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i57!x. campagne de Flandre, et s'efforçia de faire sentir les avantages que tirerait la France d'une ligue coptre l'Espagne. Il fut réfute' avec aigreur par les deux au-»ires conseillers ; mais , voyant que le Roi balançoit à se décider , il ne désespéra pas de l'amener à favoriser ses vastes projets. Ayant trouvé une occasion de lui remettre cette affaire sous les yeux, il le pressa plus vivement, et eut l'imprudence de lui dire qu'il avoit pour cette enti*eprise dix mille hommes à sa 4isposi* tion. Charles, indécis, parla de cette offreàTavannes: « Sire, lui répondit le maréchal avec fureur, celuy fc qui vous porte telles paroles, vous luy devez faire c trancher la teste. Comment vous présente-t-il ce qui « est à vous? tl' est signe qu'il les a ga*gnés et corromce pus, et est chef de party à vostre préjudice. Il a c( rendu ces dix inille de vos sujets à luy , pour s^en « ayder et sei^vir à un besoin contre vous. »
Le jeune monarque, frappé de ces raisons, eut cependant la foiblesse de les communiquer à l'amiral, qui conçut la haine la plus violente contre Tavannes. Si Ton en croit les Mémoires du fils de ce dernier , cette hai^e fut quelques jours après sur le point de s'assou* vir. Pendant que le Roi étoit allé chasser à Monceaux^ Coligïiy et Tavannes se rencontrèrent par hasard sur le quai du Louvre : l'amiral étoit accompagné de quatre-vingts gentilshommes , le maréchal n'en avoit que dix. Ils vont ensemble se promener hors de la ville : quafldd ils sont uh peu .éloignés, Coligny met la conversation sur la. campagne de Flandre, s'emporte contre ceux qui s'y opposent , et outrage personnellement Tavannes. « Quiconque,, lui dit-il d'un ton in* « sultanty empt^sche la guerre d'Espagne, n'est pas
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c bon français , et a une croix rouge dans le ventre (* )• » 1 5^^. Le maréchal^ s'apercevant que la nombreuse escorte de Coligny partageoit sa fureur, et n'ayant à lui op-^ poser que quelques aïnis, ne songe qu'à se dérober adroitement au danger dont il est menacé. Etant un peu sourd, il feint de n'avoir entendu qu'à demi, répond avec modération qu'il n'appartient qu^au Roi de décider une affaire de cette importance , et se rapprocha insensiblement des portes de la capitale, où Tamiral le laisse entrer sans attenter à ses jours. Cette scène, qui fut bientôt publique, augmenta encore l'aigreur des esprits.
Coligny sembloit de ]bur en jour faire des progrès dans la confiance intime du Roi. Catherine , à qui tous les en tours du monarque étdiént vendus, s'inquiétoit de ces conférences secrètes, et voyoiï clairement qu'il s'agissoit de la priver de son autorité.' Sa crainte étoit confirmée par l'imprudence des Protestans, qui, transportés du crédit apparent de leur chef, se permetfoîent eontre elle les pr<>pos les plus inconsidérés. Dans cette position difiicile, elle résolut d'avoir ùnô explication avec son fils. Ce prince étoît allé chasser à Montpipeau : elle s*y rend , saisit l'occasion de le pren-» dre en particijlief au milieu des bois, et l'entraîne dans un château voisin. Là, fondant en larmes, elle lui rappelle tous les dangers dont elle a préservé son enfance, lui fait sentir qu'il ne régneroit pas, si elle n'eût trouvé le moyen de détruire, les uns par lés autres, ceux qui vouloient renverser le trône, se plaint de ce que depuis quelque temps il se cache d'elle, et lui reproche l'attachement aveugle qu'il témoigne pour
(0 La croix rouge cOstinguoit les soldats de la maison d' Autriche.
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iS*]*!. son ennemi le plus dangereux. GharleSy-t[ni cannoissoit parfaitement sa mère , craint qu'elle ne lui oppose le duc d'Anjou : il avoue qu'il s'e&t laissé séduire par. les théories brillantes de Goligny^ promet d'y renoncer^ et affecte la soumission la plus entière. Catherinefeint de ne pas croire à ses promesses. Elle va s'enfermer à Monceaux y où le Roi s'empresse de la suivre. De nouvelles explications ont lieu entre elle et lui ; et, comme elles sont sans résultat, la mère ne doute plus qu'elle n'ait perdu l'ascendant qu'elle avoit jusqxi'alors exercé sur son fils. Blessée dans ce qu'elle a > de plus cher, elle s'entoure du duc de Quise et de ses par* (isansy échauffe leurs sentimens de haine contre l'amiral^ et leur déclare qu'elle consent à ce qu'ils le fassent périr , quelles que puissent être les suites de cet attentat* • v
GoligBj^ plein de confiance et de sécurité, profita du retard qu'éprouvoit le mariage du roi de Navarre pour allerpasser quelques jours à Ghâtilloa-sur*Loiiig. Ses amis les plus prudens^ effrayés, du ton sombi^e et mystérieux qui régnoit. à la Gour; et prévoyant que quelque piège luiétoit tendu , le conjurèrent de rester dans ses terres^ afin de laisser passer l'oi^age qu'ils voyoient se former : mais l'amiral:, crovant avoir e^ntièr;ement subjugué l'esprit du Roi^ fut sourd à leurs observations ^ et revint à Paris où sa perte étoit décidée. ' Tout se préparoit pour les noces du roi de Navarre et de Marguerite de Valois. La jeune princesse ^ éprise du duc de Guise, avoit ouvertement témoigné vsa- ré^ pugnance pour ce mariage , et s'étoit vainement appuyéç sur ce que la cour de Rome avoit refusé des dispenses) le Roi, conseillé par Goligny, leva tous les
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obstacles , et obtint du cardinal de Bourbon , oncle du iS?^roi de Navarre, qu'il béniroit cette union formée sous de si funestes auspices. La cërémonie eut lieu à Notre- Dame [18 août] : la Cour s*y rendit en grande pompe; et l'on vit cette antique église remplie de Catholiques et de Br^^testans. Lorsque la messe- commença^ le roi de Navarre se retii'a ainsi que ses amisy et Marguerite resta seule à geno«x au pied de l'autel. On se figure aisânent quels sentimens dévoient agiter cette princesse, livrée à l'âge de dix-neuf ans , et dans toutFé^ clat de sa ^ea^té, à un homme dont elle n'étoitpas aî^ mee; également contrariée danssessentimens religieui^ et dans ses inclinations les plus tendres ; et ne voyant pas même à ses côtés l'époux auquel elle alloit être forcée de donner sa main. La messe ^nt finîe> le roi de Navarre rentra , et le cardinsd de- Bourbon fit le mariage; mais Ton assure que Marguerite garda le silence lorsque, à diverses reprisesy le célébrant lui de- BUinda son consentement; et l'on ajoute que Char»' les IX, irrité de cette résistance, s'ap{^rocha de sa sœur, lui mit la main sur la tête, et la- luf fit baisser de force; ce qui fut considéré, de la part de la princesse, conune un signe suffisant d'adhésion. - •« Après la cérémonie, le célèbre historien de Thou ^ «icoire fort jeune, fraticlnt les barrières -qui* avoient été placées dans la nef, et pénétra dans le chœur, oh se promenoient l'amiral et Henri de Montmorency d'Aaville. Cdiigny parloit ées victoires qu'il se flattoit de remporter dans les Pays-Ba&, et montrant les dra-peaax qui lui avoient été enlevés à larnac et à Mbneontour, et qui- étoiisnt encore suspendus 201% voûtes^ de r^Use, « Dans peu ^ disoit-il , on les arrachei^a de
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x573. « là, et on en mettra d*autres à leur place qui seront « plus agréables à voir. » Sa confiance dans la sincérité du Roi lui faisjodt bannir toute crainte , et leSt grâces qu il venoit de recevoir lui inspiroieat la plua grande horreur pour ^e. nouveaux troubles. « J'aini^ mieux ce mourir y ajouta-t-il, et estre traîné par les rues de c( Paris, que de recommencer la gu^re^ civile, et de f( donner lieu de penser que f ay la moindre défiance « du Boy, qui, depuis quelque temps, m'a remis en ce ses bonnes grâces. » Il étoit loin de penser que ses ennemis lui réseiToient quelques jours après un sort encore plus affreux que celui auquel il se soumettoit plutôt que de retomber dans la révolte.
La maijson de Guis^ , autoi:isée par Catherine à- em*ployer tous les moyens de se, défaire de VamÎFàl, àvoit eu d'abord le projet de le faire périr au milieu du jar-* din du Louvre, en présence du Roi, et dans le tumulte d'un jeu de bagu/e; mais elle fut retenue par la crainte des suites d'un coup aussi kardi. Le duc de Guise, beaucoup plus animé que sa famille, parce que les conseUis de celui qu'il accusoit d'être le meurtrier de son père {^voient déterminé' le mariage par lequel sa maîtresse venoit de lui être enlevée, trouva un assassin de profession, nommé Maurevert, qui lui promit de l)raver tous les dsmgers pour satisfaire sa^ vengeance.
Coligny demeuroit dans la r«e de Béthisy, voi^ne de l'église àfi SaiiîtrGermaJQ-rA.uxerrois , et souvent ' il se rendx)it à pied au Louvi:e. Maurevertfut posté dans la maison de Gbailly, maître d'hôtel du duc d'Anmale, située près de cette église : armé d'une ar* quebuse^ et sans cesse k une fraétre où il étoit caché
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par un rideau transparent, il épioit le moment de corn* 1 572, mettre son crime. Enfin , dans la matinée du vendredi 33 août/ il vit l^miral sortir du Louvre, et s'appro-* cher lentement, parce qu'il étmt occupé à lire un mé^ moire qu'on venoit de lui présenter : il rajusté, le coup part; mais Coligny échappe pour cette fois à la mort. Les balles lui enlèvent un doigt de la main droite, lui fracassent le coude du bras gauche, et il a encore assez de sang-froid et de force pour indiquer la maison d'où le coup a été tiré. Aussitôt ceux qui accompagnoient lamiràl se précipitent dans cette maison : mais Tassas^ sm en étoit déjà sorti par une porte de derrière ; ayant sauté sur tin excellent cheval qu on lui avoit préparé^ il se sauvoit à toute bride du côté de la porte Saint* Antoine. Les recherches sont inutiles; il ne se trouve dans Tappartement quun jeune homme, qui ne peut donner aucun renseignement; et Saint- Aubad , qui se met à la poursuite du meurtrier , ne peut l'atteindre* A la nouvelle de cet assassinai, le trouble et la tei^-* reur se répandirent dans la capitale. Les* Protestans^ qui s'y trouv oient en très*grand nombre, ezprimoient leur chagrin par des menaces, et déclaroient qu'ils se feroient eux-mêmes justice, si ce crime demeurôit im-» puni. Les Catholiques, révoltés de leur arrogance, mais ignorant d'où le coup étoit parti, sentoient renaî-* tce leur fureur contre un homme qui auroit dû plutôt exciter leur pitié, puisque de long-temps il ne ponvoit être à craindre. Lorsque Charles IX apprit l'attentaf eommiis sur l'amiral , il se livra aux plus horribles em^ portemens, et jura que le» coupables seroient eic;emplairement punis. Immédiatement après son dtner, il voulut voir le blessé, et se rendit chez lui avec toute
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iS*]^. sa cour» Coligny chercha vainement à lui parler en particulier : Gath^ine se tint constamment entre son fils et le lit. du malade ^ et parvint ainsi à empêcher une explication qui, en la perdant , auroit peut-être prévenu Fhorrible massacre qui devoit avoir lieu deux jours après.
' Le soir, cette princesse résolut de tenter sur^son fils un dernier effort. Elle obtint de lui qu'il réunît uii conseil secret, composé du duc d'Anjou, du comte de I^evers, du garde des sceaux deBirague, et des maréchaux de Retz et de Tavannes. Elle y rappela tous les attentats des Protestans depuis la' mort de Henri II, s'étendit sur la conjuration d'Amboise, où il ne s'agissdit de rien moins que d'abolir le culte catholique; n'oublia pas l'audacieuse entreprise de Meaux, à laquelle le Roi n'avoit échappé que par une sort^ de miracle, et ne négligea aucun moyen de réveiller dans le cœur du monarque les sentimens de haine dont elle l'avoit vu autrefois animé. Elle passa ensuite à la situation actuelle des affaires, qu'elle peignit des couleurs les plus effrayantes. Ne dissimulant point qu'elle avoit autorisé la maison de Guise à se défaire de l'amiral, elle fit sentir que ce mystère, déjà pénétré par les Protestans, ne tarderoit pas à être, entièrement découvert; qu'on pouVoit juger, par leurs menaces, des violences auxquels ils alloient se livrer; que la mère du Roi et la maison de Guise -ne seroient pas seules exposées à leurs fureurs ; et que, comme on n'imagiueroit jamais qu'un coup si hardi eût été porté sans l'aveu du monaiHjue, ce seroit contre lui que toutes les vengeances seroient dirigées. Les principaux conseillers observèrent que la guerre étoit inévitable, et que les résultats