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INFORMATIONS

que si nous les allions combattre là où ils étaient campés, que, quand nous serions bien quatre fois autant de gens de cheval et de pied, nous serions défaits, parce que M. d'Assier, qui était de ce pays, avait choisi ce lieu pour n'en bouger de huit ou dix jours, et pour attendre le messager qu'ils avaient envoyé devers M. le prince et M. l'amiral, pour leur dire qu'ils ne voulaient point passer plus outre, et qu'ils priaient M. le prince de venir faire la guerre en Guyenne, et qu'ils étaient bien assurés qu'ils en emporteraient la Guyenne avant que le roi eût assemblé assez de forces pour les combattre ; qu'à ces fins ils marcheraient au-devant de lui vers Libourne, et qu'ils s'essayeraient d'en emporter Bordeaux, ne craignant que notre cavalerie; et pour cela ils se campaient en ces quartiers-là, qui est un pays tout plein de pierres qui tranchent comme couteaux, de sorte qu'il n'y a cheval qui s'y puisse tenir, ni qui ose courir dessus; et en outre tous les champs et chemins sont environnés de murailles de pierre sèche de la hauteur d'un homme, d'autres jusqu'à la ceinture; et par ce moyen ils faisaient état d'enfermer toute leur arquebuserie dans ces murailles, et les gens de cheval à leur queue, de façon que nous ne les pourrions aller combattre sans nous mettre à la merci de leur arquebuserie. Toutes ces choses, tant l'assiette du lieu que le nombre des gens, nous fit penser ce que par la raison nous devions croire, et arrêtâmes que M. des Cars enverrait un gendarme des siens sonder

274 COMMENTAIRES DE MONTLUG

les passages sur la Dordogne, tirant à Pigeac; et si nous trouvions le passage assuré, nous nous camperions là, et ferions apporter des vivres de Figeac en hâte; et que là nous serions hors des pierres là où la cavalerie ne pouvait combattre, et que, trouvant les gués comme nous pensions, nous pourrions passer pour combattre les premiers qui passeraient ou bien les derniers qui seraient à passer, car nous ne serions qu'à une petite lieue les uns des autres. Et ainsi dépêchâmes ledit gendarme pour aller sonder les gués, et les commissaires pour aller préparer les vivres, et conclûmes de partir le jour après, par ce que nous voulions donner temps aux commissaires d'avoir trouvé des vivres, et au gentilhomme loisir de sonder les gués. Le lendemain,, sur les dix heures du matin, voici arriver le frère de M. de Monsallez, nommé M. de Balaguier, qui n'avait demeuré que six ou sept jours au plus à aller et revenir de la cour, et nous apporta lettre du roi, que, combattu ou à combattre, incontinent que nous aurions reçu ses lettres, laissant toutes choses en ordre ou en désordre pour les affaires où nous étions, que Ton marchât trouver M. de Montpensier. Nous connûmes bien que ces lettres avaient été forgées par M. de Monsallez, par ce qu'il nous avait dit, quand il était venu nous quérir, que le roi et la reine ne se souciaient point que la Guyenne se perdît, pourvu que l'on allât combattre M. le prince de Condé; car, pourvu qu'il fût défait, tout le reste se pourrait

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