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INCONVÉNIENT DE L'ÉDIT

mon neveu de Leberon avec les trois compagnies pour les mener avec lui en Rouergue. Et comme je fus à Cahors, je fis mettre mon neveu de Leberon devant avec cinq enseignes et une partie de la compagnie de M. de Gramont, qu'un nommé le capitaine Maussan, maréchal des logis de ladite compagnie, commandait, et le fis partir en grande hâte pour surprendre quelques ennemis qui étaient aux environs de Villefranche de Rouergue, Ils partirent d'une lieue près Cahors, et firent huit grandes lieues, arrivant une heure de nuit : ils pensaient le matin, une heure devant jour, les aller surprendre, mais ils ne furent jamais dans la ville que les ennemis ne fussent avertis et retirés en leurs forteresses.

Il ne le faut pas trouver étrange, car je m'émerveille que Monsieur même, ni homme qui ait commandé armée pour le roi, ait rien fait qui vaille à cause de l'ordonnance et édit que Sa Majesté avait fait, que personne n'eût rienàdemander aux huguenots , pourvu qu'ils ne portassent les armes, et qu'ils demeurassent en leurs maisons paisiblement. De là est venue la ruine du roi, de ses armées et de toutes ses affaires, et du peuple aussi; car ceux-là fournissaient argent, et moyennaient que les femmes qui avaient leurs maris au camp de M. le prince de Condé, par leur moyen et intelligence fissent tenir argent à leurs maris ou enfants, servant d'espions aux ennemis ; de sorte qu'il ne fallait point qu'ils dépensassent rien, m

qu'ils se donnassent peine d'entendre ce que nous faisions : eux-mêmes les avertissaient pour surprendre quelques prisonniers, lesquels leurs gens pouvaient venir prendre, et partageaient le butin. Je maintiendrai toujours devant le roi que cet édit-là seul est cause que Sa Majesté n'a demeuré victorieuse, et que cette nouvelle religion n'a été du tout détruite. Il eût mieux valu cent fois que tous fussent été auprès de M. le prince, non à leurs maisons ; car étant auprès dudit sieur prince, ils n'eussent pu faire grand'chose qui eût été avantageuse pour eux, car c'étaient gens de peu pour l'action, gens de ville; au contraire, ils eussent affamé bientôt son camp ; et alors nous eussions fait la guerre sans être épiés, ni sans qu'ils fussent été avertis de ce que nous voulions faire, et n'eussent pu recouvrer argent ni chose aucune qui leur fût été nécessaire : même nous nous fussions aidés de leurs moyens, et par ainsi bientôt fussent morts de faim, ou se fussent retirés avec le pardon que le roi leur donnait. Je sais bien qu'en ce pays de la Guyenne n'en fût pas demeuré un qui ne fût mort, ou il eût fait la protestation de quitter cette religion-là , comme ils firent aux premiers troubles; car je savais bien le chemin par où je les devais mener; et, puisque je l'avais su bien faire aux premiers troubles avec une brasse de corde, je l'eusse bien fait aux autres; mais, à cause de ce bon édit, l'on ne leur osait rien dire, et fallait que l'on les endurât parmi

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nous. Il ne faut pas donc trouver étrange s'ils ont fait tant de belles choses, vu qu'à toutes heures ils étaient avertis de tout ce que nous faisions ou voulions faire. On sait bien qu'une armée ne peut rien faire qui vaille si elle n'a de bons espions, car il faut que sur le rapport d'iceux un camp se gouverne. Nous n'en avions pas parmi eux, car il n'y avait homme catholique, si hardi fût- il, qui y osât aller sur peine de la mort : par ainsi nous ne pouvions savoir rien de leurs affaires, et ils savaient tous les nôtres,

0 pauvre roi, que vous avez été bien pipé en vos édits, et y êtes tous les jours ! Je ne veux pas nier qu'en aucuns endroits vous n'ayez été mal servi de vos soldats et capitaines ; mais qui regardera de bien près, on trouvera que les édits et ordonnances que l'on vous a fait signer, sont plus cause de votre malheur et du nôtre, que non la faute du combat des soldats ni de vos gouverneurs. Croyez, Sire, croyez qu'avec cette douceur vous ne viendrez jamais à bout de ces gens-là : le plus homme de bien d'eux voudrait vous avoir baisé mort; et puis vous nous défendez de leur faire mal : il vaut donc mieux être de leur parti que du vôtre, car, demeurant en leur maison , quelque vent qui coure, ils seront en sûreté. Tel, Sire, est près de vous qui vous fait faire ces édits, lequel est gagné pour eux. La rigueur les fait trembler : lorsque sans forme de procès je les faisais brancher sur les chemins, il n'y avait personne qui ne tremblât.

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Pensez donc, Sire; de quelle importance sont ces beaux édits. Et encore on vous a fait signer une ordonnance d'envoyer des commissaires par toute la France pour faire rendre aux huguenots ce que nous leur avions pris, et non pas à nous ce qu'ils nous ont volé : qui est une loi faite par ignorance et sans considérer le mal qui en advient, ou bien par malice couverte, pour vous faire haïr de nous autres qui êtes notre roi, et qui vous avons soutenu, afin que, si la guerre se dresse une autre fois, vous ne puissiez trouver catholique qui vous soutienne. Mais s'il vous souvenait et à la reine de ce que j'en proposai devant Vos Majestés à Toulouse, présent votre conseil, vous n'eussiez jamais accordé d'envoyer commissaires pour faire rendre aux huguenots, qu'au préalable n'en eussiez envoyé d'autres pour nous faire rendre justice des pilleries et voleries qu'ils ont faites sur les catholiques. Ils ont une excuse grande : les commissaires disent que nous ne nous plaignons point comme font les huguenots. Gomment nous plaindrions-nous ? car en premier lieu ils disent que ceux qui portaient les armes nous ont pillés nous, et que nous les avons pilléseux, qui ne bougeaient de leurs maisons. Il ne se trouvera un seul huguenot qui s'en soit allé porter les armes, qui n'ait caché ses meubles dans la maison de ceux qui demeuraient. Et d'autre part, par la paix que le roi a faite, il leur est pardonné tout ce qu'ils ont fait, non-seulement contre lui, mais contre nous-mêmes qui avons

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