& le château de Lescars, au moment oh il alloit faire «à jonction avec les troupes de Coligny/ Il fut aussitôt remplacé par Wolrad de Mansfeld , qui ,* trois jours après, exécuta le plan dont on étoit convenu^ et atteignit l'armée protestante sur les bords de la Vienne. <!ette armée , ainsi renforcée , et ne se souvenant plu$ ide sa dernière défaite , résolut de s'emparer de Poitiers^ la seule ville de la province qui fût restée av pouvoir 4es Catholiques; • '
« - Le due de Guise s'y jeta, et fut bientôt assiégé par Coligny, qu'il accusoit d'avoir provoqué l'assassinat de son père* Ces deux ennemis implacables déployèrent ^lans l'attaque et dans la défense tous leurs talens pour la guerre : l'amiral, blanchi dans les combats ^ plein
f ; liO Pax <erta ^ Victoria intégra ^ mors Honcstfu
DBFuis i547 jusqu'en i594« iS^
d*habiletë et d'expérience , montroit Tardeur impe-* iSSq. tueuse d'un jeune homme ; et le duc ^ encore à la fleur de Tâge , n ayant fait éclater une valeur brillante qu'à la bataille de Jarnac, mais prenant alors pour modèle de. sa conduite celle qu*àvoit tenue son père au siège de Metz , savoit joindre à Tintrépidité la plus ferme toute la. prudence d'un vieillard. Le siège de cette yille , que sa grande étendue rendoit dii&cile à défen-* dre, fut soutenu avec opiniâtreté, jusqu'au moment oil le duc d'Anjott le fit lever par une fausse attaque sur £hatellerault.
Alors l'armée royale , ayant reçu des renforts, chercha l'occasion de livrer une bataille rangée. La plupart des Protestans, ruinés par la guerre^ désiroient /lussi qu'une action décisive y mit fin, et se flattoient ' de .venger leur dernière défaite. Goligny, sentant que ^^es ennemis étpient les plus forts, feignit de céder à cette impulsion ; et cependant il évitoit par des marfhe^ savantes toute e3pèce d'engagement. Enfin les deux armées se trouvèrent en présence près de Monf:ontour; la bataille fut livrée avec acharnement; et, pomme l'amiral l'avoit prévu, ses troupes ayant plié^ les Ciitholiques en firent un horrible carnage [3 octor i>re]. Le duc d'Anjou, dirigé par Tavannes, justifia la liaate réputation qu'il avoit acquise à Jamac ; mais il Jaissi^ encore échapper les fi*uits de la victoire. Au lieu de pourjsuivre ^vec vigueur l'amiral, dont les troupes débandées se retiroient jeu Gascogne , il s'attacha au ^iégede Saint-Jean-d'Angély, où Charles IX, jaloux de sa glpire, vint bientôt le joindre.
. Cependant Catherine , irritée par la résistance qu^op* |K)$oie|i t encore les Fr otestans^ et croyant à la possibilité
l38. lUTRODUCTIOIf AUX MÉMOIRES
I d69|. dç les[ sal;»)ùguery prenoit enfin contre eux les tbemres
les plus rigoureuses. Le parlement de Paris, venoit de
proscrire deux de leoi^s chefs /Coligny et Mpntgoiu-*
mery . : ils étoient déclarés criminels de lèse^-me^esté ^
, et cinquante mille écus[étoient promis à ceux qui livr^-«
rpient Famiral mort ou vif. Cet arrêt , ({ui n'empéchoit
pas la Reine de continuer avec eux des oégodations
(décrètes, ne fit que rendre leur parti plus implacable^
Pilles soutint à Saint- Jean-d'Angây, ville p^H fo|ti-^
fiée^ un siège qui. dura sept semaines, et qui Ùt perdre
aux Catholiques plus de trois mille hommes [décem^
bre]. Alors la Coitr mit son armée en quarti^ d'hiver^
Montluc P^ïidant que les Protestans> loin dHnterro^pre lefe.
liv. 6. hostilités, dévastoient le pays oti ils avoieni été vaînr
Ch^etny. ^^^ Tavannes^ qui avoit puissamment cdnlribiié aux
Castelnau , "victoires de Jarnac et de Moncontour, voyanl qû'bii
li^' 7- ne vouloit suivre aucun de ses conseils > <}uitta raniiée>^
à vS^^T"^^ ^^^^ ^ Paris exhaler ses mécontenteiitôns;et t^ttê ville y
tou jaurs. zélée pour la veligi<m cathoUqiae y lui fit ùxk
-présent considérable*
1570. , L'indolence de la Co«r fît espérer aux I^testans lài
campagne la plus heureuse» Dès les premiëiis jdUrs dil
printemps ils ravagèrent les environs d^ Toitloufie^
marchèrent vers Ja Loire, et pénétrèrent en Bôurgb-^
gne sans avoir trouvé de résistance. Le marél^hal dé
Cossé^Gonnor les y attendoit , et avoit ordre àe lek
empêcher de s'approdier de rile-de-Frailbei II i^ut*
livm bataille le aS juiaj près d'Arnay^e^-Duo.*:!» vie-*
toire demeura indécise; et ce fut là que le jeuiti^princé^
de Navarre, qui faisoit seS'pi^mières ariâes^ étionnet
Coligny par son sang-firoid et sa valeur. Les Pit)tes-
tans se débordèrejit ensuite dan^ le pays situé enti?#^
DBPU13 1.54? '^^^^^^ ^^94* <i?9
ITofUie et la Loû-e^^ désolèrent rQi4éaDais, et menaJ- 4570. cèrent la capitale.
Les deux partis^ plus que jamais ëpoisés, seûtoient
le besoia de la paix : si d*un côté la Cour,. après avoir
laissé perdre l'année précédente le finît de deux vict^
toires., aemUoit hors d'état de faire un grand effort;
de Tauti^ p les Prote&tans y qui venoient de parcouri^^
la France en conquétans, étoient accablés de fatigues^
et ne pouvoient espérer de se soutenir loxifg^ temps
dans un pays soulevé contre eux. Cette situation apla-^
nit les difficultés que Catherine avoit jusqu'alors ren-*
contrées pour négocier : on se rapprocha par néces-^
site y mais sans dépouiller les sentimens de haine qui
avoientrendu la guerre si cruelle; et la paix fut con-^
élue à Saint-Germain y le 8 août. Quelques chefs des
Pcotestans, qui obtinrent des avantages sur lesquel$
Us n'auroient jamais osé conipter, et qui n'aperçurent
pas ce que tant de complaisance avoit de suspect ^ pa-^
rarent disposés à exécuter sincèrement ie traité. « Je
(( désireroîsy disoit l'amiral ^ plustost mourir que de
ft retomber en ces confusions / et voir commettre de-*
« vaut mes yeux tant de maux. » Les Catholiques,
humiliés jd*UB arrangement qui consolidoit un parti
dont ils avoient. espéré la ruine entière, ne cachoient
pas leurs murmures. « Je ne veux pas, disoit Ta-^
^ vannei, que les vaincus et prisonniers de Jarnac et /
« de Monoontour conduisent les victorieux selon leur»
« desseins. ».
' Ce fMt dans ces dispositions que les diefs des deux l^ârliç imreat part aux fêtes magnifiques qui furent données par Catherine à l'occasion du mariage duRoL» Huit ans auparavant» YîeiUeville, chargé d'un^^aJI^-
l4o IWTRODUCTXOîî AUX MÉMOIRES
1570. bassade à Vienne, avoit pris sur lui de demander pour le jeune monarque Isabelle d'Autriche, seconde fille de l'empereur Maximilien II, et s'étoit même pirocuré son portrait : on revint à cette idée , dont l'exécution devoit resserrer les liens qu'on vouloit former avec les deux branches de la maison d'Au- Jkriche; et les Protestans ne semblèrent prendre aucun ombrage de cette alliance. Charles IX alla au-devant de son épouse jusqu'à Mezières. Elle étoit conduite par l'archevêque de Mayence, qui, n'ayant point l'u-y sage de la langue française, ne pouvoit parler que la** tin. Dans cette Cour, où^, depuis les guerres civiles, on avoit entièrement perdu le goût des langues anciennes^ il ne se trouva queCheverny qui put servir d'interprète an prélat. Cette circonstance lui fit jouer un rôle im-* portant, et il s'en applaudit dans ses Mémoires* « Je « ï*econnus lors, ditril, que-mesmes à la Cour, bien « que les sciences et cette langue y soient méprisées,; ce quiconque- en peut avoir la capacité en doit conser-^ <c ver quélqae usage facile, pour ne demeurer court; « et s'en servir aux occasions. » . .
. Isabelle étoit digne par ses. vertus et ses charmes de faire le bonheur de son époux; et elle (ùi devenue l'idole des Français , si elle letir eût été donnée dans des temps* nK>iiis horribles» A la fleur de l'âge, elle' Gaspard de rappeloit, dans sa. conduite ,^ la sévérité des mœurs
Tavannes. antiques (0. Pîeuse et modeste,, étrangère aux pas-
Ch ^"^ sion^ qui animoient les deux partis, elle auroit pro-
YieiUeyaie, bablemènt ramené la décence à la Cour, si l'ascen-
hy. a. ^ai^t de sa belle-mère ne l'eût réduite à une sorte*
de nullités.
' <0 Prisci morU velJuymU cstaJt^ fénUna. Dt THoii«
DEPUIS i547 jusqu'ex^ 1S94» j4x
Les dlvertissemens de Charles IX pendant la paix 157 n n'étoient pas de nature à plaire à une princesse de ce caractère. Le jeune monarque n'aimôit que la chasse et les exercices violens : quoique son tempéi^ament fut foible, et que des débauches précoces Feussenl al^ teréy il s'y livroit avec une ardeur qui donnoit sur sa santé les inquiétudes les plus fondées. Ses passions n'avoient jamais trouvé de frein j et les moindres cèn-» tradictions Ventrainoient à des emporteinens qu'il sa-r voit concilier avec une dissimulation profonde. «Il « juroit^ dit Bouillon , et lui ay ouï dii*e souvent que « jurer estoit une marque de courage à un jeune « homme. » Ces habitudes vicieuses j qu'il tenoit de son éducation, ne Vempéchoient pas de posséder quel* ques-unes xles qualités qui convenoient à son rang. Sa démarche étoit noble et majestueuse , son élocutton concise et énergique i il accordoit aux lettres français» ses la .même protection que son aïeul: quelquefois même il lui échappoit des vers forts d'expression et dm pensée ; maïs les poètes qu'il admettoit volontiers dans son intimité y flattoient ses passions, au lieu de chèr-*> cher adroitement à lés calmer.
. Les services que Tavannes avoit rendus dans la dernière guerre furent récompensés par le bâton de mà<* réchal de France, et cette promotion i^assura les Ca-< tholiques qui s'inquiétoient d'une négociation dont s'occupoit alors la reine mère» Louis de Nassau, fi'ère du prince d'Orange, étoit à la Cour, et soUicitoit vivement des secotirs pour les Protestains des Pays^ Bas, Catherine, m^Hgvé les liens qu'elle verioit de con-« t)*acter avec la maison d*Autriche, laissoit entreyoii^ qu'elle étoit disposée à distraire les Français de leurs.
14^ UfTaODUCTIOK AUX MÉIfOiREft
iS^i; querelles intérieures par une guerre ëtrangèie; tr^is elle aftectoit d^ se plaindre que la reine de Navarre' etramiral ne lui témoignassent aucune^ confiaiu^. En^^ effet ^ depuis la paix, ils i^'avoîent pas quitté La Ro-^ ebelle, où ils veilloient soigneusement à la ^reti^ du* piince de Béam* et du priace de Ck)ndëi La négocia-tion^ dont étoit chargé Louis de Nassau^ ofiHt ua prétexte tout naturel de les appeler^: et ils crurent ne pou voii: se refuser à cette invitation.
La.Cour alla les attendre dans le châteatu de 'Blois/ Jeanne d'Âlbret fit parottre encore quelque besitatich ? non-seulenfent elle redoutoit les pièges que des eh'« nemis iniplacal)le$ pouvoient lui tendre; nais son amour maternel la £^isoit trembler sur 1^ dânget?» que son 6h aUoit courir au milieu dès femmes qm eu-» touroient Catherine de Mééicis. Elle avoit donné tou9 ses soins à réducafeion de ce fils* chéri , qui^ âgé de dix*' huit ans> et préservé jusqu'alors des passions!, mon-^ troit néanmoins quelque penchant à de&égaremens qui dévoient être Tunique tacbe dç sa vie* Voyant qu'il faudroit tât ou tard le conduire auprès du Baif elle s'efforçoit de lui inspirer de la défiance et du dé«» goàt pour le$ séductions aoxqueUes il seroît exposé. « Ce ne sont point à la Cour , lui écrivmt-cUey les ce hommes qui plient les femmes; ce sont les femme» « qui prient les hommes. Si vous y restez, vom^ n'en 4r échapperez )am«âs sans une grande grâce de Dieu. »- L'amiral y pour quv la posmbilité d'une guerre avec FEspagne étoit vme am<irce irrésistible^ fixâ^ les inicer-' titudes de Jeanne d'Albret; et bieRtôt <:ette princesse parut k BloiSy suivie de son iilsr et dtt prince dd Cotadé^ son neveu. Elle fut accueillie | ainsi que Colignj^^
^éc ie^ démtoiuslrâtioiis de ramitié là plus'siDcëre<^ i^ii . Calheriâe enit js^ec la isetne de Navarre plusieurs ejitreliens particuliers ^ dans^ lesquels elle ne put râis^ sir à pénétrer les intentions du parti protestant. Ir*^ fitée de la réserve de Jeanne ^ elle pria Tavannes^ dont elle CQn&oissoil Thabilete/de liii indiquer les IQoycsis d'arracher des secrets si impôrtans. « Entre « feiamesy lui repondii^il foil^t^rement^ mettea^-la eii K colère et ue vous y meltee point r vous apprendrea) i(d*dle^ non elle de. vous. » Cadierine ne suivit pas te conseil dans, la crainte d'inspirer de la défiance à la reine de Navarre ^ elle ne lui parla au contraire ^e de ses vues pour le maintien de la ' pài jc ^ et dfl0 lui proposa de cimenter Tunion des. deuat peètis , pai^ le mariage de' sa dernière fille, la belle Marguerite de Valoi^^ avec l^ prince de Béarn. Uofire étoît d'autanf plua sëdkiiaanle ^ ^'il parotft que Jeàane ignoroît les bruits ^i leouroient à la Cour sur rinclination de la |e«ne princesse pour le due de Guises '
. Ccqpendant raxniral» sembla très* goûté par le Roi» Admis fré(|uemQieiitf à des; audîemîes teaètes ^ il lui ^ - pskrloit des succès qu on poun^oit obtenir en Flandre ^ il cherdkoit à lui insinuer que des. trioiaphes , rem-^ porté», sui: l'étranger^ effaceroient les vîdtoires inutile» de Jamac et de Moncûatosur; il lui inspirait de 1» )aloiisi< contre k duc d'Anjou ^ et il lut fatsoit enten- ^ ^Mi^> atissitât qvTû. se moistreroit à la tête d' une •nxiée^ ^ Ifffrdeii:!^ padf&s^ serment con&Ddus , il €^sse4 t(»t dilttoe: eU: Ittàle. Qiades prêtoît lloécille à ces discoiiins sédhiisan» ; jictd: peortoit à croire quil alloît changer de syiléme> et une grande révolution sembloôfr tt prépaeer ^ la G&ur* CaUierine conçut de Xéffroiy
'l44 INTRODUCTtON'Atrx MÉMOIRES
iS^i.. surtout lorsqu'elle vit le duc d'Anjou, son ffls chëri^ presque disgi'âcié, le duc de Guise éloigné, le cai*dinal de Lorraine obligé de partir pour Rome, et Tavannes repoussé.
Le meurtre de LigneroUes, favori dû frète du Roî^ commis au milieu de la Gôur , et resté impuni^ augmenta les inquiétudes qui tourmentoient les esprits* Les uns prétendirent que le Roi Tavoit puniid'une in* trigue galante qu il lui soupçonnoit avec sa mère ; d'autres crurent que, admis par cette princesse à des mystères de politique, il avoitété victime de son indiscrétion. Les biiiits les plus extraordinaires se répandoient à la Cour^ et elle flottoit dans une agitation qui paroissoit n'avoir aucun but déterariné^ Ta vannes,, d'après les récits de son père, en fait tme peinture très-fidèle. «L'arc esttendu^ dit-il, à la « ruïne ou establissement des Huguenote. Le Roy fc Charles est porté à la guerre d'Espagne par leur « subtilité. Ils lui proposent d'obscurcir les combats; <c' de son frère par nouvelles victoires. La Reine fluctue Gaspard de * «ntre paix et guerre; crainte de civile la penché i Tavannes. « l'estran gère. Comme femme, elle veut et né veut T^^' ^ pas, change d'avis, et rechange en un instant. Le& « Huguenots cornent la guerre , le Roy avec eux ^ ses « grandes faveui^ leur sont suspectes. » 1572» ' Cependant oh s'ôccuppoit du mariage du priiicede Béarn et de Marguerite de Yialois. Lés préparatife s'ea iaisoient avec beaucoup d'activité, lorsqu'une inort imprévue les, suspendit tout-à-coup. Jëanned'Àlbrët ^ mère du jeune prince, âgée seulement de quarante"^ quatre ans , fut attaquée d'une fièvre qiii,. ne pcésen* tant d'abord aucun symptôme alaimant^ l'^eva aa
DEPUIS l547 JU5Qn*EN l^Q^» lI^S
bout de cinq jours [ lo juin]. Son fils prît alors le titre .iS?^. de roi de Navarre. DansFinquiétude vague qui régnoit, on répandit que cette princesse avoit été empoisonnée, et Ton. prétendit que des gants parfumés , dont Gathe^^ rine lui avoit fait prient ^ étoient la cause de sa mort: On sqouta que le poison avoit agi sur le cerveau , et que 9 pour en dérober la trace , les médecins s'étoient bornés à ouvrir le cwps/sàns toucher à la tête. Ces bruits^ qui réveillèrent les soupçons auxquels les deux partis étoient en proie , n'étoient nullement fondés, puisque la princesse étoit morte d'une maladie de poitrine : mais ils furent alors vainement démentis par Gaillard, son médecin ordinaire (0.
Peu de jours après cette mort [26 jum], le Roi tint un CQBséil où furent admis le duc d* Anjou, Tavannes et CoUgny. Le dernier développa ses plans pour une
(■) Cskjet Boufl a conservé le témoignage de ce médecin. Quel<{ues personnes flontenoient devant Gaillard que Jeanne avoit péri par le poison : « Messieurs^ leur dilril^- vous savez tons le commandement quv « m^a plusieurs ibis faict la Rejne, ma bonne maistresse , que ,.8i je me « trbuvois prés d^elle à l'heure de sa mort , que je ne fisse fauhe de « |at -fave ouvrir lé cerveau , pour voir d'où lui procedoit cette de- « mangeJBttson qa'^e avoit d'ordinaire au sommet de la teste , afin que' «c si. monsieur le prince son fils et madame la princesse sa fille se sen-; « toient de ce mal , qu'on y pust trouver le remède , en sachant Toc- « casion. Confoktnément à cet ordre , Deneux , son chirurgien , lui « scia ie test , et nous vismes que celte démangeaison lui procedoit de « quelques petites bubes d'eau qui s'engendroient entre le test et la* c taye du cerveau, sur laquelle elles se répandoîent , et lui causoient^ « cette demangeaisoii. Puis^ ayant fort curieusement. regardé , Deneux m dit aux aadatans : Messieurs, si Sa Majesté estait morte pour avoir 9, jyâré et seoty queltfue chose d'en^isonntf , vous en verriez les mar'^ « ques 4 ^ ^y^ ^'* cerveau i mais la voilà aussi belle, que Von sauroU « désirer. Si elle estait morte pour avoir hiàngé du poison, il paroCtroft, m à Vorifice dp Vestomac : rien n'y paroCt^ U n'y a donc d'autre çcea* cr si^n'de sa mort que Vapostuine de ses poumons. » ^ ^