‹ CommentairesChapitre 104 sur 126 · ORDRES DU ROI · texte numérisé non relu

ORDRES DU ROI

recouvrer. Il y en eut qui lui reprochèrent devant moi qu'il parlait bien à son aise ; car quand sa maison lui serait brûlée, qu'il était assuré que le roi et la reine lui donneraient trois fois plus qu'il ne pourrait perdre, et jusqu'ici on n'avait point entendu que le roi eût fait tant de biens à tous les capitaines de la Guyenne comme à lui seul. Voilà ce qui nous fit penser qu'il avait envoyé la lettre toute faite au roi, afin qu'elle nous fût écrite de cette sorte ; car aux cabinets des rois, ces traits se font bien, et ces passe-droits encore plus aisément qu'aux nôtres. MM. les capitaines sus nommés témoigneront quelle dispute il y eut avant de marcher, par ce que nous voyions la perte et ruine du pays si M. le prince venait faire la guerre en Guyenne, comme nous pensions fermement qu'il ferait voyant que ses gens ne voulaient passer outre ; et aussi que nous savions que M. d'Assier était de cette opinion, et que la reine de Navarre étant auprès de M. le prince, le solliciterait de ce faire, ne fût que pour secourir son bien ; car, ayant la Guyenne à sa dévotion, elle assurait bien l'État de son fils, et pourrait prétendre plus avant.

Après toutes ces disputes, j'appelle tous les capitaines en témoignage si je ne proposai de suivre la volonté du roi, et de marcher où M. de Montpensier se trouverait; et que, voyant ma mauvaise disposition, je ne me pouvais engager à l'entrée d'un hiver fâcheux, pour ne pouvoir servir de rien en une armée, et qu'ils allassent hardiment, sans

craindre que leurs maisons fussent brûlées, car avec les gentilshommes qui demeuraient au pays et les communes, j'espérais de les conserver, ou, pour le moins, leur donner tant d'affaires, que je leur vendrais bien cher notre marchandise. Il fut question de faire marcher les gens de pied : tous les capitaines dirent que c'était les envoyer à la boucherie, car ils n'étaient pas assez forts pour répondre aux gens de pied des ennemis; et furent tous d'opinion que je les devais mettre en garnison vers Sainte-Foy, Libourne et Bergerac, au long de la Dordogne, et que cependant Ton verrait quel chemin les ennemis prendraient ; et que si les ennemis allaient en Saintonge, le chevalier s'en pourrait après aller par le Limousin se joindre au camp du roi. Ainsi je m'en retournai à Gahors et à Castelnau de Montratier, en attendant nouvelles quel chemin les ennemis prendraient. Et audit Castelnauune dyssenterie me surprit ; mon médecin pensa perdre là sa leçon et moi les bottes. Et pour ce qu'il y a aucuns qui m'ont voulu prêter une charité, disant que si j'eusse voulu j'eusse combattu les ennemis, autres ont dit que puisque je ne les voulais combattre, je devais envoyer promptement les forces à M. de Montpensier. J'ai écrit ici la vérité du fait bien au long, jusqu'à une parole, le tout témoigné par les capitaines qui y étaient, sauf ceux qui sont morts ; je crois qu'il n'y en a de morts que M. du Masses : et s'il y a du tort en aucune chose, il s'en faudrait prendre aux autres gouverneurs,

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