‹ CommentairesChapitre 9 sur 126 · EXÉCUTION DE SAINT-MEZARD · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DE SAINT-MEZARD

J'avais délibéré de commencer par sa tête, parce que j'avais averti le roi de Navarre en cour, que cedit Yerdery, et autres officiers qu'il avait audit Lectoure, étaient les principaux auteurs des rebellions ; et en avais autant écrit à la reine, des officiers du roi, laquelle m'avait répondu que je m'attaquasse à ceux-là les premiers; et le roi de Navarre m'avait écrit par sa lettre que si je faisais pendre aux basses branches d'un arbre les officiers du roi, que je fisse pendre les siens aux plus hautes. Or Verdery n'y vint pas, dont bien lui en prit, car je l'eusse fait brancher. M. de Pontenilles fit une grande corvée, et fut au point du jour àSaint- Mézard; et de prime arrivée il prit le neveu de ce Verdery, deux autres et un diacre; les autres se sauvèrent, parce qu'il n'y avait personne qui sût les maisons, car il n'y avait homme d'armes ni archer qui eût connaissance du lieu. Un gentilhomme, nommé M. de Corde, qui se tient audit lieu, m'avait mandé que, comme il leur avait remontré en la compagnie des consuls qu'ils faisaient mal et que le roi le trouverait mauvais, qu'alors ils lui répondirent : « Quel roi? nous sommes les rois; celui-là que vous dites est un petit reyot de merde ; nous lui donnerons des verges, et lui donnerons métier pour lui faire apprendre à gagner sa vie comme les autres. » Ce n'était pas seulement là qu'ils tenaient ce langage, car c'était partout. Je crevais de dépit, et voyais bien que tous ces langages tendaient aux propos que m'avait tenus le lieutenant du

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Franc, qui était en somme de faire un autre roi. Je m'accordai avec RI. de Saincthorent, qu'il m'en prît cinq ou six d'Astafort, et surtout un capitaine Morallet, chef des autres, sous couleur qu'il leur voulait donner leur enseigne , et que, s'il le pouvait prendre, lui et ceux que je lui nommais, avec belles paroles, il me les amenât à Saint-Mézard en môme jour que je faisais l'exécution, qui étaitun jour de vendredi: lequel ne le put faire ce jour-là; mais il les attrapa le dimanche suivant, et les amena prisonniers à Villeneuve» Et comme je fus arrivé à Saint-Mézard, M. de Fontenilles me présenta les trois et le diacre, tous attachés dans le cimetière, dans lequel il y avait encore le bas d'une croix de pierre qu'ils avaient rompue, qui pouvait être de deux pieds de haut. Je fis venir M. de Corde et les consuls, et leur dis qu'ils me dissent la vérité à peine de la vie, quels propos ils leur avoient ouï tenir contre le roi. Les consuls craignaient et n'osaient parler. Je dis audit sieur de Corde qu'il appartenait à lui de parler le premier, et qu'il parlât. Il leur maintint qu'ils avaient tenu les propos ci-dessus écrits : alors les consuls dirent la vérité comme ledit sieur de Corde. J'avais les deux bourreaux derrière moi, bien équipés de leurs armes, et surtout d'un marasseau bien tranchant ; de rage je sautai au collet de ce Verdery, et lui dis : « 0 méchant paillard, as-tu bien osé souiller ta méchante langue contre la majesté de ton roi ? » Il me répondit: « Ha! monsieur, à pécheur miséri-

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