‹ Commentaires (volume 4)Chapitre 7 sur 21 · IL · texte numérisé non relu

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pouvoient eu être fort incertains : Topinion unanime 1572. fut quilvaloà mieux gagner une bataille dans Paris , où tous les. chefs étaient^ que de la mettre en doute en la campagne; et il fut résolu qu'on feroit périr Fami^ raL, ainsi que les. chefs du parti protestant.

Charles IX, âgé de vingt-deux ans, habitué jusqu^alorç.à une soumission aveugle aux volontés. dé sa mère, et n'ayant .fait y depuis quelque temps ^ que des effort^ timides pour secouer ce joug, parut livré, pendant cette horrible délibération, à une multitude de sentimeiîs contraires. Enfin la crainte et s'a violence naturelle prirent le dessus , et il rompit le silence en décla-' rant qu'il consentoit à la mort de Côlîgny , mais qu'il vouloit qu'en même temps tous les Protestans fussent ^ massacrés, afin qu'aucun d'eux ne pût jamais lui faire de re2)roches. Ainsi ce malheureux prince sentoittoute- Vénormité du crime qu'il commettoit, et prévoyoit dès-lors les remords dont il alloit être déchiré.

Après de longs débats, il fut décidé que le roi de Navarre et le prince de Condé seroient épargnés : on espéra qu'il seroit facile dé faire revenir ces jeunes piînces ^ la religion de leurs pères, et l'on crut que leur exemple seroit utile pour ramener les Protestans qui pourroient échapper au massacre.

Tous ces détails, puisés dans des sources authentiques, semblent prouver que la proscription générale des Protestans. ne fut pas combinée long-temps d'avaiice,' comme l'ont dit lé plupart des historiens. Catherine, irritée des prétentions de Coligny , ne voulut d'abgrd faire périr que les chefs ; et Charles IX n'adopta la résolution de les perdre tous que deux jours avant la catastrophe. Il entrai comme on le voit, dans cette

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1572* résolution atroce^ :plus de foiblesse encore que de cruauté. Ainsi tout porte à croire qu'il faut s'en rappoiter au témoignage du fils d'un des conseillers ^ qui dit ff que ce projet^ né de Toccasion ^ ne se ftist pu <c exécuter sans être découvert , s'il eust este préaié« « dite» » •

Lelendemain, samedi 23 , pendant que les préparatifs se faisoient avec mystère , le Roi montroit une dis-' simulation profonde. Les Protestans^ effrayés de l'agitation du peuple^ voulurent quitter Paris , et emmener avec eux l'amiral, qui partageoit leurs craintes : mais les médeciDS de la Cour soutinrent qu'il ne pourroit supporter les fatigues d'un voyage , et le monarque prit en apparence les mesures les plus propres à le rassurer. Une proclamation publique invita les Protestans à venir se loger dans, le quartier qu'il habitoit^ afin de lui prêter main forte si l'on vonloit l'attaquer : le régiment des gardes fiit posté devant sa maison, avec . l'ordre de voilier à sa sûreté ; et les portes de la ville furent fermées ^ sous le prétexte de prévenir l'évasion des complices de l'assassin. X^^tes ces précautions, dont Coligny parut satisfait, dévoient tourner contre lui, et contre ses malheureux partisans : réimis sur un seul point, ils pouvoient être plus facilement extermi« nés : le régiment des gardes étoit destiné à soutenir leurs meurti'iers ; et la ville n'étoit fermée que pour empêcher qu'aucun proscrit n'éch£q)pât.

Dans la soirée de ce j^our, le. prévôt des marchands, Jean Charron, et Marcel, qui avoit atrii^efois exerce cette charge, furent mandés au Louvre : toms deux connoissoient parfaitement la capitale , etétoient fort accrédités près du peuple ; le duc de Guise et les gé-

nëraux chargés de Texéculion du complot, leur dirent i5^p^ qu'un grand trouble devoit éclater pendant la nuit, et leur ordonnèrent, de la part du Roi, de réunir sur-» le-champ les compagnies bourgeoises à Thôtel de ville. Voyant leur zèle, ils ne balancèrent plus à leur révéler la résolution qui avoit été prise dans le dernier conseil. Ces magistrats, quoique ennemis implacables des Protestans, frémirent d'abord à la pensée du carnage dont leur ville alloit- être lé théâtre : mais, excités bientôt par des discours qui réveilloient leurs passiens, ils se 9iontrèrent plus animés que ceux dont les exhortations les poussoient au crime, etsoitirent du palais en jurant qu'il serait mémoire à jamais de cette exécution. Peu d'heures après, ils placèrent des corps de garde sur toutes les places, firent tendre les chaînes., oi'donnèrent que les maisons fussent illumi^ fiées, Qt décidèrent que le signe de ralliement des Catholiques seroit une croix blanche placée sur la poitrine.

Tout paroissoit tranquille dans le Louvre, et Ca* therine y tenoit son cercle comme dans les temps les plus calmes^ Les jeunes seigneurs protestans, ignorant que cette nuit étoit pour eux la deroière , s'entretenoient gaimeiM; avec les femmes de la Gour, q:ui ne sembloient avoir aucune connoissance du complot. Cependant on apercevait dans les regards de la famille royale untrouble , une inquiétude et des signes d'intelligence qui auroient dû éclairer lesplus aveugles. La duchesse de Lorraine > sœur aînée du Roi ,. étoit assise à côté de sa mère ; et , douée d'un naturel tendre et compatissant, elle frémissoit des horreurs qui aUoient être commises. Marguerite, malgré la répugnance qu'elle

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157a. âvoît montrée à épouser le roi de Navarre , n'éfcoit pas' dans la ^ confidence, non plus que le duc d'A^lençon, son jeune frère , dont on avôit redouté l'indiscrétion. Le cercle ayant fini plus tôt que de coutume , Catherine donna Tordre à la reine de Navarre d-aller se coucher : alors la dudiesse de Lorraine , qui savoit qae le Louvre ne seroit pas un asile pour les proscrits, ne put se contenir plus long-temps : « Mon Dieu, ma « sœur, dit- elle, n'y allez pas! » Sa mère ayant voulu lui imposer silence, « Il n'y a pa^d^appârence, é s'écria-t-elle; de Tenvoyer sacrifier comme cela : « sans doute, si les Huguenots découvrent quelque « chose, ils se vengeront sur elle. — S'il plaît à Dieu, « ré|)Oiidit froidement Catherine^, elle n'aura pomt de « mal; quoi que ce soit, il faut qcp'eHe y aille, de ce peur de leur feire soupçonner quelque chose. » Catherine commanda de nouveau à Marguerite de se irendre auprès de son époux : la duchés^, la eroyant perdue, Fembrassa en fondant en larmes : « Et moy, ce dit Marguerite dans ses Mémoires, je ta eh allay } « toute transie et éperdue, sans me pouvoir imaginer « ce que j'avoiâ à craindre» » Mariée «contre son gré depuis six jours avec un prince pour qui elle 'n'avait aucun penchant , ne pouvant concevoir les causes de la situation p>érîlleuse où elle se trouvoil, elle se coucha, l'imagination remplie d'idées bistres, et n'ayant auprès d'elle d'autres femmes qute sa noutrice. Ses inquiétudes augmentèrent lorsqur'elle vit trente Protes* tans^introduits:dans sa chambre, et chargés de &ire 1» garde autcnir de son lit* . > .

r Les seigneurs protestans prirent congé de Chmrles IX r le îeune comte de La Rochefoucault ^ qu'il traîtoil

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comme un favori y- et qu'il auroit voulu sauver, resta 1572. le deraier. « Foucault , lui. dit-il, ne t'en vas pas: « nous nous amuserons ensemble le reste de la nuit. « — Cela ne se peut, répondit le comte, qui avoit « un rendez -vous avec la princesse douairière de .. « Condé (0, car il faut dormir et se . coucher. — « Tu couçberas, poursuivit le Boi, avec mes valets . fc de chambre. » Cette proposition ne pouvoit être agréée par le comte, qui se flattoit. de passer la nuit dans une Compagnie beaucoup plus agréable; et le Roi le laissa courir à. la mort sans oser insister/ de peur qu une indiscrétion ne compromit Fezécution de ses desseins.

. Lorsque tout le monde fut retiré, Charles IX, à rapproche du carnage dont le signal alloit bientôt être diHmé, tomba dans d'horribles angoisses,- et sa mère, quoique beaucoup plus décidée, ^urouva une vive émotipn : Fun et l'autre redoutoient la résistance dé-« . sespérée des Protestans. Les chefs cherchèrent en vain* à les rassurer : ils ne retrouvèrent quelque sécurité que quand ils apprirent que l'amiral n'existoit plus.* Coligny, assailli dans sa maison, au milieu de la nuit, étonna d'abord ses assassins par ce courage tranquille qui ne l'avoit jamais abandonné dans les plus grands dangers: le fer levé sur lui sembloit* tomber de leurs mains ; mais, excités par le duc de Guise, qui lui reprodioît d'avoir fait couler le sang de son père , ilsregorgèrent, le jetèrent par les fenêtres, et exercèrent leurs fareujrs sur soa corps inanimé, 1 >

(0 EUe ëtoit fille de François d'Orléans, marquis de Bothelin , et •▼oit été mariée en ^i4l65 avec Louis , premier prince de Condé , tué «ik iS6^ k la IwuiiU* de JaniAft; .Cette prkiceas^ éuàX fort gahnte.

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1572. Il avoit été convenu que le massacre général auroît

lieu immédiatement après cette exécution. Aussitôt le tocsin du palais, qui devoit en être le signal , se fit entendre : des cris affreux retentirent de toutes parts; des troupes furieuses inondèrent les rues et les places publiques y et un morne silence régna dans le Louvre. Ainsi commencèrent, quelques momens avant le le^* ver du soleil , les horreurs qui dévoient souiller la journée du 24 août, fête de la Saiut-Barthélemy. Aucun asile n'étoit ouvert aux proscrits : désignés par Vautorité municipale dont ils étoient presque tous connus, livrés par leurs hôtes , abandonnés de leurs amis, ils périssoient sous le fer des assassins, ou étoient précipités dans la Seine. Les haines particulières profitèrent du désordre pour s'assouvir, et plusieurs Catholiques en, furent victimes. Le moindre signe de fitié pour ceux qu'où égorgeoit étoit puni comme un erime; et il falloit que les témoins involontaires de ces cruautés inouies renfermassent dans leùrÈ cœurs les sentimens dont ils étoient oppressés; De Thou , qui étoit sorti pour entendre la messe de' grand matin, rencontra une troupe qui traînoit à la rivière deux hommes de sa connoissance : «Je fus obligé, dit-il, <K de regarder cesit>b|ets affreux sans oser verser une fK larme. » •

Pendant que le peuple de Paris s'abandonnoit à seâ fureurs, le sang couloit aussi dans le Louvre. Tôûâ les seigneurs attachés au roi de Navarre et au prince de Gondé étoient massacrés par les gardes, et la rage des meurtriers ne respectoit pas même l'appartement de Marguerite. Cette princesse, dont la chambre à coucher étoit remplie de Protestans^ avoit passé toute

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la nuit dans une grande agitation ; au point du jour, i57i2< son époux la quitta , sous le prétexte d'aller jouer à la paume: se trouvant seule , et aboyant le danger passé y elle donna l'ordre à sa nourrice de fermer les portes y et elle essaya de dormir. Au bout d'une heure, un grand bruit se fit entendre , et on frappa fortement en cxidinli Nai^arre! La nourrice, se figurant que c'étoit le Boi, s'epipressa d'ouvrir. Aussitôt un homme blessé et tout sanglant se précipite dans la chambre : c'étoit Téjan, gentilhomme protestant, que deux ar-* chers poursuivoient. Il se jette sur le lit de Margue^ rite, la prend dans ses bras pour s'en (aire un bou* clier^ et tombe avec elle dans la ruelle. Aux cris de la nourrice, Nancay, capitaine des gardes, accouil : il dégage la princesse , qui sauve la vie au malheureux Té) an., et il la conduit chez la duchesse de Lorraines dans le trajet, un homme est massacré à quatre pas d elle : cet affreux spectacle la fait tomber évanouie : elle ne recouvre l'usage de ses sens que lorsqu'elle est transportée dans l'appartement de sa sœur, où elle ap^ prend que son époux n'est pas du nombre des pros-* crits, et où elle obtient la grâce de deux Protestans at* tachés à ce prince. ;

Le massacre dura trois jours dans la capitale, et l'on croit que quatre mille personnes en furent victimes. Pendant ce temps, le Roi et sa mère changèrent trois fois de résolution : ils firent d^abord répandre que les discordes entre les Guise et les Châtillon avoient été Tunique cause dû trouble ; ensuite ils expédièrent en secret des courriers pour comnmnder de vive voix aux gouverneurs des provinces d'exterminer les Protestans^ poijs le monarque alla en grande pompe au parlement

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\Syxm tenir un lit de justice ; et là, en accusant Coligny et ses partisans d'une conspiration , il déclara que rien ne s*étoit faif que par ses ordres.

Les morts mutilés et dépouillés se trouvoient entassés dans les rues et dans les places publiques; les jardins du Louvre en étoient aussi joncbés : cela n'interrompit point les promenades accoutumées des femmes de la Cour y et Ton en vit plusieurs arrêter des regai^ds curieux sur les corps mis des hommes avec lesquels elles s'étoient entretenues la veille : tant la mollesse et la volupté 8*allient facilement avec Tinsensibiliié la plus monstrueuse.

' Les ordres donnés dans les provinces furent presque partout exécutés, et Ton porta à près de quarante mille le nombre de ces nouvelles victiines. Quelques gouverneurs prirent sur eux de ne pas obéir ; et rtiis<toire cite avec éloge la noble et courageuse conduite qui fut tenue en Dauphiné par le comte de Tende ; en Bourgogne, par Chabot Charny ; en A.uvergne, par Saint-Héran de Montmorin, et àBayonne/par le vicomte d*Orthès.

Le roi de Navarre et le prince de Condé, retenus prisonniers dans le Louvre , furent vivement pressés d emix-asser' la religion catholique. Ils résistèrent d*a* bord, et Charles IX, dont la fureur ne connoissoit plus de bornes, alloit pi^ndre contre eux les ïnesures les plus violentes, s'il n'eût été arrêté par sa feune épouse, Isabelle d'Autriche, qui pendant le massacre étoit constamment restée au pied des autels, où elle avoit en vain sollicité le ciel d épargner tant d'hbrreui'S "à sa patrie adoptive. Cette verttieuse princesse obtint la grâce des princes, qui, cédant enfin aux menaces , chan-

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gèrent de religion» Ils firent leur abjuration avec la iS;^!. priacesse douairière de Condé, tante de Fun et belle'' mère de Tautre, fenune encore jeune , qui ^ -comme on Ta vu, avoit donné, la nuit même du massacre, UD rendez-vous à Finfortuné comte de La Rochefoucault.

TavannesL,,qui avoit fait partie du conseil tenu deux jours avant la Saint-Barthélémy, fut chargé de rétablir Tordre dans la capitale. Il n'y parvint qu'avec beaucoup de peine, et parut pendant quelque temps jouir à la Cour du plus grand crédita Ses conseils , conformes à son caractère, étoient pleins de sévérité et de violence : il vouloit qu'on profitât, de la terreur des Protestans échappés au massacre, pour les forcer . à quitter le royaume. Mais Catherine et son fils, après avoir effrayé le. monde par un attentat qui n'avoit pas encore eu d'exemple, et s'être flattés d'anéantir d'un seul coup la nouvelle religion, voyant qu'il restoit encore des vengeurs aux victimes qui venoient d'être immolées, retombèrent dans l'indécision. Ils crai* gnirent de jeter dans le désespoir les restes encore redoutables du parti protestant, et, loin ^e prendre un ton menaçant, ils eurent recours aux promesses».

Cette conduite incertaine ranima les espérances du parti qui y pendant quelque temps, s'étoit cru entier , rement abattu, et des auxiliaires puissans lui rendirent bientôt la force qu'il avoit perdue par la mort ou U prison de ses chefs. Le duc d'Alençon, dernier frère du Roi, prince d'un caractère inconstant et léger^ irrité de n'avoir pas été dans le secret des dernière^ mesures, se joignit aux Montmorency, qui, pendant le iuassacre, avoient couru quelques risques à cause des

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