‹ CommentairesChapitre 102 sur 126 · MONTLUC FAIT RETRAITE · texte numérisé non relu

MONTLUC FAIT RETRAITE

reconnus auprès de Rodez. » — «Nous savons bien, dit-il, que M. de Joyeuse, l'évêque de Rodez et autres, vous ont donné cet avertissement; mais puisque nous étions si peu, pourquoi ne se mettaiton au-devant pour nous garder de passer le Rhône ? Je veux être pendu si jamais Ton a donné une alarme : et regardez comment ils nous peuvent avoir reconnus. Monsieur, ma vie y est obligée,, je ne veux point mentir, car puisqu'il vous plaît me la sauver disant la vérité, je ne la veux perdre disant le mensonge. Et pour vous en porter meilleur témoignage, tenez, voilà les rôles de tout notre camp, régiment pour régiment, car moi indigne ils m'ont fait maréchal de camp. » Alors M. des Cars prit les rôles, et les lut devant moi. Et parce que le soleil se voulait coucher, nous fûmes d'opinion de ne loger point à Gramat, mais reculer de là où nous étions partis le matin, et là recueillir M. de La Valette et tous nos gens de pied, pour délibérer sur ce que nous avions à faire : ce que fîmes* Je priai M. de Cassaneuil d'aller faire retirer M. du Masses et notre maréchal de camp ; car de Gramat, là où les ennemis se campaient, au plus loin, il n'y avait pas un quart de lieue. Et alla bien pour le sieur du Masses ; car, comme il s'amusait à regarder loger leur camp, voir s'il pourrait nombrer les ennemis, et étant descendu de cheval lui troisième, les regardant retirer contre le soleil qui se couchait, ledit sieur de Cassaneuil aperçut toute leur cavalerie, qui venait tout au long pour leur

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couper chemin, et courut les avertir, lesquels s'en vinrent en hâte devers nous ; et ainsi nous nous retirâmes vers Gourdon. Et comme nous eûmes cheminé demi-lieue, arriva l'espion de la reine, qui ne savait rien de la prise du capitaine Moreau, et nous tirâmes à part M. des Cars, M. de Gondrin et moi ; et nous dit le soldat que ledit espion lui avait donné moyen de voir et nombrer tout le camp en la plaine de Pigeac, là où ils s'étaient mis tous en bataille pour y donner l'assaut, mais que les gens de la ville avaient fait un présent à M. d'Assier, qui les garda. Il nous dit qu'il avait compté cent cinquante-deux enseignes de gens de pied ; et parce que les gens de cheval étaient un peu à l'écart, ne les avait nombres de si près que les gens de pied, mais qu'il pensait qu'ils fussent de six à sept cents chevaux, et qu'il avait nombre les gens de pied de 23 à 24 000 hommes. Après, M. des Gars et moi tirâmes à part l'espion, qui nous dit tout ainsi qu'avait fait le soldat. L'espion avait grand peur que le capitaine Moreau l'eût reconnu, car incontinent qu'il l'aperçut il se tira à part de la troupe. Et avant que nous fussions chacun en son quartier, la minuit fut passée.

Le lendemain nous fûmes tous assemblés, et tous les capitaines se trouvèrent à mon logis à Gourdon, pour délibérer ce que nous devions faire, ayant trouvé que nous avions affaire à autres gens qu'à 5 ou 6000 bélîtres, femmes ou enfants. Le soir ledit capitaine Pierre Moreau me dit à part

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