EXÉCUTION DE SAINT-MÉZARD
corde. » Alors la rage me prit plus qu'avant, et lui dis : « Méchant, veux-tu que j'aie miséricorde de toi, et tu n'as pas respecté ton roi ?» Je le poussai rudement en terre, et son col alla justement sur ce morceau de croix, et dis au bourreau : « Frappe, vilain. » Ma parole et son coup fut aussitôt l'un que l'autre, et encore emporta plus d'un demi-pied de la pierre de la croix. Je fis pendre les deux autres à un orme qui était tout contre ; et parce que le diacre n'avait que dix-huit ans, je ne le voulus faire mourir, afin aussi qu'il portât les nouvelles à ses frères ; mais bien lui fis-je bailler tant de coups de fouet par les bourreaux, qu'il me fut dit qu'il en était mort au bout de dix ou douze jours après. Et voilà la première exécution que je fis au sortir de ma maison, sans sentence ni écriture, car en ces choses j'ai ouï dire qu'il faut commencer par l'exécution. Si tous eussent fait de même, ayant charge aux provinces, on eût assoupi le feu qui a depuis brûlé tout. Cela ferma la bouche à plusieurs séditieux, qui n'osaient parler du roi qu'avec respect ; mais en secret ils faisaient leurs menées.
Le lendemain je partis d'Ëstillac, et m'en allai trouver M. de Burie à Glairac, et là nous débattîmes du lieu où nous devions commencer, ou bien à Fumel ou à Cahors. Je le trouvai gagné pour aller à Cahors trouver les commissaires, qui étaient arrivés et avaient commencé à faire le procès des catholiques, sans vouloir prendre quelque raison en payement. Je fis porter la patente, et lui
montrai que l'intention de la reine était d'aller commencer à Fumel : alors il ne put plus contrarier; je lui montrai comme Sa Majesté entendait que nous fussions les vrais commissaires, et que Girard et Compain étaient tenus de venir à nous, et non point nous à eux ; d'autre part que j'avais été averti, depuis que j'étais parti de la cour, que c'étaient les deux plus grands huguenots du royaume de France, et qu'il fallait bien que nous prissions garde à eux, et pareillement à notre réputation, afin que l'on ne nous baillât point une trousse, nous dénonçant comme huguenots; car de moi je ne voulais point qu'on me marquât de cette marque. Et pour dire la vérité, il me sembla connaître, quand j'arrivai à Bordeaux, que M, de Burie penchait quelque peu du côté de cette religion, et aussi par d'autres avertissements qu'on m'en avait donnés. Nous nous rendîmes le lundi à Villeneuve, où M. de Saincthorent nous vint trouver avec sa troupe d'argoulets et deux cents arquebusiers, et m'amena le capitaine Morallet avec quatre autres, et deux autres que des gentilshommes avaient pris dans Sainte-Livrade, lesquels je fis pendre le mardi sans tant languir; ce qui commença à mettre une grande peur et frayeur parmi eux, disant: « Comment ! il nous fait mourir sans nous faire aucun procès ?» Or leur opinion était que, s'ils étaient pris, il faudrait venir partémoins, et qu'il ne s'en trouverait pas un qui osât dire la vérité à peine d'être tué, et aussi qu'il n'y avait